[Cours été 2015 Pokéathlète] Le ciel se nourrit d'ailes [Terminé]
Alban Abernaty
Région d'origine : Hoenn
Âge : 17 ans
Niveau : 70
Jetons : 20638
Points d'Expériences : 2487
Pokeathlète Coach
Voir le profil de l'utilisateur
Sujet: [Cours été 2015 Pokéathlète] Le ciel se nourrit d'ailes [Terminé]   Dim 9 Aoû - 10:35

Le ciel se nourrit d'ailes (part 1)
Cours été 2015 - Pokéathlète
‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗

[Cours été 2015 Pokéathlète] Le ciel se nourrit d'ailes [Terminé] 14391123076827tumblr_n985njyJmM1sxm693o1_500

La plus grande compétition mondiale de la discipline sportive de votre choix est organisée, vous allez pouvoir vous glisser dans les coulisses pour préparer les Pokémon aux épreuves et vous occuper même entièrement de l'entraînement de certains.

Pokémon utilisés :

[Cours été 2015 Pokéathlète] Le ciel se nourrit d'ailes [Terminé] 11u893m [Cours été 2015 Pokéathlète] Le ciel se nourrit d'ailes [Terminé] 14391123071140197_1


L’embarcation fendait les flots et créait des remous d’écumes, perturbant les Pokémon Aquatiques qui croisaient sa route. Le vent fouettait le pont et s’engouffrait dans les chevelures des femmes, renversant les chapeaux des garçons et jouant comme une mélodie mythique sur les voiles gonflées. Les Goélise et les Tylton se laissaient porter par le mistral, virevoltant comme des avions de papiers jetés par les enfants. Le paysage tropical et les chutes d’eau de Cobaba avaient laissé place à un océan d’un bleu pur, marqué par une ligne plus sombre à l’horizon. Accoudé sur le pont, Alban laissait ses cheveux voler aux quatre vents tandis que ses yeux d’un vert lacustre se perdaient dans les profondeurs marines, bouteilles d’eau jetées à la mer, victimes des courants et de la poigne de la nature. Zéphyr, blotti sous le blouson fin que son dresseur portait, essayait de prendre le moins de vent possible dans les plumes. Plus tôt dans la journée, il avait chahuté sur le pont et avait failli s’envoler d’un coup de brise trop puissante. Le duo avait frôlé la catastrophe. Et, encore incapable de voler, Zéphyr aurait pu se retrouver dans une situation difficile si Auster, alerte et prévenant, ne l’avait pas rattrapé en escaladant les poutres et en se laissant glisser le long des voiles. Alban ne regrettait pas la capture de son Noctali, qu’il avait eu à Mauville, un soir où il investiguait sur une sombre affaire de trafic d’œufs. Il avait au départ attrapé le Pokémon Ténèbre par nécessité, mais à présent, il faisait partie intégrante de son équipe et il aurait eu du mal à s’en séparer. Actuellement, Auster était posté sur la rambarde du navire, son regard carmin fixé sur l’horizon, ses oreilles en pointes dressées, comme à l’affût du moindre danger. Alban savait ce que son Pokémon guettait. Dans son sac à dos, il portait toujours le mystérieux œuf que les Agents de Mauville lui avaient donné pour le remercier de son aide ; et son Noctali, en protecteur d’œuf auto-attitré, prenait grand soin du petit-être inconnu qui dormait encore dans sa coquille arc-en-ciel. Caressant le pelage noir et luisant de son Pokémon, Alban soupira et se posa sur une chaise longue en tissu. C’était plutôt inhabituel de sa part, mais ce jour-ci, il était incroyablement soucieux. D’une main machinale, il tourna et retourna le mot qu’il avait plié en quatre et qu’il ne cessait de relire depuis que Mademoiselle Hortense le lui avait remis.

C’était il y a quatre jours plus tôt. Il se souvenait encore des odeurs, des décors, de la sensation du vent sur sa peau. Les fragrances des embruns étaient fortes, ce jour-là. De même que celles des fleurs qui ornaient les cheveux d’or de la jeune enseignante. Il n’aurait pas été étonné si la demoiselle s’était parée de chrysanthèmes, vu la nouvelle funeste qu’elle était venue lui annoncer. Il se voyait encore face à elle, dans une ruelle déserte du village principal de Cobaba. Son visage, d’ordinaire neutre et inexpressif, avait revêtu le masque de l’étonnement. Sous le choc. C’était la seule sensation qu’il avait pu éprouver sur le moment. C’était une blague. Ce devait forcément être une blague. Le destin ne pouvait tout de même pas s’acharner sur lui éternellement, n’est-ce pas ? Et pourtant, il n’avait pas rêvé ; Hortense l’avait recommandé pour une tâche assez particulière, en lui disant qu’il pourrait même rendre un devoir là-dessus, et ainsi valider plus facilement certains enseignements. La proposition aurait pu être alléchante, si le sujet n’avait pas été… celui-là. Il avait senti son cœur se serrer, en proie à un empoisonnement interne dont seule sa détresse avait le secret. Il avait eu envie de hurler, de frapper, de s’enfuir, de s’enterrer sous le sable et de ne jamais plus refaire surface. Après tout, c’était bien là qu’était sa place, n’est-ce pas ? Sous la terre. Parce que lui, lui, contrairement à certains, ne pourrait plus… ne serait plus jamais en mesure de… voler.

Il avait serré les dents. Il avait pris le papier pour le glisser dans sa poche. Il avait même remercié. Ah ! Quelle blague. Remercier qui, et pourquoi ? Pour l’envoyer dans un lieu dans lequel il ne voulait plus jamais retourner ? Paradoxalement, l’envoyer dans le lieu dans lequel il aurait voulu le plus être en cet instant ? Il avait eu envie de la détester. Elle et son stupide primate avec son stupide visage grotesque. Mais il n’y était pas parvenu. Pourquoi la blâmer pour sa propre incapacité ? Alors, il avait promis. Promis qu’il irait. Promis qu’il ferait de son mieux. Il n’en avait pas touché un mot à ses familles. Pas à ses amis non plus. Non… Surtout pas à ses amis. Ils ne devaient pas savoir. Ils n’avaient pas à savoir. Même ceux auxquels il tenait le plus. Impuissant, il avait fait ses valises, sous prétexte d’un petit voyage initiatique. Tout le monde le faisait, ce n’était pas inhabituel. Chaque élève avait ses obligations, ses cours, ses missions, ses expéditions. Pourquoi serait-ce étrange de sa part ? Il avait croisé le visage de Calliope au détour d’une rangée de maisonnette, mais il s’était contenté de l’éviter pour ne pas avoir à lui en parler. Puis, sans un mot, il avait pris le premier ferry, en partance pour Hoenn. Direction Nénucrique.

L’immense ville se rapprochait inexorablement. Le voyage avait duré plusieurs heures, durant lesquelles Alban s’était perdu dans ses réflexions. Son cerveau était devenu un véritable labyrinthe, et il ne parvenait même plus à se soustraire de ce dense réseau de connexions ; il était ligoté, enchaîné, victime de ses propres démons. Le sang battait à ses tempes, et il ferma les yeux pour ne pas avoir à voir ces immenses rochers au loin. Zéphyr, serré contre son cœur, sentit son trouble et roucoula faiblement pour essayer de l’apaiser. Mais rien à y faire. Les tentatives de son meilleur compagnon, le ronronnement de son Noctali, et même la présence chaleureuse de l’œuf dans son dos ne parvenaient pas à le détourner de ses préoccupations. Avec un ralentissement ténu, l’embarcation parvint enfin à bon port, et la sirène siffla longuement pour annoncer qu’il était temps de descendre. Prenant une grande inspiration, Alban se saisit de son sac à dos, puis, suivi de ses deux Pokémon, il mit pied à terre.
‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗

Nénucrique était comme dans ses souvenirs. Après tout, en un an et demi, la ville n’avait pas vraiment eu le temps de changer. La plage était d’un jaune doré, tandis que les rochers noirs que venaient lécher les vagues étaient luisants comme de l’obsidienne. La grande grotte près du bord de mer semblait toujours aussi imposante, et, au loin, Alban remarqua la batterie de bâtiments qui faisaient de Nénucrique une ville infiniment plus moderne que Cimetronelle. Son regard gris d’anthracite courut le long des rues, des lieux, des allées. Les centres commerciaux immenses et les salles de concours brillaient d’éclats multicolores. L’animation en une journée d’été battait son plein ; les enfants chahutaient devant les Centres Pokémon, les dames sortaient des boutiques les bras chargés de sacs de courses, et les marins faisaient rouler leurs muscles pour charmer les jeunes filles en fleur. Le plus impressionnant cependant, c’était ces immenses banderoles d’un rouge vif qui s’étalaient comme des toiles d’araignées entre les murs et qui annonçaient la Quarante Cinquième Edition de la plus grande Course Aérienne Mondiale, édition junior. Alban observa longuement les mots qui dansaient sous le vent, avec toujours ce logo de deux oiseaux de proie qu’il connaissait tant. Fut un temps, il s’était trouvé dans chacune des compétitions organisées par la Confédération des Coureurs du Ciel. Fut un temps, c’était lui qui remportait des coupes en or, gravées des écussons de la Triple C. Mais à présent, il allait se retrouver dans l’envers du décor. Il ne pouvait pas voler ? Eh bien il allait devoir aider les personnes qui allaient concourir à se préparer 5 jours durant. Etait-ce si compliqué de comprendre à quel point cette situation était extrêmement ironique ?

Zéphyr piailla piteusement et lui effleura la joue du bout du bec. Dès qu’ils étaient descendus du bateau, la petite mouette chromatique s’était dépêchée de grimper à son endroit préféré, l’épaule de son dresseur, pour profiter de la balade. Pourtant, Alban transmettait son anxiété à ses Pokémon. Il n’en avait pas le droit, bien sûr, mais ce ne fut qu’en entendant son Goélise faire ces petits bruits malheureux, et en apercevant son Noctali le sonder de loin pour surveiller son état qu’il comprit. Ses compagnons de route étaient dépendants de lui ; ils se calquaient sur son humeur, et réagissait à ses sentiments. S’il se laissait abattre, le groupuscule serait incapable de faire quoi que ce soit. Avec un sourire d’excuse, il s’arrêta et les fit venir entre ses bras pour les rassurer. Bien… Ils allaient se sortir de cette histoire, qu’importe le moyen. Il n’allait pas se laisser hanter éternellement par ses vieilles chimères, n’est-ce pas ? Si on l’avait laissé revenir ici, c’était bien pour une raison. Il devait profiter de son séjour à Nénucrique pour se défaire de l’emprise de son passé. Ici, il allait devoir passer à autre chose. Une nouvelle page s’était tournée, mais la porte vers sa vie d’antan n’était pas encore totalement close. Il allait devoir la fermer, qu’importe le prix, qu’importent les moyens. Il se releva, et glissa la main dans sa poche. Tout au fond, le foulard bleu pâle accompagné de la broche d’Alizée faisait un tas, à la manière d’un serpent. Sournois et vicieux. Dangereux et pourtant follement attrayant. D’un geste, Alban sortit l’étoffe et la glissa entre ses doigts. Son regard était douloureux, rongé par les remords. Cirrus… Il repensait encore à lui. Malheureusement, il était temps d’avancer. Son Roucarnage n’était plus. Lors de sa dernière course, celle qui lui avait coûté un genou, il n’avait pas été en mesure d’éviter le drame. Il n’avait pas pu empêcher Cirrus de se faire percuter par cet Airmure et son tricheur de dresseur. Il n’avait pas pu le rattraper, alors qu’ils tombaient tous les deux dans la mer.
Il adressa une prière silencieuse à son Roucarnage. Puis, nouant le foulard de soie autour d’un poteau de la ville, il l’abandonna là. Il n’avait pas envie de continuer de vivre avec ce souvenir si douloureux. Il fallait qu’il avance. Il ne pouvait plus porter sur lui, la marque de leur échec. De son échec.
‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗

Il arriva dans le grand stade qui allait servir de base d’entraînement et de point de départ à la course. Comparé à un an plus tôt, la configuration avait changé, évidemment. Il y avait toujours ces grands gradins où les gens pouvaient s’installer pour regarder la course, mais au lieu d’être sableuse, la ligne de départ était faite de multiples petits cailloux agrégés et solidifiés qui donnaient un aspect cristallin. De fait, le stade ressemblait à n’importe quelle piste d’athlétisme pour Pokéathlètes. En arrière, de nombreuses coulisses formaient comme des alvéoles sous les gradins. Leurs boyaux semblaient sombres et de là où il était, Alban ne pouvait pas en sonder les profondeurs. Pourtant, c’était là-bas qu’on lui avait donné rendez-vous, et, ses Pokémon l’encadrant comme des gardes du corps, il avança vers elles. Lorsqu’il ne fut plus qu’à quelques mètres, il avisa la dizaine de participants (au moins un pour chaque grande Région du Monde) qui étaient réunis et écoutaient avec attention le discours habituel de bienvenue d’Alastor Winchester, le président de la Triple C. Il se coula discrètement derrière ces personnes qui avaient entre 15 et 18 ans et se tenaient fièrement à côté de leurs Pokémon, pour profiter également des mots d’accueil de son nouvel employeur. Ce dernier, la moustache en brosse et  le costume impeccable, ouvrit les bras en annonçant d’une voix de stentor :

- Bienvenue chers participants ! Si vous êtes ici, c’est parce que vous avez brillé dans vos régions respectives jusqu’à être sélectionnés pour la Quarante Cinquième Edition de la plus grande Course Aérienne Mondiale ! Comme vous le savez tous, je suis Alastor Winchester, président de la Confédération des Coureurs du Ciel. Certains d’entre vous qui étaient déjà là l’an passé me connaissent déjà, mais à tous les nouveaux, je vous souhaite la bienvenue dans nos rangs ! C’est un immense honneur pour moi de tous vous accueillir dans notre complexe sportif pour cette nouvelle course qui s’annoncera grandiose ! Durant toute la fin de cette semaine, vous serez logés dans des chambres d’hôtel à proximité du stade. Vos Pokémon de course enregistrés seront gardés ici, pour que l’on s’assure qu’il n’y ait pas de remplacement de monture après que vous ayez vu ceux de vos adversaires. Par ailleurs, elles ne pourront pas sortir de l’enceinte du stade. Une puce leur a été implantée pour leur donner un choc électrique dès lors qu’elles quitteraient le barrage imaginaire formé. Je vous demande donc de suivre scrupuleusement cette règle, pour le bon déroulement de la compétition. Des caméras de surveillance veilleront également à ce qu’il n’y ait aucun sabotage. Vous pourrez vous entraîner tous les jours ici, librement, et profiterez des conseils d’un expert en la matière. Alban, mon garçon, si tu pouvais venir ici…

Il lui fit signe de le rejoindre devant l’assemblée, et Alban s’avança d’un pas claudiquant. Des murmures suivirent aussitôt son apparition ; apparemment, personne ne l’avait remarqué lorsqu’il avait rejoint le groupe en toute discrétion. Beaucoup semblaient le reconnaître. Après tout, qui dans le domaine n’avait jamais entendu parler d’Alban Abernaty, le fameux prodige de ces dernières années ? Il essaya de masquer sa gêne en ne faisant aucun mouvement. Malgré tout ce qu’il avait vécu sur l’île Cobaba, malgré ses interventions pour faire avancer les choses dans la base Rouage, Alban n’avait toujours pas réussi à vaincre sa timidité. Si la situation ne s’y prêtait pas, il était extrêmement mauvais pour parler en public et pour se faire de nouveaux amis. Dans le cocon de l’académie, il y parvenait à peu près. Mais ici, face à tant d’inconnus et de rivaux potentiels ? C’était hors de ses moyens.

- Je suppose que vous connaissez tous le jeune Alban, annonça Alastor. Durant plusieurs années, il s’est tenu à votre place et a décroché plus de trophées qu’aucun autre de nos jeunes compétiteurs. C’est une pointure, dans le domaine, et à présent il s’est retiré pour se consacrer à ses études, dans la prestigieuse école de Lansat ! Mais il est revenu pour vous dispenser son savoir. Ce sera donc notre expert, lors de cette édition ! Faites lui un chaleureux accueil !

Il lui tapa sur l’épaule d’un air amical, et Alban remarqua la façon dont Alastor Winchester avait de tourner les mots pour dire ce qui l’arrangeait. Il avait fait passer Alban pour un vieux champion aguerri qui en a eu assez des courses et a préféré mener une vie étudiante. Pas pour le type qui est tombé de sa monture un an plus tôt et n’a plus pu remonter sur un Pokémon Vol depuis à cause de son genou bousillé. Le châtain lui en fut reconnaissant. Après tout, il le valorisait d’une certaine façon, en évitant de mentionner les passages obscurs de sa carrière. Pourtant, dans le regard des participants, Alban décela qu’ils n’étaient pas dupes. Tout le monde savait ce qui lui était arrivé. Et sa démarche boitillante ne pouvait tromper personne. Il garda cependant un visage impassible, et écouta les dernières directives du directeur avec les autres. Ce dernier annonça qu’Alban se chargerait de nourrir et d’entretenir les Pokémon durant toute la semaine à venir, et qu’il pourrait participer à l’entraînement de certains si les dresseurs le souhaitaient. Puis, il lui remit une liste des participants et autorisa tout le monde à se séparer. Alban savait que pour l’entraînement, il ne serait que très peu sollicité ; après tout, il préférait se charger lui-même de ses propres Pokémon, et n’avait jamais demandé de l’aide à « l’expert » lorsqu’il s’était retrouvé dans la même situation. Cependant, il pourrait se charger de faire en sorte que les montures soient dans le meilleur état possible le jour de la compétition, en taillant les plumes, brossant les crinières, modifiant leur alimentation pour palier au mieux à leurs besoins nutritifs, … C’était quelque chose qu’il faisait quotidiennement dans la poste de ses parents, et la tâche n’allait pas être bien difficile. Il lui suffisait simplement d’arriver à s’attirer la confiance de tous ces Pokémon qui ne lui appartenaient pas.

Alban resta quelques secondes à regarder ces garçons et filles en face de lui. On le dévisageait également, mais personne n’osait parler. Le Voltali lu dans les regards comme de la pitié ou de la compassion à son égard ; rien qui ne lui faisait plaisir, en somme. Pourtant, il essaya de ne pas paraître trop froid, pour qu’ils n’hésitent pas à demander son aide ; après tout, il était là pour ça, et il comptait bien faire son travail de son mieux. Il s’apprêta à dire quelque chose de gentil lorsqu’un retardataire déboula sur sa gauche.

- Ah, tiens, mais regardez qui-voilà… railla le nouvel arrivant d’une voix grinçante.

Alban se retourna doucement et son cœur rata un battement. Un garçon de 18 ans se tenait face à lui, les mains dans les poches. Sa chevelure brune était coiffée de piquants, et un nouveau piercing qui ornait sa narine rejoignait son lobe d’oreille par le biais d’une chainette. Il portait une veste en cuir noir sans manches, comme ces ornithologues qui pullulent sur les routes de Cimetronelle, et un jean troué de parts en parts. Son sourire était narquois, mauvais, moqueur. Derrière lui, un immense Airmure étalait ses ailes métalliques, et son regard était aussi hostile que celui de son dresseur. C’était lui. Lui qui avait fait tomber Alban et Cirrus lors de leur dernière course, et avait entraîné la mort du Roucarnage… Alban serra les poings, tout en se forçant d’adopter une attitude neutre.

- Le petit-génie postier de Cimetronelle. Le fils à papa et maman qui distribue le courrier avec ses petits… Pokémon, poursuivit le garçon en jetant un coup d’œil amusé à Zéphyr. Toujours aussi impressionnant, flanqué de ses Pokémon minables.

L’insulte glissa sur lui comme sur les plumes d’un Lakmécygne. Oh, de l’intimidation maintenant ? Alban se considérait comme étant beaucoup plus intelligent que ça. Malgré tout, ce type-là, il le méprisait. C’était une honte qu’il soit encore là cette année alors qu’il avait triché sur la précédente course. D’un coup d’œil rapide, il repéra le garçon sur la liste qu’on lui avait distribuée, et dit d’une voix pensive.

- Hm… Havel Marshall d’Autequia. En retard dès le premier jour. Disqualifié de la précédente course pour usage d’un stratagème frauduleux. Un léger surpoids pour un coureur de compétition. Hm… Bien, bien. Mon avis en tant qu’expert est le suivant : pour pouvoir avoir une chance de gagner sans petits tours de passe-passe cette année, vous devriez faire quelques tours de pistes en courant histoire de vous débarrasser de votre embonpoint.

Il fit mine de noter deux trois bricoles sur son calepin, puis analysa d’un œil critique l’Airmure du garçon.

- Quant à… - il regarda sur sa feuille de note -, Balder, votre Airmure, il semble un peu terne, vous devriez additionner son alimentation d’un peu de baies Ceriz pour qu’il n’ait pas l’air de rouiller sur place. Ça pourrait influencer sur son tranchant également et sur son aérodynamisme, donc un petit régime ne ferait pas de mal. Je pourrais m’en occuper puisque c’est mon rôle, mais si je faisais tout à votre place, vous n’apprendrez jamais. Je vous conseille donc de vous en préoccuper au plus vite. Après, si vous le souhaitez que je le fasse je peux m’en charger, c’est à votre guise…

Havel eu le rouge qui lui monta aux joues, et il fusilla Alban du regard. Autour d’eux, quelques participants pouffaient de rire tandis que d’autres observaient la scène avec une certaine réserve. Alban lui, savourait doucement cette petite vengeance. Finalement, il y trouvait là une sorte de satisfaction malsaine qui avait remplacé ses premières préoccupations. Il était l’expert. Il avait le pouvoir de se la jouer coach, donc. Qu’on le sollicite ou non, il n’allait pas se gêner pour humilier ce type. Après tout, le dresseur de l’Airmure ne s’en privait pas, de son côté, donc pourquoi pas lui ? Probablement pas la pensée la plus sage du jour, mais Alban n’en avait cure. Après tout, c’était à cause de ce type qu’il ne pouvait plus voler.

- Abernaty… grinça Havel. N’oublie pas ce qui t’es arrivé l’an dernier, et n’oublie pas ce qui pourrait t’arriver celle-ci. Tu es toujo-…
- C’est une menace ? le coupa Alban, avec un haussement de sourcil interrogateur, le stylo en l’air. Je note, je note. Pas sûr que Monsieur Winchester apprécie qu’on ait attaqué un de ses précieux participants, l’an dernier. Pas sûr qu’il appréciera qu’on s’en prenne à son expert cette année. Par ailleurs j’aimerais un minimum de respect quand on s’adresse à moi. Vous pouvez vous exempter du « Monsieur » évidemment, mais j’aimerais au moins un vouvoiement, merci.

Havel rougit de plus belle et il déversa toute la haine dont il était capable en un regard. Alban, lui, eut un haussement d’épaule et se tourna plutôt vers les autres, qui le regardaient avec une sorte de révérence respectueuse. Il décida que contrairement aux experts des années passées, lui essayerait de faire la différence. Il n’allait pas se contenter de nourrir les Pokémon deux fois par jour et de leur lustrer vaguement le plumage. Il allait faire en sorte de partager son expérience et son savoir avec tous. Il n’avait certes pas la prétention d’être le plus malin ou le plus cultivé sur le sujet, mais au moins allait-il leur mettre à disposition toutes les informations possibles. Libre à eux d’en faire ce qu’ils voudraient, ensuite.

- Bien, maintenant que les choses sont dites, j’aimerais que vous vous aligniez avec vos montures en suivant cet axe, dit-il en traçant une ligne imaginaire avec son bras.

Il avait l’impression de s’être trop rapidement pris au jeu, mais il n’y pouvait rien. Dès qu’il était sur une piste de course, son corps bouillonnait et il oubliait tous ses problèmes. Par chance, les autres participants étaient plus sympathiques que le dénommé Havel, et ils lui obéirent au doigt et à l’œil. Alban constata qu’étrangement, cette discipline ne lui déplaisait pas ; il ordonnait et on faisait ce qu’il voulait. Il y avait quelque chose d’agréable là-dedans. Avec des gestes professionnels, il dégaina son calepin de note et sa liste. Zéphyr sur son épaule attirait tout autant de regards que lui, avec ses ailes blanches soulignées d’une bande d’or. Avec des gazouillis stressés, il alla se réfugier dans la chevelure d’Alban qui décida de le mettre à contribution en lui faisant tenir dans le bec ses nombreux papiers. Quant à Auster, à ses pieds, il claquait des dents pour remettre les montures indisciplinées en rang lorsque celles-ci osaient ne pas s’aligner sur l’axe décidé par Alban. Bien. Son équipe était bien impliquée dans son devoir, et il put donc commencer son inspection.

- Candidate n°1, Meilou Garcia, de Jadielle. Monture, Brasven, un Rapasdepic, dit-il en passant devant une fille au milieu des autres, grande, élancée, et avec une chevelure châtain attachée en une queue de cheval stricte. Excellent maintien, un port élégant qui doit sûrement être parfait lorsque vous êtes en plein vol. Jolie monture aussi. Plumage impeccable, port droit. Un Bec Pointu attaché qui lui donnera forcément un avantage en course. Je n’ai pas grand-chose à dire là-dessus, tout est déjà très bien. Un régime de baies Sailak pour décupler les compétences, et d’un peu de baies Myrte pour la forme.

Il nota quelques informations sur une feuille de papier carbone, puis déchira la première feuille qu’il tendit à la jeune fille. Il conserva ensuite le duplicata pour lui, qu’il donna à Zéphyr, avant de passer au suivant sur sa liste.

- Candidat n°2, Georges Hash, des Îles Oranges. Monture, Noarfang. - un garçon solidement bâti hocha la tête pour valider son matricule -. Constitution solide qui rendra certes la progression moins rapide, mais qui permettra de passer plus facilement les obstacles et qui évitera les déviations de trajectoire. Joli Noarfang, mais il manque un peu de muscle pour que vos deux silhouettes soient en totale symbiose. Un peu d’exercice pour lui faire prendre du muscle ne sera pas de trop. Il lui faudra également un régime lourd, à base de baies Myrte, Durin et Stekpa. Avec un peu de Sailak pour qu’il ne perde pas en rapidité.

Il répéta la même opération que précédemment, et passa ensuite devant deux jumeaux de petite taille aux airs malicieux et aux cheveux blonds, ainsi qu’une fille à lunettes aux cheveux violets.

- Candidats n°3 et 4, Caine et Clyde, d’Oliville. Montures, Faron et Fei, Togekiss. Votre petite taille sera un atout car vous êtes également très légers. Attention à ne pas vous faire désarçonner cependant. Je vous conseille des licols en cordes de crins de Tauros, plus solides, et des étriers de même confection, pour ne pas que le métal gêne les flancs de vos Togekiss. Régime à base de Myrte et de Sailak uniquement, pour ne pas que la monture prenne trop de poids et ne perde en vitesse. Candidate n°5, Madisson Arvard, de Mérouville. Monture, Alix, Hélédelle. Une jolie bête, mais ses plumes commencent à perdre de leur couleur. Risque d’être sujette à la maladie de la plume lèpre. Un régime de baies Myrte et Durin, additionné d’un peu de vitamines D permettrait d’éviter cela, mais attention à ne pas trop voler dans les nuages, l’humidité serait fatale. Niveau poids et port, c’est plutôt parfait. Attention juste à bien la couvrir pour ne pas la fragiliser.

Il sortit de son sac à dos un petit flacon de vitamines et le donna à Madisson, qui le remercia d’un sourire en coulant un regard inquiet vers son Pokémon. Un futur malade, ce n’était pas la meilleure nouvelle une semaine à peine avant une course, mais Alban était persuadé qu’en quelques jours le Hélédelle serait parfaitement rétabli. Si on suivait ses conseils, évidemment… Ce n’était pas la première fois qu’il soignait une plume lèpre, après tout. D’un nouveau pas, il s’avança vers les candidats suivants. Il passa devant le n°6, Havel, sans rien lui dire puisqu’il lui avait déjà fait son rapport. Il s’attarda donc sur les autres : un garçon aux cheveux blancs, un autre aux allures de star avec une longue tignasse rousse, et une fille aux cheveux bleus pâles et aux allures timides.

- Candidat n°7, Marvel Blake, de Floraville. Monture : Lily, Etouraptor. Votre port est trop courbé, vous vous exposez à des problèmes de dos dans le futur. Un petit redressement ne ferait pas de mal, je vous conseille d’essayer de vous entraîner à faire le pont au moins une fois par jour, avant le coucher. Jolie monture, avec un beau plumage. Un peu de surpoids cependant, il faudrait éviter de lui donner des sucreries. Régime de baies Kiwan essentiellement, pour essayer de lui faire perdre un peu de masse avant la course, ce serait mieux. Candidat n°8, Jordan Jane, de Vaguelone. Monture : White, Lakmécygne. Il faudrait faire attention, avec toutes les fioritures que vous mettez sur son dos, votre Pokémon risque de perdre en vitesse. Autrement, pas grand-chose à dire, le poids est bon, le port également, vous avez l’air de très bien vous y connaître. Continuez le régime aux baies Sailak et ce sera bon. Candidate n°9, Julia Jude, de la Forêt Blanche. Monture : Zoé, Gueriaigle. Une très belle bête, mais attention à bien tailler ses plumes pour lui faire gagner en vitesse et en aérodynamique. Régime de Sailak et il n’y aura pas de soucis.

Zéphyr commençait à avoir des papiers plein le bec, et il en fit tomber une, vite rattrapée par Auster qui était toujours attentif à tout. Alban arrivait enfin au bout. Il ne lui restait plus que la dernière candidate, une fille aux cheveux courts en boucles blondes, qui, malgré cette extravagance, se faisait plutôt discrète. Il passa devant elle et regarda sa monture, un Flambusard aux plumes rouges. Aussitôt, il vit que quelque chose n’allait pas, que ce soit dans le regard paniqué que la fille lui jetait, ou dans l’attitude étrange de son Pokémon. Il leva cependant son stylo et se chargea de son dernier diagnostic.

- Candidate n°10, Azalea Stockholm, de Romant-sous-Bois. Monture : Sylphe, Flambusard. Bon maintien, bonne stature. Jolie monture avec un bon poids. Evolué récemment, je présume. Un régime de baies Sailak et Kiwan pour le stabiliser un peu.

Il croisa de nouveau le regard apeuré de la fille, et ravala sa salive. Bien. Message reçu.

- Et ce sera tout, acheva-t-il. Sur ce, vous pouvez disposer à présent. Je m’occuperai de réunir les baies nécessaires pour les différents régimes. N’hésitez pas à me dire si vous souhaitez que je m’en occupe ou si vous souhaitez le faire vous-même. Sans réponse de votre part, je m’en chargerai automatiquement dès les premières heures demain. Pour ceux qui souhaitent que je les aide dans leur entraînement, vous pourrez me solliciter dès demain aussi. Egalement, si vous avez la moindre question, n’hésitez pas à me joindre. Vous pouvez utiliser librement le stade pour vos entraînements. Je vous demanderai juste de faire regagner leurs enclos à vos montures avant 19h chaque soir, comme mentionné dans les règles de vie distribuées par Monsieur Winchester. En vous souhaitant à tous une bonne semaine, et une bonne chance.

Il entendit une dizaine de voix lui répondre et le remercier, puis certains s’en allèrent pour commencer à s’entraîner. D’autres restèrent près d’Alban pour lui poser des questions ; essentiellement ceux qui avaient des régimes particuliers ou des exercices à faire. Avec patience, le châtain essaya de répondre à tous, en les rassurant, et en leur distribuant des conseils. 8 personnes s’inscrivirent pour qu’il prenne soin de leur monture et les nourrisse, puisqu’il avait l’air de mieux s’y connaître. Une s’en alla sans lui adresser un seul regard, et Alban constata avec évidence qu’il s’agissait de Havel. Enfin, la dernière, la dénommée Azalea, se tenait à l’écart des autres, semblant attendre qu’Alban soit seul pour venir lui parler.

Au bout d’un bon quart d’heure, les candidats étaient retournés soit dans leurs chambres pour se reposer, soit sur le terrain pour essayer de s’entraîner un peu. Alban pu enfin respirer un peu, et il récupéra toutes les feuilles que ses Pokémon tenaient pour lui afin de les classer et de les ranger dans son calepin. Sa première journée commençait fort, mais il avait la sensation d’avoir dispensé de bons conseils. Sentant un regard posé sur lui, il leva la tête et croisa Azalea, qui attendait dans un coin qu’il ait fini, tortillant ses mains comme si elle hésitait à venir lui parler. Se relevant doucement, le Voltali se dirigea vers la jeune fille, et il plongea ses yeux bleus mouchetés d’or dans ceux de la cavalière.

- Oui ? Vous aviez quelque chose à me demander ? dit-il doucement, en essayant de ne pas paraître trop froid.

La jeune fille sembla hésiter. Elle vérifia autour d’elle qu’il n’y avait personne d’autre, puis elle prit une grande inspiration.

- Je voulais te… heu… vous…, répondit-elle avec un petit couinement de souris timide.
- Tu peux me tutoyer, ne t’en fais pas pour ça. Enfin, quand il n’y a personne dans les parages, lui dit Alban en lui adressant un très léger sourire pour qu’elle poursuive.
- Hm, merci… répondit-elle, mal à l’aise. Puis, prenant une nouvelle grande inspiration, elle continua : Je voulais te dire merci pour tout à l’heure. Tu sais… De ne pas avoir dit grand-chose sur Sylphe…

Alban soupira et ferma les yeux. Il les rouvrit ensuite doucement et coula un regard vers le Flambusard qui se tenait toujours dans un coin, en se dandinant légèrement sur place.

- Pas de quoi, je ne voulais pas alerter les autres candidats. Cependant, je pense que tu me dois quelques explications. Il s’approcha du Flambusard et tendit la main pour la poser sur son bec. Immédiatement, le Pokémon recula de quelques pas en émettant des bruits aigus et en agitant la tête de gauche à droite, comme en proie à une grande détresse. Azalea sursauta et emmêla encore plus vite ses doigts entre eux. Qu’est ce qui lui arrive ?

La jeune fille semblait sur le point de fondre en larmes. Détectant son trouble, Auster se dirigea vers elle et se frotta doucement à sa jambe pour la consoler.

- D… depuis ma dernière course, il est comme ça. Avant c’était un Braisillon, et j’ai pu gagner la dernière fois car il a évolué sur la fin. Mais depuis, il ne m’obéit plus, et se montre étrange avec moi. Je ne sais pas quoi faire, je… je crois qu’il me sera impossible de courir dans ces conditions-là…

Elle avait l’air d’être vraiment malheureuse. Ses yeux ambrés furent bientôt souillés par quelques larmes, et elle les chassa rapidement, les joues d’un rose soutenu. Alban comprit. Une évolution. Evidemment, il avait détecté que celle-ci s’était produite récemment, mais il n’avait pas été en mesure de déterminer pourquoi le Flambusard réagissait si étrangement. Comme s’il n’avait pas envie d’être là. Le Voltali se doutait bien qu’il y avait un problème, car d’ordinaire, les Pokémon de course étaient extrêmement bien dressés ; il n’y avait qu’à voir le maintien du Flambusard pour s’apercevoir qu’il n’avait pas l’air d’être du niveau de celui qu’on attendait pour une compétition mondiale d’une telle envergure. Cela posait un certain problème. Pourtant, il n’avait pas voulu saper les chances d’Azalea en disant devant tout le monde que sa monture n’était pas à la hauteur. Il s’était donc tu et avait assuré le minimum vital. Levant la main vers le Pokémon Vol pour lui caresser le bec, Alban le vit reculer et l’esquiver. Bon… Ça n’allait pas être simple du tout, et, avec moins d’une semaine, il n’était pas certain de faire des miracles, mais qu’importe. Il fallait qu’il trouve une solution pour que cette jeune fille puisse concourir sur un pied d’égalité.

- Je vais t’aider, lui annonça-t-il, en suspendant ses longs doigts fins à mi-chemin entre lui et son Pokémon. Je vais faire en sorte qu’il retrouve confiance en toi, et que tu puisses courir comme les autres. Par contre, je te préviens : cela demandera énormément de travail, et tu vas devoir passer tes journées à t’entraîner avec moi. Est-ce que cela te convient ?

Azalea soupira de soulagement, et esquissa son premier sourire depuis le début de l’entretien. Elle hocha vigoureusement la tête de haut en bas, en l’abreuvant de remerciements. Alban lui adressa un sourire léger, et il lui donna rendez-vous pour le lendemain, dès l’aurore, pour son entraînement. En attendant, il fallait qu’il se repose de son voyage et de cette première journée, et qu’il analyse dans sa chambre d’hôtel les différentes cassettes de courses des participants qu’on lui avait remis. Un gros travail l’attendait, mais ce dernier était nécessaire pour comprendre chaque monture et chaque coureur ; pour déceler chaque habitude, chaque point fort ou point faible. Il fallait qu’il soit en mesure d’être l’expert qu’on attendait qu’il soit. Alors, faisant signe à Auster et Zéphyr de le suivre, il se dirigea d’un pas lourd vers sa chambre.
Alban Abernaty
Région d'origine : Hoenn
Âge : 17 ans
Niveau : 70
Jetons : 20638
Points d'Expériences : 2487
Pokeathlète Coach
Voir le profil de l'utilisateur
Sujet: Re: [Cours été 2015 Pokéathlète] Le ciel se nourrit d'ailes [Terminé]   Dim 9 Aoû - 10:48

Le ciel se nourrit d'ailes (part 2)
Cours été 2015 - Pokéathlète
‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗

[Cours été 2015 Pokéathlète] Le ciel se nourrit d'ailes [Terminé] 1439112307695tumblr_m4i746pcJG1r3t6jpo1_500

Pokémon utilisés :
[Cours été 2015 Pokéathlète] Le ciel se nourrit d'ailes [Terminé] 11u893m [Cours été 2015 Pokéathlète] Le ciel se nourrit d'ailes [Terminé] 14391123071140197_1


Alban se réveilla aux aurores, avec la sensation de ne pas avoir dormi du tout. Il avait passé la veille à étudier des vidéos de courses, et ses yeux étaient rougis par l’effort. Il bailla un long moment et mis quelques secondes à se souvenir de l’endroit où il se trouvait ; une chambre spacieuse, des murs au papier peint crème, et un grand lit moelleux aux draps blancs. Dans un coin, une table basse en bois flotté, et sur la fenêtre, des rideaux lourds qui masquaient les premiers rayons du soleil. Loin du charme rustique des maisons de Cimetronelle ou de Cobaba, cette chambre d’hôtel semblait venir d’un autre monde. Un chocolat était glissé sous son oreiller, et Alban le déballa pour le mâchonner distraitement. Son dos était douloureux, ses épaules tendues, et il aurait bien dormi quelques minutes supplémentaires s’il n’avait pas rendez-vous avec Azalea dans deux heures. Se forçant donc à s’étirer, il laissa Zéphyr, couché sur un traversin, continuer un peu sa nuit. Un peu plus réveillé, il décida de prendre une douche pour se revivifier les sens. Sur le chemin, il passa devant sa table en bois flotté, où des cadavres de bouteilles de jus de fruit trônaient. Il avait bu moult jus d’orange pour éviter de s’endormir, mais avait fini par aller se coucher à trois heures du matin, incapable de tenir plus longtemps. Il avait cependant pu visionner toutes les vidéos au moins deux fois, et avait annoté un grand nombre d’informations sur son calepin. Il avait disparu du circuit un an durant, mais il conservait toujours ses capacités d’analyse et de déductions ; ainsi, il avait pu remarquer pas mal de choses intéressantes qui lui seraient utiles lors de ses séances d’entraînement. Si quelqu’un d’autre que la participante de Romant-sous-Bois le sollicitait, évidemment.
Sur le tapis, Auster, qui avait passé la nuit-là, leva la tête, alerte, lorsqu’Alban passa près de lui. Le Pokémon Ténèbres redressa ses oreilles en pointe, et le Voltali le rassura en le gratouillant à l’arrière de la tête. Puis, il se déshabilla et fit couler l’eau froide sur ses cheveux.

La claque thermique eut sitôt fait de le réveiller définitivement, et, revêtant une chemise en coton blanche et un pantalon confortable, il enfila des bottines noires et sorti de sa chambre d’hôtel. Zéphyr était toujours aussi ensommeillé, mais il le cala dans son sac à dos, sur l’œuf mystérieux, et siffla pour qu’Auster le suive. Ensemble, ils se dirigèrent donc vers le stade pour donner le petit-déjeuner aux montures. La veille, il avait passé commande d’un certain nombre de type de baies, et il fut satisfait de trouver un grand sac qui l’attendait, dans la zone des enclos des montures. S’asseyant sur le sol, il montra les différentes baies à ses deux compagnons, et leur expliqua de quel type il s’agissait. Il demanda ensuite à Zéphyr d’entreprendre la tâche de laver les fruits grâce à son attaque Pistolet à O, et à Auster de les trier par genre. Le Noctali avait un certain talent pour faire rouler les choses rondes, comme Alban avait pu s’en apercevoir lors du sauvetage des œufs, à Mauville. Ainsi, il ne fut pas étonné de constater que son Pokémon était particulièrement doué pour trier les baies en plusieurs tas. D’un coup de patte, il les expédiait dans la bonne direction, regroupant bientôt chaque baie avec ses collègues. De son côté, Alban avait récupéré plusieurs seaux propres qu’il fit rincer à Zéphyr, et qu’il annota avec le nom des différentes montures. Neuf seaux furent ainsi préparés, car Havel n’avait pas voulu qu’Alban se charge de l’alimentation de son Airmure. Le châtain se mis ensuite à reprendre ses notes pour se souvenir du régime de chacun des Pokémon, et il coupa les baies en petits morceaux qu’il disposa dans les différents récipients. Une fois cela fait, il récupéra toutes les baies restantes et les fit rentrer dans plusieurs sacs, qu’il rangea dans un établi vide, verrouillé grâce à un gros cadenas emprunté. Il n’avait pas envie qu’on sabote ses denrées et qu’on l’accuse ensuite d’avoir empoisonné des Pokémon. Prudence était mère de sûreté.

- Zéph’, Auster, venez avec moi, ordonna-t-il ensuite à ses Pokémon, qui le suivirent vers une espèce de grosse machine ronde.

Il y versa le contenu du premier seau, qui était pour le Rapasdepic de la candidate n°1, et il entreprit de tout mixer ensemble. Ensuite, une fois que tout fut sous forme de pâte épaisse, il confectionna des croquettes qu’il additionna d’un peu de céréales pour un complément de goût et de nutriments. Il continua donc ainsi pour tous les autres mélanges de baies, jusqu’à avoir ses neuf rations du matin. La tâche était répétitive et peu intéressante, mais pas désagréable pour autant. Il avait l’habitude de faire ce type de préparations, et avoir l’impression d’être de retour dans les courses lui mettait du baume au cœur… Enfin… autant que ça lui faisait du mal. Chassant ce picotement désagréable au coin de ses yeux, il se redressa et s’approcha des montures. Avec une voix calme, il salua chacune d’entre elle, distribuant des caresses, sondant les plumes de ses mains expertes. Bien dressés, les Pokémon le laissèrent approcher et les manipuler sans faire d’histoire. Après tout, Alban s’était déjà occupé de nombreux autres oiseaux, et il savait y faire, même avec ceux qui n’étaient pas totalement des volatiles, comme les deux Togekiss. Il rencontra cependant des difficultés avec Sylphe, le Flambusard d’Azalea. Comme la veille, la buse ne voulut pas le laisser le toucher. Alors, de loin, Alban lui lança une poignée de croquette qui tomba sur la paille. Avec un regard méfiant, le Flambusard observa le Voltali et la nourriture, puis picora quelques miettes avec réserves. Puis, se rendant compte du bon goût de la préparation d’Alban, il mangea avec un peu plus d’appétit.

Le garçon eu un sourire satisfait, et sursauta lorsqu’il sentit une petite toux discrète dans son dos. Sur ses gardes, il se retourna et se retrouva face à Azalea.

- Heu… Bonjour Alban… Je… Je ne voulais pas te faire peur, s’excusa-t-elle en continuant d’agiter ses doigts nerveusement.
- Ce n’est rien… Bonjour Azalea, comment vas-tu ce matin ?

Elle coula un regard vers son Flambusard qui mangeait voracement, puis souffla de soulagement.

- Bien, merci. Je suis contente de voir que Sylphe remange. J’ai eu du mal à lui faire avaler quoi que ce soit depuis l’évolution.
- Ce n’est qu’une question de savoir faire. Je te donnerai la recette et je t’apprendrai à faire ces croquettes, si tu veux. Mais tu sais, si ton Pokémon sent que tu as peur de lui, il aura du mal à te faire confiance de nouveau.
- Je sais, mais…

Elle déglutit, et se perdit dans ses réflexions. Alban la contempla un moment, puis tourna ses yeux vers le Flambusard. Il analysa la stature du Flambusard, qui semblait parfaitement normal tandis qu’il mangeait, puis il prit une inspiration et attrapa une corde sur le côté. Azalea sursauta, mais elle n’intervint pas lorsqu’Alban lança la corde comme un lasso autour du cou de Sylphe, l’attachant solidement. Le Pokémon, qui n’avait rien vu venir car il était en train de manger, tira plusieurs fois sur la corde pour essayer de s’en libérer, mais Alban avait serré la natte autour de son poignet et de sa main de façon à ce qu’il ne puisse pas lâcher. Alors, il tira en douceur sur la corde pour faire venir l’oiseau vers lui.

Zéphyr, qui venait de sortir le bec de son sac, se recacha immédiatement en voyant l’immense buse s’approcher d’eux. Auster, quant à lui, courba l’échine dans un geste tendu, et resta en retrait, prêt à intervenir si besoin. Le Flambusard émit plusieurs cris plaintifs, tourna la tête et essaya de s’échapper, mais Alban le tenait fermement. Avec une voix apaisante, il lui susurra des mots doux pour le calmer.

- Bien mon grand… Ne cherche pas à t’enfuir… Tout va bien, je suis là… Viens ici, je ne vais pas te faire de mal…

Une fois que le Flambusard fut proche de lui, il tendit sa main et lui caressa le bec. L’oiseau ferma les yeux comme un bébé craintif, mais il se détendit progressivement au fur et à mesure des caresses d’Alban. Le garçon en profita pour vérifier l’état de ses plumes, et remarqua de drôles de marque autour de son cou, juste derrière le nœud de la corde. Où est-ce qu’il avait pu se faire là ? Un roucoulement plaintif traversa le bec du Flambusard, et il reprit ses caresses de plus belle, en évitant soigneusement cette partie qui semblait lui faire mal. Les muscles du Pokémon se relâchèrent, comme s’il était soudainement beaucoup moins paniqué, et Alban eu un sourire satisfait. Il plongea ses yeux dans ceux, couleur ambre, de son nouvel ami, et le rassura.

- Ne t’inquiète pas, tout se passera bien, d’accord ? Tu veux que je t’amène faire une petite balade ?

Le Flambusard émit un petit son, et Alban le sortit de son enclos en soulevant la barrière de bois qui l’empêchait de s’enfuir. Alors, le Pokémon le suivit docilement et il le guida jusqu’à la piste principale. Azalea, qui se tenait à distance respectueuse, suivi ses pas, accompagnée d’Auster. Mais dès qu’elle voulut s’approcher plus près de son Pokémon, celui-ci se mis à ruer et à agiter ses ailes de grande envergure, envoyant Alban rouler sur le sol. Le garçon tomba sur le dos, et serra instinctivement la corde dans sa main pour ne pas que le Flambusard décide de s’envoler et de l’emporter dans son ascension ; cas contraire, il aurait certainement de gros ennuis. Auster, voyant que son dresseur peinait à maintenir sa poigne, utilisa lui-même Poursuite pour se jeter sur le Flambusard et le maîtriser au sol. L’oiseau hurla et envoya valdinguer Auster plus loin, qui effectua un salto arrière et se réceptionna avec grâce sur le sol, sans essuyer de dégâts, prêt à repartir à l’assaut si besoin.

- CA SUFFIT ! cria Alban pour tenter de calmer le jeu. Le Noctali se figea dans sa position tendue, prêt à bondir, tandis que le Flambusard rangeait progressivement ses ailes et lui jetait un regard piteux.

Azalea de son côté tremblait de tous ses membres, au bord des larmes. Elle tomba à genou et enfouit la tête dans ses mains en secouant la tête de gauche à droite. Alban posa une main rassurante sur le Flambusard.

- Ecoute Azalea, il voudrait mieux que tu évites de t’approcher trop de lui pour le moment. Il faut qu’on y aille doucement, alors suis mes instructions. Pour aujourd’hui, je pense qu’un contact est trop tôt. Il me faut encore un peu de temps pour comprendre pourquoi ça ne va pas entre vous. Que dirais-tu de faire des exercices de base, mais de façon séparée ?

Il lui jeta un regard impassible, mais au fond, il avait un peu de peine pour elle. S’entraîner sans sa monture ? C’était un peu comme lui demander d’avaler un Grotadmorv. Ça allait être extrêmement difficile pour elle, mais il ne pouvait pas faire de miracles si tôt. D’autant plus que son objectif était de mettre ces deux participants dans les meilleures conditions possibles pour le jour de la course. Il ne pouvait pas se permettre de perdre du temps en tentatives stériles et en se tournant les pouces jusqu’à ce qu’ils soient capables de travailler ensemble de nouveau. Il lui demanda donc d’effectuer une série de cinquante pompes en faisant des pauses à chaque série de dix, et d’effectuer cinq tours de piste en faisant attention à sa respiration. Etonnement, la blonde s’en sortait plutôt bien pour tout ce qui était sport, et elle enchaîna les séries sans trop de difficultés. Puis, d’un bond, elle s’élança pour améliorer sa condition physique, et Alban se tourna vers Sylphe.

- Bon mon grand, c’est à ton tour, maintenant, lui dit-il en tirant doucement sur la corde pour le stimuler un peu.

Le Flambusard le regarda, mais Alban ne lut plus de la peur dans ses yeux. Il s’était habitué à sa présence et l’avait accepté, en quelques sortes.

- Je ne peux pas encore te détacher, mais il va falloir que tu t’envoles un peu pour te dégourdir les ailes, ok ? Je vais donner la corde à Auster, et tu vas me faire quelques tours de piste à basse altitude, d’accord ? Mais d’abord, on va faire un peu d’échauffement et de souplesse. Etend tes ailes, s’il te plaît.

Le Flambusard lui obéit docilement, et il déploya ses grandes ailes aux plumes grises, rouges et noires. Alban se pencha ensuite vers lui pour le faire se contorsionner dans différentes positions, repliant une aile d’un côté, repliant l’autre du côté opposé, étirant les plumes et dégourdissant les pattes. Après une série de flexions, le Flambusard eut enfin les muscles parfaitement détendus, et Alban siffla pour faire venir Auster à lui. Alors, il donna l’extrémité de la corde à son Noctali pour qu’il le tienne dans sa gueule, et lui demanda de commencer à courir. Le Pokémon acquiesça, puis s’élança, tandis que derrière, Sylphe commençait à prendre son envol.

L’exercice se passa merveilleusement bien. Alban comptait sur l’obéissance du Flambusard pour ne pas s’échapper et sur Zéphyr pour le maîtriser en cas de problèmes, grâce à ses attaques Aquatiques. Il était bien conscient que la puissance seule de son Noctali ne parviendrait pas à retenir le Flambusard, et qu’il s’envolerait dans les airs si jamais l’oiseau décidait de prendre de l’altitude, mais au moins, il se sentait plus rassuré de pouvoir le tenir ainsi. Et puis ça permettait à Auster de faire un peu d’exercice, ce qui n’était jamais de trop. Surveillant les courses d’un regard scrutateur, Alban aperçu du coin de l’œil d’autres candidats qui s’entraînaient dans le coin. Il décida de les ignorer du moment qu’ils ne venaient pas lui demander son aide, mais bientôt, il somma à Sylphe de redescendre pour prendre un peu de repos.

Azalea, elle, avait fini ses tours de piste, et elle resta à plusieurs mètres de sa monture pour ne pas la perturber. Alban se dirigea vers-elle, laissant Zéph’ et Auster gérer Sylphe, mais le Flambusard avait l’air parfaitement calme, à présent. Les trois Pokémon commencèrent à jouer ensemble et à se tourner autour, s’envoyant parfois des attaques et les esquivant d’un bond. Le Voltali laissa ses Pokémon gérer la situation, et il alla s’assoir à côté de la jeune fille qui buvait de l’eau à grandes gorgées. La matinée avait déjà filé, et Alban souhaitait essayer de faire quelque chose dans l’après-midi.

- Tu t’en sors bien avec Sylphe, lui dit la jeune fille. Je comprends mieux pourquoi tu as gagné toutes ces courses. Tu sais si bien t’y prendre avec les Pokémon Vol.
- Mes parents tiennent une volière, j’ai un peu baigné dedans.
- Tu hm… C’est vrai que tu ne peux plus voler ?

Il la regarda, se demandant pourquoi elle posait cette question ici et maintenant. Il se détendit cependant en voyant les yeux d’ambre de la demoiselle. Ils étaient innocents, simplement curieux de savoir. Il n’y avait aucune animosité derrière cette question.

- En quelques sortes…
- Mais pourquoi ? As-tu réessayé ?
- On devrait aller faire autre chose. Comme visionner l’enregistrement de ta dernière course et voir ce qui ne va pas avec Sylphe, l’interrompit-il, la coupant net dans sa série de questions.

Il n’avait pas envie de lui répondre, ni envie d’en parler. Après tout, il ne la connaissait pas, et n’allait pas se confier à la première personne venue. Azalea sembla d’ailleurs s’apercevoir du fait qu’elle était allée trop loin, et elle arrêta de parler, rentrant la tête dans les épaules. Alban partit en avant, et rentra Sylphe dans son enclos. Puis, sachant qu’il était aux alentours de midi, il alla donner leur ration aux autres Pokémon qui étaient encore là. Il laissa quelques croquettes sur le sol, dans la paille, pour ceux qui n’étaient plus dans leurs box ; ils reviendraient manger quand ils retourneraient d’entraînement. Il accompagna Azalea jusqu’au réfectoire, et l’aida à composer son repas pour le midi ; la jeune fille voulait bénéficier de ses conseils, même pour ça, et elle glana de quoi conserver son poids. Pour une cavalière comme elle, Alban lui recommanda de rester la plus légère possible, car prendre trop de masse lui ferait perdre en vitesse ; et avec une monture telle que Sylphe, elle n’avait pas besoin de peser lourd pour être efficace. Ils prirent leur repas à emporter et filèrent dans la salle vidéo, pour pouvoir regarder la dernière course d’Azalea sur grand écran. Ils s’installèrent donc et Alban lança la cassette en mordant dans son sandwiche aux crudités.

La course commençait comme toutes les autres. Les participants étaient sur la ligne de départ, et Alban repéra rapidement la blonde, juchée sur un Braisillon. Sylphe, sa monture, semblait en totale confiance ; sa dresseuse perchée sur son dos, les cheveux rentrés dans un casque à lunettes, lui tapotait doucement le flanc. Puis, au coup d’envoi, toutes les montures s’élevèrent dans le ciel. La vitesse était vertigineuse, et même sur la cassette, on ne voyait pas grand-chose. Les différents plans montraient les oiseaux en plein vol, esquivant les obstacles, en détruisant certains grâce à leurs attaques lorsqu’ils n’avaient pas le choix. A la fin du premier tour, Azalea et Sylphe étaient classés dans les cinq premiers ; une place assez bonne pour ne pas perdre tout espoir, mais pas encore assez pour être proche de la victoire. Ils avalèrent les derniers kilomètres en donnant tout, parvinrent à doubler le troisième, puis, brusquement, un obstacle se dressa sur leur route. Désarçonné, Sylphe fit un brusque écart pour éviter le jet d’eau qui fusait dans le ciel, mais le second filait droit vers lui. Et alors, ce fut la lumière éclatante de l’évolution. Le Braisillon se changea en Flambusard, et le Pokémon pris une accélération brusque, laissant un sillon de flammes sur son passage. Grâce à cette intervention, Azalea avait pu gagner la course. Mais pourquoi donc Sylphe refusait-il de la laisser s’approcher ?

Le maître et l’élève regardèrent la vidéo à plusieurs reprises, ralentissant les passages, tentant de comprendre ce qui s’était passé. Rien ne semblait anormal, à part cette évolution. Azalea émettait de nombreuses hypothèses, mais Alban n’en trouvait aucune de pertinente. Alors, Zéphyr chahuta avec Auster et ce dernier tomba pile sur la télécommande, qui déclencha la pause de la vidéo.

- Ça suffit vous deux, calmez-vous ! les houspilla Alban.

Mais lorsqu’il s’apprêta à remettre en marche la vidéo, il capta quelque chose d’étrange. Azalea lui demanda ce qui lui arrivait, mais il la fit taire d’un geste de main autoritaire. Etait-ce juste une impression, ou bien… Il remit la vidéo en marche, et appuya sur pause pour essayer de capter le meilleur arrêt sur image. Il dû s’y reprendre à plusieurs fois mais parvint enfin à obtenir ce qu’il voulait. Alors, il demanda à Azalea de s’approcher, et lui montra.

- Regarde, tu vois, c’est juste après l’évolution. Il a fait une vrille pour éviter un éclair, et je crois que tu t’es trop agrippée à lui. Quand je l’ai examiné ce matin, il avait de drôles de marques au niveau du cou. Je pense que tu l’as blessé. Ajoute à cela le fait qu’un Pokémon qui vient d’évoluer n’est pas toujours obéissant envers son dresseur, et tout ça combiné donne cette situation.

Il lui jeta un coup d’œil et remarqua qu’elle avait blêmit. Mince. Il y était allé trop fort, non ? Il n’était en effet pas connu pour sa grande délicatesse…

- C… Ça veut dire que je l’ai blessé et qu’il a peur de moi ? En plus de… ne pas me trouver assez forte pour être sa cavalière ?

Hmmmm, en gros, oui. Mais Alban n’était pas si cruel pour le lui dire comme ça. Il préféra ne pas répondre, et orienter la conversation vers autre chose.

- Il suffirait que tu t’excuses dans ce cas-là, et que tu lui montres que tu es plus forte que lui. Pour ça, il faudra que tu suives mes méthodes, et ça risque d’être un peu rude. T’en sens-tu capable ?

La jeune fille acquiesça, et Alban lui donna rendez-vous le lendemain. Pour aujourd’hui, ce n’était pas la peine de poursuivre alors qu’elle était dans cet état là ; mieux valait qu’elle se repose un peu. Il la laissa donc pour retourner vaquer à ses occupations et se charger du dernier repas des montures.
‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗

Alban était assis sur le sol, le Guériaigle de Julia entre les bras. La bête, confortablement installée devant Alban, se laissait volontiers brosser les plumes. Le garçon lui appliqua plusieurs crèmes, puis sortit une petite paire de ciseau pour tailler les plumes de façon à ce que le Pokémon puisse atteindre sa vitesse de pointe. Il entreprit ensuite de le masser pour détendre ses muscles, et de l’aider à s’étirer. Le Guériaigle frissonna avec plaisir, et il apprécia vivement la petite douche offerte par Zéphyr pour parachever sa toilette.

- Et voilà Zoé, propre comme un sou, lui dit Alban en lui tapotant doucement sur les plumes.

Le Guériaigle piailla de reconnaissance, puis s’envola doucement, frôlant au passage la joue du Voltali en guise de remerciement. Cela faisait déjà trois jours qu’Alban était à Nénucrique, et toutes les montures lui faisaient à présent confiance. Il s’occupait toujours de leur repas, et se chargeait également occasionnellement de leur taille les plumes ou de leur apporter un petit soin. Les Pokémon Vol étaient particulièrement friand de ce genre d’attention, et voir un humain s’occuper d’eux était une pensée appréciable. Jordan Jane, de Vaguelone, le dresseur du Lakmécygne, lui avait même demandé de l’aider dans son entraînement. Alban avait donc laissé Azalea de côté pour quelques heures afin de répondre aux attentes de tous. Debout, le calepin en main, sur la piste, il surveillait Jordan faire des tours sur son Pokémon, en lui dispensant des conseils grâce au Meios du dresseur d’Unys. Le Pokémon Psy communiquait ainsi directement dans l’esprit de son maître, quand bien même ce dernier se trouvait à plusieurs mètres au-dessus.

- Tu te redresses trop quand tu prends de l’accélération. Penche toi plus et essaye de faire mieux corps avec White. Là, c’est mieux. Quand tu fais une vrille, essaye de ne pas serrer trop fort au niveau du cou. Il faut que ce soit tes pieds qui se fixent solidement aux flancs ; ainsi, tu éviteras de le perturber, tout en t’assurant une meilleure prise. Si tu lâches du bas du corps, ce n’est pas avec tes bras que tu vas pouvoir te retenir de tomber.

Au bout d’une bonne heure, Jordan redescendit enfin, et, radieux, il remercia Alban pour tous ses précieux conseils. Le châtain pu alors retrouver Azalea qui l’attendait plus loin depuis un moment, s’occupant en faisant des séries d’abdos. Il lui demanda de patienter encore un peu et alla chercher Sylphe, qui se laissa docilement guider jusqu’à la piste. Quand il vit sa dresseuse, il commença à protester, mais Alban le tenait solidement. Il essaya de l’apaiser d’une main sur le cou, mais le Pokémon était trop paniqué. D’un jet, le châtain envoya la corde à Azalea, qui l’attrapa, sans savoir quoi faire.

- Maintenant, tiens-le. N’ai pas peur de lui faire mal ou de paraître brusque. Il faut que tu lui montres que c’est toi la dresseuse, et que tu es assez forte pour assumer ce rôle. S’il ne te reconnait pas comme dresseur, ce sera foutu. Alors arrête de trembler et bouge-toi un peu.

Il la malmenait un peu, mais c’était le seul moyen de provoquer quelque chose chez la blonde. Elle suivit ses conseils et tenta de se montrer ferme avec le Flambusard. Il la fuyait au départ, mais rapidement, elle parvint à le maîtriser en tirant sur la corde. Alban regardait, prêt à intervenir en cas de problèmes. Pourtant, il n’en eu pas besoin car elle venait de lui passer les bras autour du cou, le tenant fermement contre elle. Elle lui souffla alors quelques mots, probablement des excuses, et resta longuement à discuter avec lui. Alban détourna le regard, ne souhaitant pas s’immiscer dans ce moment intime. Il ne voulait pas avoir l’impression de s’introduire dans quelque chose qui ne le regardait pas. Il se releva alors et décida de se promener un peu avant le prochain repas des montures.

Il se dirigea vers l’enclos, et rangea les seaux près de leurs box respectifs. Toutes les montures étaient en plein entraînement avec leurs cavaliers, et Alban en profita pour balayer un peu l’endroit. Aidé de Zéphyr, qui se révéla plutôt pratique pour regrouper la poussière grâce à son attaque Cru-Ailes, il remit l’endroit comme neuf, et s’accouda un moment. Il sentit alors une présence et se retourna, pile pour voir que Havel était en train de l’observer avec un rictus.

- Alors Abernaty, t’as fini de faire mumuse avec la jolie fille de Romant-sous-Bois ? railla-t-il en croisant ses bras musclé. Son Airmure, juste derrière lui, émit un bruit métallique qui devait s’apparenter à un rire. Alban soupira… Tant pis pour le vouvouement.
- Alors Marshall, t’as fini de t’entraîner pour ta future défaite ? répondit-il sur le même ton, conscient de la puérilité de leur échange.
- Pfff, qui a besoin de s’entraîner, quand on a un cerveau ?
- Tu as raison, ce n’est pas nécessaire. Retourne donc t’entraîner, tu en as besoin.

Havel éclata de rire et montra du doigt Azalea, qui, au loin, était toujours en pleine discussion avec Sylphe.

- Tu ferais mieux de surveiller ta petite protégée et son piaf. Ce serait fâcheux qu’il lui arrive… quelque chose…

De ses doigts aux ongles sales, Havel mima une chute. Aussitôt, Alban sentit la panique et la colère gronder dans sa poitrine. Auster à ses pieds se mit à grogner, en écho à ses tourments, et même Zéphyr toisa le punk en fronçant des sourcils. Havel éclata de nouveau de rire et se détourna.

- Comme j’ai dit : qui a besoin de s’entraîner, quand on a un cerveau ? Certainement pas moi, car je sais déjà que je vais gagner.

Il tourna ensuite les talons et sauta d’un bond agile sur son Airmure, qui déploya ses ailes en éventail et s’envola dans les airs. Alban le regarda s’éloigner, et il serra les poings. Azalea était en danger, c’était indéniable. Probablement par sa faute… Que pouvait-il faire pour elle ?
‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗

- Alban, j’ai réussi ! s’exclama-t-elle en courant vers lui et en lui sautant dans les bras.

Ses membres se déployèrent autour du corps d’Alban et elle le sera contre lui chaleureusement. Puis, se rendant compte de son geste, elle vira au rouge pivoine et se recula de quelques pas en se ventilant le visage comiquement. Alban la regarda de ses yeux neutres en gardant ses distances. Depuis la discussion de la veille avec Havel, il n’était pas retourné voir Azalea, de peur des représailles. La jeune fille avait cependant cru que c’était volontaire, et, après avoir passé toute une journée avec Sylphe, elle parvenait enfin à l’approcher normalement ; la monture avait l’air de lui avoir pardonné son geste lors de la dernière course, et la reconnaissait un peu plus comme digne de lui. Remarquant son trouble, la blonde pencha la tête sur le côté.

- Ça ne va pas ?

Il soupira. C’était stupide de la mettre à l’écart alors qu’ils n’y pouvaient rien, à présent. Ce qu’il pouvait faire, c’était continuer de la soutenir… Oui mais eh, et si elle tombait elle aussi ? Si Sylphe perdait la vie dans cette course, tout comme Cirrus ? Ce serait à cause de lui… En colère contre Havel, mais surtout contre lui-même, il décida de prendre le problème différemment. Il n’y avait pas de problèmes. Que des solutions.

- Non, tout va bien. Félicitations pour Sylphe, lui dit-il en se forçant à sourire. Par contre maintenant, il va falloir mettre les bouchées doubles, Az’.

Elle rougit lorsqu’il la surnomma ainsi, et hocha la tête, disciplinée. Le véritable entraînement pouvait commencer. Avec une légère pointe de jalousie, Alban demanda à la blonde de grimper sur le dos de Sylphe, et de prendre son envol. Aussitôt, des ailes de grandes envergures se déployèrent, et le Flambusard partit à la conquête du ciel. Azalea hurla de joie, et Alban se sentit envieux. Pourtant, il dispensa ses conseils dans le petit appareil qu’elle lui avait donné et qui permettait de transmettre ses paroles directement dans une oreillette qu’elle portait.

- Détend toi, et ne lui tient pas le cou si fort. Sa stature est différente de celle d’un Braisillon, alors il faut que tu changes tes habitudes. Descends un peu les bras et tient le à la base du cou, juste au-dessus des ailes. Voilà. Dis-lui de partir en flèche.

Il suivit son élève et continua de la conseiller, mais elle se débrouillait déjà très bien. Alors, il décida de corser l’exercice et de mettre des obstacles sur sa route. Ils ne pouvaient pas aller sur la mer, car ils ne devaient pas sortir du champ du stade, mais il redoubla d’inventivité pour trouver de quoi corser l’exercice.

- Auster, utilise Jet de Sable !

Le Noctali s’élança et donna de grands coups de pattes dans le sol pour projeter du sable en hauteur ; sa puissance lui permis de gêner le Flambusard, qui volait à basse altitude. D’un écart, le Pokémon contourna les jets et reparti de plus belle.

- Zéph’, utilise Brume et enchaîne avec Pistolet à O !

Le Goélise chromatique ouvrit la gueule et dégagea de grandes quantités de brume qui vinrent plonger le terrain dans un brouillard opaque. Puis, aléatoirement, il décocha des arcs d’eau pour perturber le Flambusard. Sentant les attaques venir plus qu’il ne les voyait, Sylphe contourna les jets et lança des attaques Flammèche pour supprimer l’eau et la faire s’évaporer en vapeur fine. Vers la fin, il se nimba d’une aura rouge et fit carrément s’évaporer la Brume de Zéphyr. Avec satisfaction, le duo se posa près d’Alban, fin prêt pour la course.

- Pas mal, commenta ce dernier. Je pense que pour demain, tu devrais avoir tes chances…

Azalea le remercia en lui déposant un baiser sur la joue, mais Alban resta froid à cette démonstration d’affection. Avec un regard soucieux, il lui intima de freiner ses ardeurs.

- Par contre, nous avons un problème. Havel compte bien refaire le même coup que l’an dernier, et mon petit doigt me dit que si tu prends la tête de la course, tu risques d’être une cible potentielle. Il faut que tu réfléchisses à une parade et que tu restes sur tes gardes, au cas où ça arriverait, d’accord ?

Il lui posa une main sur la tête, comme il avait l’habitude de le faire avec Calliope, pour tenter de la rassurer. Puis, il esquissa un sourire léger.

- Mais en attendant, que dirais-tu de refaire un peu d’étirements ?
‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗

Le jour J était enfin arrivé. Alban avait tout fait comme il fallait pour préparer au mieux les montures, mais à présent, il était temps de faire face aux résultats. Assis dans la loge principale, Alban était aux côtés du Président Winchester, qui semblait bien s’amuser, sur le siège voisin de celui du commentateur. Autant dire qu’après avoir passé presque une semaine à nourrir des Pokémon trois fois par jour, à les avoir brossé, coiffé, et même entraîné pour certains, Alban aurait très mal pris le fait que ce soit Havel qui gagne. D’autant plus qu’indépendamment du fait de ne pas s’être occupé de Balder, son Airmure, le jeune Voltali avait une certaine rancune contre le natif d’Autequia. Croisant les doigts sous la table, Alban s’aperçut que même s’il ne devait pas prendre parti, une petite voix dans sa tête lui murmurait qu’il fallait qu’Azalea gagne. Il s’était trop impliqué dans sa réconciliation avec son Flambusard, et il s’était trop attaché à la jeune fille pour qu’il en soit autrement. En dehors, une victoire de Julia ou de Jordan ne le dérangerait pas. Tendu, il observa donc les participants se mettre en file le long de la ligne de départ. Zéphyr sur son épaule, et Auster sur ses genoux, Alban avait une vue imprenable sur le terrain ; également, de grands écrans diffusaient tous les plans les plus intéressants sur de petites vidéos dans sa loge. Il n’avait jamais assisté à une course à cette place-là, mais autant dire que ce n’était pas désagréable.

Il fit courir son regard le long des gradins. La foule était, comme d’ordinaire, dense et extatique. Chaque année, cette course faisait fureur auprès de touristes du monde entier, et cette fois, l’affluence n’avait pas été décevante. Proche du lancement, les organisateurs firent sortir Lula, la Dracolosse qui se chargeait de lancer le coup d’envoi. Affublée d’une sorte de sacoche lui permettant de sortir son petit pistolet, le Pokémon Dragon vola avec ses petites ailes pour se mettre face aux candidats.

Ils étaient tous là, sans aucune exception. Les dix participants, et les dix montures. Alban repéra la silhouette d’Azalea, perchée sur son Flambusard, ses cheveux courts rentrés dans son casque, sa paire de lunette de vol fermement vissée sur ses yeux. Il lui adressa une prière silencieuse, puis le Dracolosse leva la patte en l’air, pistolet entre les griffes. Et, d’un coup, le départ fut lancé.

En moins d’une seconde, tous les Pokémon s’élancèrent dans les airs. Sylphe et Azalea firent un bon départ, mais Havel et Balder étaient bien plus rapides. A peine trente secondes après le coup d’envoi, le garçon était déjà en tête, talonné de près par Julia, Jordan, puis Azalea. Mais les obstacles ne tardèrent pas à arriver, et cette année, ce furent des Loupio dans la mer en dessous qui lancèrent des arcs électriques. La foudre se déclencha, zébrant le ciel et tombant sur les montures de façon aléatoire. Havel évidemment, contourna habilement tous les éclairs. Ce ne fut pas le cas de Jordan, qui s’en pris un de plein fouet. Désarçonné, il fut rapidement récupéré par les soigneurs qui tournaient tout autour des zones dangereuses du parcours, juchés sur des Altaria. La course s’arrêtait là pour lui, sous les cris déçus des spectateurs.
Profitant de l’impulsion, Azalea remonta à la troisième place, et mis de la distance entre elle et le quatrième. Sylphe ouvrit le bec et lança plusieurs arcs de feu pour neutraliser les éclairs. Puis, déployant ses ailes, il prit de l’altitude pour éviter le second obstacle. Sous les cris des spectateurs, le commentateur annonça que de nombreux Symbios avaient lancé des Murs Lumières, invisibles à cette distance, mais hautement perturbateur pour les cavaliers. Le sixième de liste s’écrasa sur un mur et fut directement évacué par les soigneurs. Azalea, elle, continuait, imperturbable. Alban remarqua qu’elle gagnait progressivement en vitesse, et qu’à ce rythme, elle pouvait prétendre rafler la seconde place, voire la première.

Le premier tour s’acheva avec les mêmes positions qu’au départ. Havel était toujours en tête, et Azalea en troisième. Alban croisa les doigts encore plus fort, tandis qu’à côté de lui, Alastor commentait la course en s’attardant sur les courbes fascinantes des montures. Quelques minutes plus tard et le peloton de tête était de retour sur le champ d’obstacle des Murs Lumières. Esquivant, Julia et son Guériaigle perdirent progressivement de la vitesse et Azalea leur passa devant. Bien ! Elle était seconde ! Alban l’encouragea tant qu’il pouvait. Sur Sylphe, la jeune fille continuait de parer les obstacles grâce à des boules de feu. Petit à petit, elle gagnait du terrain… Havel sembla d’ailleurs le remarquer, et, faisant demi-tour, il se positionna face à face du Flambusard. Alban sentit son corps se raidir. Non… Pas encore ! L’Airmure brilla des ailes et fonça droit sur Azalea et Sylphe. Alban se leva d’un bond.

- AZ’ ! hurla-t-il, tandis que les spectateurs retenaient leur souffle et que le commentateur beuglait :
- Oh là là, mais qu’est-ce qui se passe ?!

Les ailes d’acier de l’Airmure se rapprochèrent dangereusement du Flambusard. Alban se revit un an plus tôt dans la même situation. La sensation de la bourrasque violente sur tous ses membres. Le contact chaud du sang de Cirrus sur ses cuisses. La chute qui s’en était suivie, l’entrée brusque dans la mer, et le banc de sable qu’il avait percuté. Qui lui avait bousillé le genou. Bousillé la vie.

Azalea regarda le Pokémon fondre sur elle. Sur les écrans, Alban voyait ses yeux surpris, bien que déterminés. La mine d’Havel était triomphante. Quel enfoiré ! Cependant, Sylphe ne se laissa pas faire. Se nimbant d’une colonne de feu, il continua de voler droit devant lui comme s’il poursuivait sa course normalement. Les ailes métalliques de Balder vinrent percuter celles, auréolées de flammes, du Pokémon Vol. L’Airmure et son dresseur furent blessés par l’impact et tombèrent dans le vide, bien rapidement rattrapés par les Altaria soigneurs. Sans concurrence, Azalea parvint à passer la ligne d’arrivée en premier, et la foule éclata en applaudissements. Alban, exténué, se laissa tomber sur son siège. Il riait et pleurait en même temps. Qu’est ce qui lui arrivait ? A ses côtés, Alastor était fou de joie, et, se saisissant du Trophée, il siffla Lula la Dracolosse pour qu’elle vienne le porter jusqu’aux gagnants qui faisaient un tour d’honneur pour remercier le public. Les yeux troubles de larmes, Alban vit Azalea enlever son casque, se saisir de la coupe, et la brandir au-dessus de sa tête. Elle aussi pleurait de joie, et elle n’eut jamais l’air aussi heureuse qu’en ce moment. D’un regard, elle aperçut Alban dans les loges, et le duo de coureur vint à la rencontre du mentor. Se laissant glisser doucement devant le siège du garçon, elle tendit les bras et se jeta dans les siens, le corps encore tremblant d’émotion.
‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗‗

- Tu pars déjà ? lui demanda la voix boudeuse d’Azalea.

Assise sur le sable avec Sylphe, elle regardait de ses grands yeux d’ambre Alban, sac à dos sur l’épaule, qui était venu lui dire au revoir. Zéphyr sur l’épaule et Auster aux pieds, le châtain était déjà en tenue de voyage.

- Oui. Ma mission est terminée ici. Le Président Winchester m’a remercié et remis une bonne appréciation pour la validation de mon cours. Maintenant, il faut que je me penche sur toutes les notes que j’ai prises, et que je finisse de rédiger un long commentaire sur tout ça.
- Ça a l’air bien, la PC… dit-elle d’une voix songeuse.
- Pas autant que de voler dans le ciel et d’être champion. Félicitations encore, Az’, tu l’as mérité.

Il lui adressa un sourire, et elle se leva, une expression mutine sur le visage. Puis, passant les bras autour du cou du jeune garçon, elle se hissa sur la pointe des pieds et déposa un baiser sur ses lèvres. La sensation était agréable, et Alban sentit une petite vague de chaleur lui tourbillonner dans la poitrine, mais… ce n’était pas ce à quoi il s’était attendu. Les bras le long du corps, il ne rendit ni son baiser, ni son étreinte à la demoiselle, qui comprit et le regarda avec un sourire triste.

- Bon eh bien… Je te souhaite bon courage pour la suite, alors…

Il soupira et remonta son sac sur l’épaule.

- Merci… dit-il avant de se détourner.

Il s’apprêtait à remonter dans le ferry qui le ramènerait à Cobaba, lorsque la jeune fille courut vers lui et lui glissa un papier dans la poche de son coupe-vent. D’une voix triste, elle lui adressa ses dernières paroles.

- Ça, c’est pour toi. Et n’oublie pas Alban… Je nourris toujours l’espoir de disputer une course contre toi, alors… Reviens-moi vite.

Il se retourna mais déjà, la blonde courrait pour retrouver Sylphe et s’envoler sur son dos. Direction Romant-sous-Bois, certainement. Ses yeux bleus clairs suivirent la course de la jeune fille dans le ciel. Dans sa poche, le petit papier lui brûlait presque la peau. Plein de regrets et de sentiments contraire, le garçon regagna son embarcation. Il n’avait plus rien à faire, ici. Il était temps… de rentrer à la maison.
[Cours été 2015 Pokéathlète] Le ciel se nourrit d'ailes [Terminé]
Page 1 sur 1
Permission de ce forum: Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Sauter vers:  
Outils de modération :