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[Mission] La terre se nourrit d'empreintes [Terminé]
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MessageSujet: [Mission] La terre se nourrit d'empreintes [Terminé]   Mar 22 Nov - 20:48




La terre se nourrit d'empreintes
RP Solo

La terre se nourrit d'empreintes
Le ciel se nourrit d'ailes

Lansat, le 18 Février 2016

Il était allongé sur un grand canapé de cuir, sa tête reposant sur un petit coussin bordeaux, les mains jointes sur son ventre comme s’il essayait de retenir l’anxiété qui lui tenaillait l’estomac. Ses grands yeux verts lacustres fixaient un point imaginaire sur le plafond, clignant de façon frénétique et presque compulsive. Son visage était légèrement pâle, et une légère couche de transpiration recouvrait les pores de sa peau ; comme s’il était sous l’emprise d’une mauvaise grippe et que la fièvre lui donnait des sueurs froides. Sa respiration tendait à être calme et sereine, mais parfois, son rythme cardiaque s’accélérait sans raison et il se mettait à haleter comme un animal blessé. Il n’avait que peu dormi, depuis qu’il était rentré de sa Mission avec Ruby. La semaine avait été exténuante, et il avait passé tellement de temps à trouver des stratégies pour laisser croire aux spectateurs qu’il dormait bel et bien avec la rouquine qu’ils avaient fini par ne pas dormir du tout. Quand il était rentré sur Lansat, il avait eu le vague espoir de pouvoir passer une journée tranquille, à renouer les liens avec ses vieux amis, et à essayer d’oublier tout ce qu’il avait pu faire sur la fameuse île de la destruction. Mais les choses ne s’étaient pas passées ainsi.

A peine revenu dans la chambre qu’il partageait avec Nolan qu’il avait fait la rencontre de Chell. Une sorte d’esprit frappeur, selon ses dires, qui avait à peu près la même apparence que lui lorsqu’il avait sept ou huit ans. Il avait tout d’abord cru qu’il rêvait. Ou que le surmenage de la semaine précédente avait achevé de lui faire péter un plomb. Mais ce n’était pas possible ; Nolan voyait également Chell, de même que ses Pokémon. Ce qui n’était pas le cas des autres personnes. Visiblement, du moment qu’Alban ne parlait pas clairement de Chell à la personne concernée, cette dernière était incapable de le voir. Chouette. Comme s’il avait besoin d’une autre énigme dans sa vie. Maxine n’en représentait-elle pas déjà à elle toute seule une particulièrement difficile ? Il aurait voulu se rouler en boule et supplier qu’on le laisse tranquille. Mais la vie s’acharnait sur lui. Encore et encore.

Etait alors arrivée la croisière de la St Valentin, une idée de son colocataire, à la base pas si mauvaise que ça. Mais là encore, il y avait eu des problèmes. Chell avait foutu le bordel en laissant sous-entendre que Rodrigue et Maxine s’étaient embrassés - une affaire qu’Alban allait devoir démêler au plus vite -, ce qui avait déjà commencé à lui gâcher la journée. Et, comme si cela ne suffisait pas, un Manaphy était apparu et avait interverti le corps d’Alban avec celui d’une petite gamine Givrali. Superbe. A ce stade de l’histoire, le châtain s’était mis à clairement craindre pour sa santé mentale. Un fantôme dans sa chambre, un Manaphy, et un Permucœur qui l’avait envoyé dans le corps d’une fille. Honnêtement, il aurait préféré ne pas du tout se lever, ce jour-là.

Les heures avaient passées. Et avec elles, Alban avait pu retrouver son propre corps. Ce qui n’était qu’une maigre consolation, puisqu’autour de lui, rien n’avait réellement changé. Rodrigue et Maxine s’étaient toujours embrassés - croyait-il -, et le fameux « Chell », l’esprit frappeur, le hantait toujours sans qu’il ne puisse comprendre pourquoi. Ni qui il était. Encore plus louche, on ne faisait pas.

Alors, une chose en entraînant une autre, Alban avait décidé que foutu pour foutu, il irait voir le Docteur Ghost. Ce n’était probablement pas la meilleure idée du siècle. Ni celle qui lui apporterait le plus de réponses. Mais il avait eu un besoin irrépressible d’aller consulter le psychologue de l’école ; ce qu’il n’avait jamais fait avant. Malgré ses problèmes personnels beaucoup trop nombreux. Malgré son blocage psychologique quant à la guérison de son genou. La situation devait vraiment être désespérée, pour qu’il en vienne à pareille solution. Mais il l’avait fait. En cachette, certes, mais il l’avait fait. Quand on commençait comme ça, on pouvait en déduire que c’était le début de la fin, non ?

A présent, le voilà donc qu’il était dans la salle de consultation du Docteur Ghost. Allongé sur ce canapé qu’affectionnent les psychologues. En train d’essayer de rester impassible, malgré sa nervosité. Il avait toujours cru que « se faire suivre », comme on disait, était quelque chose d’un brin dégradant. Ce n’était pas vraiment bon pour être quelqu’un de socialement conventionnel. Mais il n’avait pas le choix. Clairement pas. Entre les histoires d’esprits qui le hantaient, et tout le reste… Il avait vraiment, vraiment besoin de quelqu’un qui l’écoute. Autre qu’un ami. Quelqu’un qui puisse garder ses secrets, de surcroît. De façon professionnelle.

Il ne se sentait pas à l’aise pour autant. Sur sa droite, le Docteur Ghost l’observait, faisant pianoter ses doigts les uns contre les autres. Alban devait sûrement être un sujet particulièrement intéressant, vu la tête de savant fou que faisait l’homme ; à moins que ce soit son visage habituel. Ce qui n’était pas pour le rassurer. Loin de là.

Puis le Docteur Ghost lui avait demandé de tout lui raconter. Pour une première séance, avait-il dit, il n’userait pas de son Branette pour pénétrer dans ses rêves et en extraire les réponses qu’il souhaitait. Il n’y aurait qu’un dialogue. Et des conseils, peut-être. Alors Alban ne s’était pas fait prier. Il avait tout déballé à Ghost. De la semaine pourrie qu’il avait passée, jusqu’à l’apparition de Chell. Sans oublier de mentionner Manaphy, les échanges de corps, et son impression de ne rien maîtriser dans sa vie, actuellement. Il lui parla également des courses aériennes et de son traumatisme. Dans un ensemble confus et bordélique, il s’était confié à cœur ouvert à Ghost. Sans lui parler de Maxine, néanmoins ; il n’avait pas envie de recevoir des conseils sur la façon dont il devait s’y prendre pour aller séduire de l’adolescente. Il n’était pas tombé si bas, tout de même. Après une bonne demi-heure à parler, Alban s’était donc tu pour laisser le psychologue lui apporter des réponses. Ce dernier le regarda encore un long moment - le châtain pouvait presque sentir le faisceau lumineux que l’homme braquait sur lui -, avant d’attraper un calepin et d’en tourner les pages avec minutie.

- Donc… Vous me dites qu’un esprit frappeur est apparu dans votre chambre le jour de la St Valentin, et qu’il est resté avec vous jusqu’ici ? Son nom est Chell, n’est-ce pas ?

Alban hocha la tête lentement, sans regarder le psychologue.

- Exactement. A vrai dire, je ne sais pas trop qui il est. Ni ce qu’il est. C’est… particulier. Il peut être transparent et sans matière comme un Spectre, mais peut aussi avoir une réelle consistance. Je ne saurais pas vraiment comment l’expliquer mais… parfois, il me donne vraiment l’impression d’être un véritable petit garçon. Il dégage de la chaleur, semble respirer… Il peut manger aussi, même s’il n’en a pas réellement besoin, je pense… Vous pensez… qu’il puisse s’agir d’un Pokémon Spectre ?

Ghost se tourna vers son Branette, assis derrière lui, qui hocha la tête tout en conservant son grand sourire psychédélique.

- Je n’écarte pas cette possibilité. Mais Voodoo semble penser que vous n’avez pas « d’empreinte spectrale » sur vous. Enfin tout du moins… Pas une empreinte assez forte pour qu’elle puisse provenir d’une présence qui vous hante en permanence depuis le 14 Février.
- Une empreinte spectrale ?
- Oui. Tout comme votre Goélise qui loge toujours sur votre épaule peut laisser une « odeur » ou une « marque » sur vous, détectable par les autres Pokémon oiseaux ou par les autres espèces qui en sont capables - les félins, par exemple -, un Pokémon Spectre qui reste en présence d’un humain lui laisse une « partie de lui » qui peut être ressentie par d’autres Pokémon Spectre.

Alban parut mal à l’aise un instant. C’était quoi cette histoire de « laisser des parties » sur lui ? Mais le sujet n’était pas là, alors il ferma les yeux et tenta de se relaxer.

- D’accord… donc ce n’est pas un Pokémon Spectre, mais c’est un fantôme tout de même. Selon ses dires.
- Vous croyez aux fantômes, Monsieur Abernaty ?
- Hm… C’est difficile à dire. Disons que je n’ai pas de preuve de leur existence réelle, mais que je n’écarte pas cette possibilité. Il y a beaucoup d’histoires. Sur Lavanville, par exemple. Ou le Mont Mémoria, qui est plutôt proche de mon village natal.
- Je vois. Hm… Parlez-moi encore des courses aériennes ?

Le châtain ne put se retenir de tourner la tête vers le psychologue. Pourquoi ramenait-il cela sur le tapis, maintenant ? On lui avait dit que Ghost passait souvent d’un sujet à un autre sans cohérence aucune mais… là, il n’avait pas vraiment envie de perdre son temps à raconter encore une fois des vieux évènements qui n’avaient absolument rien à voir avec le sujet. Disons qu’il avait un problème plus urgent sur les bras. Mais il était le patient. Il fallait qu’il obéisse pour ne pas froisser le Docteur. Alors, il reprit une nouvelle fois son récit. Dans sa voix, on sentait bien qu’il perdait légèrement patience. Mais Ghost sembla ne pas s’en offusquer. On aurait même dit qu’il s’amusait. Quand Alban eut fini de redire exactement ce qu’il avait déjà dit avant, le psychologue hocha la tête de haut en bas.

- Lors de votre dernière course, votre Roucarnage est donc tragiquement décédé. Sans que vous ayez pu achever votre parcours, n’est-ce pas ? Et ce souvenir vous hante, encore aujourd’hui…

Alban resta silencieux. Il n’avait pas envie de répondre à cette question. Mais la douleur qui faisait vibrer sa lèvre inférieure comme s’il avait envie de pleurer devait être assez parlante, pour Ghost. Evidemment que ce souvenir le hantait. Il se rappelait encore de tout. Des odeurs, des bruits, des couleurs… Il avait l’impression que ce dernier acte joué ensemble était gravé à jamais dans sa mémoire. Comme si, dans un tiroir de son cerveau, la scène avait été enregistrée comme un vieux film qui ne se dégrade jamais. Il se revoyait encore voler sur le dos de Cirrus. Fendre les airs en compagnie de sa fidèle monture. Penser qu’ils allaient gagner la course, encore une fois. Puis voir le Airmure débouler vers eux et faire briller ses ailes pour les attaquer. Le sang qui éclabousse ses jambes. La chute libre dans l’océan. Les cris des spectateurs. L’eau qui vient s’engouffrer dans ses narines et sa bouche. Cette impression d’être en train de mourir. Le banc de sable et son genou qui le percute. Puis le noir total. Il s’était simplement réveillé plusieurs heures plus tard, dans un lit d’hôpital. Son genou en miettes, ses rêves brisés. Et son meilleur ami tombé sur le champ de bataille. Comment pouvait-il ne pas être hanté par tout ça ?

- Et votre esprit frappeur vous a dit qu’il avait « quelque chose à faire » ici… reprit Ghost de sa voix doucereuse.

Alban battit des paupières pour s’assurer qu’il n’était pas en train de pleurer devant l’homme.

- Oui, mais je ne vois pas quel rapport cela peut avoir avec Cirrus, ou les courses aériennes. Sans vouloir vous manquer de respect, Doct-
- Je pense au contraire que cela à tout à voir. Les éléments sont liés, Monsieur Abernaty.

Alban se redressa - un peu trop violemment - sur son canapé.

- Vous voulez dire… que vous pensez que Chell aurait été envoyé par Cirrus pour… m’aider à surmonter sa mort ? demanda-t-il froidement.

C’était ridicule. Alban ne savait pas ce qui se passait après la mort, mais… si Cirrus voulait lui dire quelque chose, pourquoi n’était-il pas revenu lui-même ? Il ne l’avait pas fait… Ce qui voulait dire qu’il avait dépassé ses regrets et qu’il n’était plus rattaché à ce monde. Alors pourquoi ce foutu « Chell » pourrait-il être un messager ? C’était stupide. Alban refusait de le croire. Refusait de l’envisager, même.

- Ce n’est pas ce que je dis, Monsieur Abernaty. Néanmoins, vous devriez profiter de l’occasion de cette drôle d’apparition pour vous remettre en question et essayer de surmonter ce que vous n’avez pas réussi à surmonter. Voyez-le comme vous le voulez, Monsieur Abernaty, mais nous avons là un cas extrêmement rare. On pourrait même parler de miracle. Et les miracles n’arrivent pas par hasard. Ils ont une raison d’être, un objectif. Vous aurez beau essayer de m’embrouiller en me parlant de tous vos problèmes annexes… je reste persuadé que votre plus gros problème ; celui qui a bien plus d’importance que tous les autres… c’est ce genou et le blocage psychologique que vous faites à l’idée de remonter sur un Pokémon Vol, alors que vous êtes parfaitement rétabli. Enfin… physiquement rétabli.

Un silence gênant s’installa dans la pièce. D’un côté, Alban savait que Ghost avait parfaitement raison. De l’autre… Il n’y croyait pas. Chell ? Un miracle ? Laissez-moi rire. Un fantôme qui venait vous hanter et qui vous rendait la vie impossible, ce n’était pas un miracle. Loin de là. C’était juste… une nuisance. Agacé, Alban se releva et rassembla ses affaires. Cette séance ne s’était pas passée comme il l’aurait souhaité. Il était venu avec des questions et s’attendait à partir avec des réponses… Il n’était pas là pour sortir de ce bureau avec encore plus d’interrogations qu’au départ.

- Je vous remercie, Docteur, mais je crois que nous allons en rester là pour aujourd’hui, dit-il froidement en détachant chaque syllabe.

Le Docteur Ghost lui offrit ce demi-sourire mystérieux qu’il arborait la majorité du temps.

- Comme vous le souhaiterez, Monsieur Abernaty. Sachez que vous êtes le bienvenu dans ce cabinet. N’hésitez pas à revenir me voir…

Alban lui tourna le dos et le salua poliment, juste parce qu’il devait le faire. Puis, se dirigeant vers la porte, il l’ouvrit d’un coup sec. Il ne pensait pas qu’il reviendrait ici un jour. Ça ne s’était pas passé comme il le souhaitait. Parler de tout ça avait juste ravivé de vieilles blessures… sans pour autant avoir une quelconque utilité dans sa démarche pour connaître la vérité sur Chell. Tout cela était si stupide… Une perte de temps, voilà ce que c’était. Frustré, Alban sortit de la pièce, et s’apprêta à refermer la porte. Avant qu’il ne s’en aille néanmoins, la voix du Docteur lui parvint aux oreilles.

- En tout cas Monsieur Abernaty…

Il se retourna tandis que la porte se refermait doucement.

- Je crois qu’il y a un ami qui vous veut du bien.

La porte claqua, le plongeant dans le noir.

***

Touga, le 7 Juillet 2016

Il faisait les cents pas nerveusement. La hutte parfaitement climatisée du Docteur Ghost semblait aussi bien équipée que son cabinet, à l’académie de Lansat. Il y avait ce même canapé de cuir, ce même bureau sobre. Ce même tabouret avec un coussin pour Voodoo. Mais malgré tout ça, Alban n’avait pas voulu s’allonger sur le canapé. Il ne tenait pas en place. Sa main crispée sur un large bandage sur son bras gauche, il ne pouvait s’empêcher de se déplacer avec anxiété. Ghost, assis sur son siège, sirotait calmement un thé dans une tasse en porcelaine. Il semblait trouver parfaitement normal qu’un de ses patients soit en train de tourner en rond comme un possédé, au beau milieu de son cabinet.

- … et ce gars a sorti son Pokémon pour nous attaquer avec une Lame de Roc. Alors mon Reptincel s’est interposé pour nous protéger, Opale et moi. Il a évolué. Il s’est tourné vers moi, comme s’il avait senti que j’étais en danger et… il m’a attrapé pour s’envoler et me porter jusqu’à l’île d’à côté.

Il n’arrivait pas à se calmer. Ses doigts se portèrent convulsivement à sa bouche, et il se mit à ronger ses ongles, déjà rouges de sangs à force de se faire malmener.

- J’étais terrorisé. Il y avait du sable à plusieurs kilomètres sous mes pieds, et la mer couverte d’écume. J’ai cru que j’allais tomber. Ça a été les dix minutes les plus difficiles de ma vie. Zénith volait vite. Beaucoup trop vite. Je lui ai crié de me reposer au sol, mais il ne m’a pas écouté.

La scène de ce début d’été défila une nouvelle fois dans son esprit, aussi vive que le jour de son accident. Il voyait Josh prendre Maxine dans ses bras pour la protéger de lui. Il le revoyait sortir sa Mysdibule de sa Pokéball pour créer une immense barrière de roche afin qu’Alban et Opale ne puissent plus la rejoindre. Il avait senti la colère et la panique monter en lui. Cette impression d’être en train de perdre Maxine. Cette incompréhension de cette situation. Puis Zénith qui sortait volontairement de sa Pokéball pour les protéger tous les deux. Son corps qui se nimbait d’une lueur blanche et qui grandissait à vue d’œil. Ses deux ailes qui se déployaient, leur fine membrane prenant forme de façon inexplicable. Ses griffes puissantes qui venaient s’abattre pour dégager les morceaux de roche. Et puis son regard ardent, presque un peu fou. Alban n’avait même pas eu le temps de comprendre ce qui se passait. Zénith l’avait attrapé entre ses griffes et s’était envolé tout aussi rapidement, laissant Opale et Maxine derrière. Alban avait vu le sol qui s’éloignait de plus en plus. Son visage avait blêmi, tandis que sa voix refusait de sortir. Il s’était revu le jour de son accident, sur le dos de Cirrus. Il se revoyait encore une fois tomber, comme s’il avait subitement eu le vertige. Mais ce n’était pas le vertige. Alban n’avait pas peur des hauteurs.

Il avait simplement peur de voler avec un Pokémon. Peur que le même accident se reproduise. Peur qu’à cause de lui, lui et sa monture se retrouvent une nouvelle fois à dégringoler vers l’océan. Mais il n’avait pas envie de dire tout ça à Ghost. Il prit une inspiration et continua son récit.

- On a fini par se poser sur une île à côté. Je lui ai crié dessus. Je lui ai demandé pourquoi il avait fait ça. Pourquoi il avait fui. Pourquoi il avait laissé Max et Opale derrière. Surtout Opale… Seule face à ce malade mental qui était capable de sortir une Lame de Roc juste pour une brouille entre adolescents. Celui qui l’a traitée de Lippoutou à cause de sa couleur de peau. On a eu une dispute, après ça. Je ne sais pas trop comment on a fait, d’ailleurs, puisqu’aucun de nous ne semblait comprendre l’autre. Mais Zénith s’est énervé. Il… a sûrement perdu le contrôle. Il m’a donné un coup de griffe et m’a envoyé rouler sur le sol.

Il porta une nouvelle fois sa main sur son bandage. La douleur était encore vive. La blessure avait été vraiment profonde… Needle lui avait dit qu’elle mettrait du temps à cicatriser, et qu’il en garderait toujours une marque. Mais elle avait également dit qu’il ne risquait pas de perdre son bras pour autant, et qu’il parviendrait à en retrouver l’usage d’ici quelques semaines.

- Il y avait du sang partout. Je ne savais même plus quoi dire. Je tremblais comme un dément sur le sable. Mes autres Pokémon sont sortis pour essayer de maîtriser la situation. Barber, mon Pijako, est parti dialoguer avec Zénith. Zéphyr, Mistral et Auster m’ont entouré pour me protéger. J’ai cru qu’ils allaient tous se battre. Auster montrait les crocs, comme s’il était prêt à en découdre avec Zénith. Ça aurait été un massacre. Mais il a pris peur. Je crois qu’il a réalisé ce qu’il venait de faire. Il s’est envolé avec Barber et il est parti. Je… j’étais vraiment énervé, sur le moment. Puis il y a ce Nucléos qui est arrivé, et qui m’a parlé mentalement. Il m’a dit que je ne comprenais pas ce que mon Pokémon ressentait. Mais il m’a aidé et a dit qu’il appellerait les secours pour moi. A peine dix minutes plus tard, des infirmiers sont venus pour m’allonger sur un brancard et m’amener jusqu’à l’hôpital le plus proche. Ils m’ont ensuite ramené jusqu’à Touga pour que je puisse voir l’infirmière Needle…

Il se remit à ronger ses ongles.

- J’ai passé les journées d’après à essayer de retrouver Zénith. Finalement, c’est Barber qui est venu me conduire jusqu’à lui. Il s’était barricadé dans une grotte, dans la forêt. Il ne voulait plus me voir. Je pense que… qu’il s’en veut réellement, pour cette blessure. Il ne veut plus revenir avec moi. Barber m’a fait comprendre que ce n’était pas parce qu’il ne m’aimait plus. Juste… qu’il se sentait trop dangereux, après ce qu’il avait fait. Je… ne comprends pas comment on a pu en arriver là. J’ai eu beau m’excuser, rien à y faire. Il ne veut pas revenir, et je suis en train de le perdre. J’essaye… tous les jours, j’essaye d’aller le voir pour lui apporter à manger et pour essayer de rester près de lui pour lui montrer que je n’ai pas peur de lui, qu’il n’est pas dangereux mais… sans succès. Il ne veut pas s’approcher à moins de cinq mètres de moi. Au fond, je pense qu’il doit sentir qu’il me fait encore peur. Cette blessure-là, elle laisse des traces. Pas uniquement physiquement parlant…

Il se mordit la lèvre inférieure. Il avait besoin de parler de Zénith. Il avait besoin de se confier à quelqu’un. Et, malgré tout ce qu’il avait pu penser après leur première séance, Alban avait besoin du Docteur Ghost. Il avait besoin d’aide. Désespérément.

- Hm…

Le psychologue pris une gorgée de thé, puis reposa la tasse sur sa soucoupe. Le voir aussi détendu était presque énervant. Alors que le monde d’Alban s’écroulait autour de lui, Ghost était là à siroter son stupide thé. Et encore… il ne lui avait même pas parlé de ses autres craintes. De sa crainte d’avoir perdu une nouvelle fois Opale. De sa crainte d’avoir perdu Maxine. Rien… Rien n’allait, dans sa vie.

- Je pense que nous en revenons toujours au même problème, Monsieur Abernaty. Selon vous… avez-vous peur de votre Dracaufeu parce qu’il vous a fait cette blessure, ou… avez-vous peur de lui parce que c’est le premier Pokémon à vous avoir fait voler depuis votre accident ?

Alban arrêta de faire les cents pas, choqué. Il… Il fallait avouer qu’il n’y avait pas pensé. Depuis le jour où Zénith avait évolué, il avait toujours été persuadé que le problème venait uniquement de sa blessure au bras. Qu’au fond de lui, il avait peur de Zénith à cause de ce qu’il avait pu lui faire avec ses griffes. Mais Ghost avait raison. En réalité, n’était-il pas terrorisé par Zénith à cause de ce vol ? Maintenant qu’il y repensait, Alban avait eu bien plus peur quand il était dans les airs, que quand il avait senti les griffes lui déchiqueter la peau. Inconsciemment, il devait avoir peur que la chose se reproduise. Il ne se sentait pas prêt à voler de nouveau. Malgré les encouragements de ses amis. Malgré la plume cristallisée que Calliope lui avait offerte pour son anniversaire, dans l’espoir qu’il reprenne son envol bientôt. Car il était guéri. Il était physiquement guéri. Il pouvait voler. Mais il ne voulait pas. Il avait peur de bien trop de chose. Peur de tomber de nouveau. Peur de revivre cette scène qui le hantait tant. Et surtout…

Peur de ne plus être Alban Abernaty, le champion de courses aériennes de Hoenn.

Il ne voulait pas redevenir un anonyme. Il ne voulait pas décevoir les gens. Il ne voulait pas se décevoir lui-même. Mais il le ferait forcément. Car cela faisait bien trois ans qu’il n’avait plus du tout volé. Trois ans qu’il s’était éloigné des courses aériennes. Il n’avait pas envie de redevenir ce novice qu’il avait été, lorsqu’il avait commencé. Il était « le jeune prodige » des courses aériennes. Son égo ne lui permettrait pas d’être un anonyme. D’être mauvais. De ne plus être « le prodige ». Il ne savait pas s’il pourrait le supporter. Se laissant tomber sur le canapé en cuir du Docteur Ghost, il prit sa tête entre ses mains. Il avait envie de pleurer. De hurler. De frapper quelque chose. Sa vie était tellement… détruite. Il avait l’impression qu’à chaque fois qu’il essayait de reconstruire quelque chose, le vent le soufflait comme un château de cartes. Il n’avait plus envie de se donner la peine de lutter pour du rien.

- Monsieur Abernaty.

Le châtain redressa légèrement la tête, le regard vide.

- Répondez-moi sincèrement. Qu’avez-vous ressenti lorsque votre Dracaufeu vous a fait voler ? Réfléchissez bien. Je ne veux pas entendre uniquement que vous avez eu peur. Je veux savoir ce que vous en avez pensé. Tout ce que vous en avez réellement pensé.

Alban ferma les yeux pour essayer de se remémorer la scène. Il y avait eu de la peur, évidemment. Mais aussi de la colère… Et… autre chose ?

- J’ai eu peur en premier lieu. C’est la première chose dont je me rappelle. Puis j’ai ressenti de la colère. Contre la situation. Contre le fait qu’on se soit enfui en laissant Maxine et Opale derrière. Et contre le contexte, également… Je… Ce n’était pas ce que j’avais imaginé, pour un premier vol, après avoir passé trois ans sans pouvoir fendre les airs. Je suppose que j’ai été déçu que ça se passe comme ça. Ce n’était pas ce dont j’avais rêvé. Même si je m’étais dit que je ne m’envolerai plus jamais, je n’ai pas pu m’empêcher de l’imaginer au moins une fois. Et ça… ce n’était clairement pas ce que je voulais.

Il s’affaissa et attrapa rageusement une mèche de ses cheveux châtains.

- Puis… je pense qu’au fond… J’ai ressenti un peu de… d’espoir. J’ai beau me dire que la situation ne s’y prêtait pas, et que j’ai été déçu. En vérité, j’aime toujours cette sensation d’être dans les airs. Je ne l’ai peut-être pas interprété comme ça sur le moment mais maintenant que je prends du recul. Oui. J’ai eu un instant l’espoir fugace que je pourrai recommencer. Que j’en étais capable. Avant que tous les autres sentiments prennent le dessus pour tuer cette pensée.

Ça lui faisait mal de l’avouer. Mais c’était la vérité. Et le Docteur Ghost semblait satisfait de l’avoir vu aussi sincère.

- Je vois. Nous progressons, Monsieur Abernaty. Je le sens réellement. Maintenant dites-moi… Que comptez-vous faire ?

Alban réfléchit quelques minutes à la question. Qu’allait-il faire, maintenant ? Il ne savait pas vraiment. Il y avait trop de possibilités. Trop de choses qu’il voulait faire. Mais avant tout…

- Je dois réussir à regagner la confiance de Zénith. Je dois parvenir à lui faire comprendre que… je souhaite toujours qu’il revienne avec moi. Que je n’ai pas peur de lui. Que je ne lui en veux pas. Que je ne le trouve pas dangereux et que…

Il battit des paupières pour chasser les larmes qui commençaient à brouiller son champ de vision.

- Que je ne veux pas qu’il s’en aille loin de moi.

Une tasse de thé se glissa entre ses doigts. Il releva la tête et vit que Voodoo s’était approché de lui pour lui donner un petit remontant. Derrière, le Docteur faisait semblant de regarder ailleurs. C’était un psychologue. Il n’avait pas le droit de montrer des gestes d’affection pour remonter le moral à ses patients. Mais cette simple tasse de thé… ça représentait déjà beaucoup, pour Alban.

- Vous semblez comprendre les choses rapidement, Monsieur Abernaty. Je pense que vous avez réussi à trouver les solutions vous-même. Maintenant… il ne vous reste plus qu’à mettre tout en œuvre pour y parvenir. Je pense que nous pouvons arrêter la séance là, pour aujourd’hui. N’hésitez pas à revenir me voir, évidemment. Oh et la prochaine fois, j’ose espérer que vous me donnerez l’occasion de plonger dans vos rêves pour en extirper les réponses. Je n’ai plus vraiment l’habitude d’avoir des séances de psychologie conventionnelles comme celle que nous venons d’avoir…

Il lui fit un clin d’œil et Alban eut un petit rire nerveux. Puis, après avoir fini sa tasse de thé, il la rendit au Docteur Ghost et s’apprêta à partir. Sur le pas de la porte néanmoins, Ghost l’interpela. Comme la première fois.

- Ah, une dernière chose, Monsieur Abernaty. Comment va… votre petit esprit frappeur ?

Alban se tourna vers le psychologue et eut un sourire plus sincère, cette fois.

- Il va bien. Je me suis habitué à sa présence, ce n’est plus un problème. Je pense qu’il est bien ici aussi alors… disons que je ne m’en préoccupe plus. Vous pouvez oublier ce sujet-là. Bonne journée, Docteur.

La porte se referma doucement. Avant qu’elle ne soit totalement close cependant, la voix du Docteur s’éleva. De la même façon que quelques mois plus tôt.

- Je vois. Mais même s’il n’est plus un problème, pourquoi en déduire que ce n’est plus la peine de s’en occuper ? Gardez à l’esprit que sa présence n’est pas anodine, et qu’il a quelque chose à faire, ici. Sur ce… passez une bonne journée, Monsieur Abernaty.

***

L’océan rouge et or du parc de l’académie commençait progressivement à se ternir et à s’émousser, au fur et à mesure que l’Automne progressait. Le mois de Novembre, à présent légèrement entamé, avait apporté son lot de températures glaciales et de bourrasques violentes. L’Hiver étendait progressivement ses griffes, faisant geler les arbres et mourir les feuilles. Au dehors, le ciel était d’un gris d’orage ; parfois, quelques percées solaires zébraient les nuages d’une lumière presque divine.

Assis sur le rebord du balcon des Voltali, Alban regardait le paysage avec une étrange sérénité. Habillé simplement d’une chemise en coton et d’un pantalon noir, le châtain laissait le vent lui caresser la peau et les vêtements. Sur son épaule, Zéphyr, le Goélise blanc et or, dormait paresseusement ; son corps se soulevait au rythme de sa respiration paisible. C’était drôle, pensait Alban. Cela faisait un peu plus d’un an qu’il était arrivé ici. Et il s’était passé tellement de choses. Il avait de bons souvenirs, sur Lansat ; comme de mauvais, évidemment. On pouvait même dire qu’il venait juste de traverser une très mauvaise phase, d’ailleurs. Mais depuis que l’anniversaire de Maxine était passé, et qu’il avait pu lui offrir de façon anonyme son cadeau, Alban se sentait mieux. Il avait l’impression qu’après s’être confessé de façon indirecte, par le biais de la signification des fleurs qu’il avait déposées sur son balcon, il pouvait maintenant passer à autre chose. Ce n’était pas comme s’il voulait tirer un trait définitif sur Maxine. Ni même qu’il renonçait particulièrement à elle - même si leur relation n’était clairement pas bien engagée -. Juste… Il avait envie de se sentir grandir, et de ne plus regarder en arrière. Il ne savait pas quoi faire pour que les choses redeviennent comme avant. Alors, en attendant, il allait juste continuer de vivre en essayant de se relever.

Il ferma les yeux pour sentir pleinement le vent lui fouetter le visage. Cette sensation, il la connaissait bien. Lui qui était né à Cimetronelle. Lui qui était le fils d’un Scientifique de la Station Météorologique de son village. Lui dont l’enfance avait été bercée par les Pokémon Vol de la volière de ses parents, et par les vents qu’il avait appris à reconnaître rien qu’en les ressentant. Il ouvrit les bras comme s’il souhaitait s’envoler, et compta le rythme des vents. 1… 2… 3… Il avait l’impression que cela faisait une éternité qu’il n’avait pas fait ça. Est-ce que ça lui avait manqué ? Probablement que oui. Il ne s’était pas senti prêt à reprendre les courses aériennes, depuis qu’il avait eu cet accident qui avait ruiné sa carrière d’étoile montante. A présent, en était-il plus capable ? Il ne savait pas. Mais il n’y avait plus vraiment la place pour le doute.

Il sortit un petit morceau de papier qu’il avait plié et rangé dans la poche de son pantalon. Ses pieds nus battirent la mesure sur le plancher en bois du balcon. Encore une fois, il relut les quelques mots griffonnés à la hâte par le Général Jackie. Encore une fois, il ferma les yeux pour essayer d’en saisir pleinement le sens. C’était une opportunité. Une chance. Mais un fardeau également.

Car Jackie était venue le trouver, deux jours plus tôt. Par chance, l’anniversaire de Maxine était passé, et Alban avait entamé son programme pour arrêter de déprimer. Sans ça, probablement aurait-il accueilli la nouvelle de façon bien moins sereine. Car la terrible référente du dortoir Pyroli avait une Mission, pour lui. Et cette fois-ci, elle voulait qu’il la mène seul. Pas avec une personne sur qui s’appuyer en cas de coup dur. Et pas dans une émission de téléréalité. Non… Cette fois, ce serait pour de vrai. Pas de jeu d’acteur. Pas de faux semblants. Ce serait lui, de façon réelle et saisissante. Lui, et tout ce qu’il avait dans le ventre. Lui… Qui allait devoir participer à une course aérienne.

Comment avait-il fait pour ne pas refuser ? Comment avait-il fait pour ne pas se sentir mal ? Il n’en savait rien. Sur le moment, il avait juste senti que c’était ce qu’il devait faire. Il se rappelait de s’être dit « on y est ». Il n’avait même pas essayé de lutter. Peut-être parce que c’était Jackie qu’il avait en face, et qu’elle n’aurait pas accepté un refus ? Il ne savait pas. Sur le moment, il n’avait même pas eu envie de contester. C’était comme une sorte de résignation. Ou de détermination. Il n’était toujours pas clair sur ce qu’il ressentait vis-à-vis de cela. Tout ce qu’il savait, c’était qu’il avait un problème sur les bras. Jackie voulait qu’il participe à une course aérienne junior, dans le célèbre grand Dôme Pokéathlon de Johto. Ni plus, ni moins. Alban se souvenait qu’il y était allé ; une unique fois. Comparé aux courses de Nénucrique, le Dôme, c’était autre chose. Ce n’était pas qu’une compétition mondiale qui rassemblait tous les passionnés. C’était LA compétition mondiale. Pas uniquement de courses aériennes. Mais de tous les autres sports. Les véritables Jeux Olympiques à l’état pur. C’était une véritable chance pour lui.

Mais depuis son accident, il n’était pas remonté sur le dos d’un Pokémon Vol. Si on ne comptait pas le moment où Zénith l’avait attrapé pour s’enfuir avec lui sur une île, Alban n’avait plus jamais volé. Alors comment allait-il se montrer à la hauteur ? Il avait l’impression qu’il faisait toujours le même blocage. Qu’il avait toujours peur de se lancer. Mais d’un côté, il savait que son grand moment était arrivé. C’était maintenant qu’il allait devoir surmonter ses peurs. Maintenant qu’il allait devoir se lancer pour récupérer ce qu’il voulait tant. Maintenant ou jamais.

Il se redressa légèrement pour s’accouder sur le balcon. D’ici demain, il allait devoir mettre les voiles pour Johto. Pour le moment, il n’en avait toujours pas parlé à ses amis… Comment le prendraient-ils ? Calliope serait sûrement folle de joie. Aaron lui souhaiterait bon courage. Nolan essayerait de le soutenir, à sa manière. Et Max… Comment réagirait-elle, si elle était au courant ? Alban hocha la tête de gauche à droite. Il n’avait pas le temps de penser à elle. Pour le moment, il avait quelque chose de plus important à faire. Il devait se forcer à l’oublier. Au moins pour un temps… Lâchant un soupir, il se leva et enfila sa paire de chaussures. Puis, sans un regard en arrière, il entra dans le dortoir Voltali et dévala les marches.

Il sortit quelques instants après, une écharpe autour du cou, un panier dans les bras. Machinalement, il se dirigea vers la forêt et s’enfonça à travers les arbres. Au sol, ses empreintes de la veille étaient encore visibles. Quelques brindilles écrasées… des traces dans la boue meuble puisqu’il avait plu… Mais Alban n’en avait pas besoin pour retrouver son chemin. Il savait comment y aller. Il savait comment le retrouver. Car c’était de lui dont il avait besoin, aujourd’hui. Il avait longtemps réfléchi, depuis qu’il avait reçu la Mission par Jackie. Il lui fallait un Pokémon monture. Il lui fallait un Pokémon partenaire, qui le représenterait tout au long de la compétition. Et qui serait capable de gérer la course, évidemment… Actuellement, cela réduisait les choix à deux, dans son équipe.

Malgré son attachement envers son starter, il était évident qu’Alban ne pourrait pas participer avec Zéphyr. Le Goélise chromatique était bien trop petit et léger pour supporter le poids d’Alban. Alors il lui restait deux possibilités : Mistral, son Altaria chromatique, ou… Zénith, son Dracaufeu. A partir de là, le véritable casse-tête avait commencé. D’un côté, Alban connaissait Mistral depuis plus longtemps. Il l’avait élevé depuis qu’il était sorti de l’œuf. Il l’avait entraîné de telle manière à ce qu’il devienne un véritable athlète ; un Pokémon de champion de courses aériennes. Et à présent qu’il avait évolué, Mistral était devenu un Pokémon fiable. Emblématique de sa région, qui plus est. Emblématique de sa championne, Alizée. S’il avait dû prendre en compte uniquement les paramètres de logique et de performance, il aurait sans doute choisi de concourir avec Mistral, qui réunissait toutes les compétences nécessaires.

Mais de l’autre côté, il y avait Zénith. Zénith, le Reptincel que Calliope lui avait donné parce que le type Feu avait eu envie d’aller avec lui. Le Reptincel qui n’avait pas souvent été assidu lors des entraînements. Celui qui n’en manquait pas une pour se faire remarquer en compagnie de ses acolytes de toujours, Aura et Hélios. Celui qui pouvait se montrer paresseux, dissipé, stupide. Mais celui qui l’avait protégé contre Josh, au début de l’été. Celui qui n’avait pas hésité à évoluer pour l’éloigner d’une menace. Celui qu’il n’avait pas forcément toujours bien compris, et avec qui il s’était violemment disputé. Celui qui l’avait blessé, aussi bien physiquement que psychologiquement. Mais celui pour qui il avait fait le plus d’efforts, aussi. Durant tout l’été, lorsqu’il gravissait tous les jours cette montagne pour rejoindre la grotte où Zénith s’était caché, pour lui apporter à manger et discuter. Celui qui avait peur de le blesser de nouveau, raison pour laquelle il s’était éloigné volontairement. Celui qui, malgré tout, était revenu sur Lansat pour ne pas être trop loin de son dresseur. Sans doute parce qu’au fond, ils avaient encore ce lien important entre eux.

Il avait pris sa décision. Des deux Pokémon, Zénith était celui qui l’avait le plus aidé à sauter le pas. Il l’avait fait voler, une nouvelle fois. Et de ce fait, cette action avait probablement aidé Alban à mieux appréhender son retour dans les courses aériennes. Plus que tout également, il voulait renouer avec son Dracaufeu. Ce n’était pas avec Mistral qu’il voulait faire son grand retour. C’était avec Zénith. Car son évolution était également récente. Il n’était même pas certain que Zen saurait particulièrement bien voler, vu qu’il n’avait pas vraiment eu l’occasion de pratiquer, ni de s’entraîner. Mais ensemble, ils allaient débuter dans les courses aériennes. Ensemble, ils apprendraient. Pour sa première course, il lui semblait important de démarrer sur des bases complètement nouvelles. C’était un grand challenge. Mais c’était la seule option qui lui permettrait de tirer définitivement un trait sur son passé, et d’aller de l’avant.

Un pari à double tranchant.

A peine exténué par sa course dans la forêt, Alban s’arrêta devant la grande grotte qu’occupait son Dracaufeu. Essuyant une goutte de transpiration sur son front, le châtain pénétra dans l’antre sombre. A ses côtés, le plumage or de Zéphyr scintillait comme une lune en pleine nuit. Le Voltali s’approcha. Il ne voyait pas Zénith ni Barber, mais il sentait que tous deux étaient là. Il posa le panier de victuailles au sol, et s’assit à côté, dos contre le fond de la grotte. Puis il attendit.

C’était un rituel, entre eux. C’était quelque chose qui lui permettait de faire comprendre à son Dracaufeu qu’il avait confiance en lui. Qu’il n’en avait plus peur. Qu’il pouvait même lui tourner le dos et lui montrer ses faiblesses. Qu’il pouvait être vulnérable face à lui. Mais qu’il savait qu’il ne l’attaquerait pas de nouveau. Il fit venir Zéph’ sur son poignet, et le caressa doucement. Puis, au bout de quelques secondes d’attente, il entendit un bruissement d’ailes et un grognement.

Barber apparut dans son champ de vision et vint se poser sur ses genoux. Il pencha légèrement la tête pour se faire gratouiller les plumes, et Alban lui chatouilla les ailes. Puis, presqu’aussitôt, il sentit le grondement de Zénith derrière lui.

Il n’avait pas peur. Il avait confiance. Alors, doucement, il tendit son bras droit vers l’arrière. La main ouverte, les doigts écartés. « N’aie pas peur. Viens. » semblaient dire chaque parcelle de sa peau.

Alors, après quelques secondes, il sentit le museau rugueux de Zénith venir se coller contre la paume de sa main. Il eut un léger sourire, et caressa la gueule de son Dracaufeu. Puis, doucement, il se retourna pour se retrouver face à Zen. Les yeux aux pupilles verticales le regardèrent. En silence, les deux individus se toisèrent. Il y avait toujours cette genre de tension, entre eux deux. Ce genre d’incertitude. Rien n’était plus comme avant, c’était certain. Mais Alban voulait que les choses redeviennent comme avant. C’était aussi pour cela qu’il était là, aujourd’hui.

- Salut Barber. Salut Zen. Comment allez-vous ?

Le Dracaufeu émit un grognement. De la fumée sortit de ses naseaux, et Alban eut un petit rire. Puis il prit la tête de Zénith entre ses bras. Il le sentait comme ronronner ; son corps vibrait avec une grande intensité. Il prit son courage à deux mains.

- Ecoute, Zen. Il faut que je te parle de quelque chose… tu me permets ?

Le type Feu hocha lentement la tête et cligna des yeux, comme pour lui indiquer qu’il l’écoutait. Alors Alban se lança. Il lui parla du Dôme Pokéathlon. Il lui parla de ses craintes. De sa peur de ne pas être à la hauteur. Mais de son envie de se replonger dans les courses aériennes. De son envie d’essayer, encore une fois. Et d’essayer avec lui, cette fois.

- Je sais que… tu as peur. Moi aussi, j’ai peur. On n’a pas peur pour les mêmes raisons, mais je pense que c’est important pour nous de faire ça tous les deux. Il faut qu’on puisse surmonter tout ça. Qu’on puisse aller de l’avant. J’ai mis… plus de trois ans avant de le réaliser. Et maintenant, je veux me donner une chance. Je sais que c’est beaucoup plus récent pour toi… mais qu’en dis-tu ? Veux-tu vivre cette renaissance avec moi ?

Zénith sembla hésiter. Dans ses yeux, Alban voyait bien qu’il luttait. Il en avait envie également, ça se sentait. Mais de l’autre côté… Il avait peur de blesser son dresseur de nouveau. Soupirant, Alban enleva sa chemise, qu’il posa à côté de lui. Puis, il lui montra la blessure sur son bras gauche, à présent totalement cicatrisée. Il y avait une longue marque, là où la griffe avait déchiré sa peau. Mais cette blessure, il avait appris à l’aimer. Elle faisait partie de lui ; faisait partie de son histoire. Il n’en avait pas honte. En voyant la marque néanmoins, Zénith grogna et recula. Alban le força à garder la tête droite.

- Ce n’est rien. Ça ne me fait plus mal. Regarde… - il plaça sa main sur sa blessure et appuya dessus - Tu vois ? Je te fais confiance, Zen. Je sais que ça ne se reproduira plus. Si tu le veux. Si on le veut tous les deux. Alors s’il-te-plaît. Aide-moi… Aide-moi à grandir, encore une fois.

C’était une supplication. Un appel au secours. Il voulait s’envoler. Il voulait participer à cette course. Il avait l’impression que s’il grimpait sur le dos de Zénith et pouvait mener cette course… alors ce serait toutes ses craintes, tous ses problèmes, qu’il laisserait derrière lui. Il était persuadé que cette étape serait un tournant majeur dans sa vie. Mais ce n’était pas avec Mistral qu’il devait le faire. C’était avec Zénith. Et personne d’autre…

Il baissa la tête, dépité. Il commençait à perdre espoir ; à se dire que ce n’était pas possible. Mais là, à sa grande surprise, Zénith inclina légèrement la tête et son corps se nimba d’une aura rouge. Dans un dernier sourire, le Dracaufeu se changea en un rayon de lumière, et regagna sa Pokéball. La sphère métallique émit un bruit, comme celui d’une machine qu’on débranche. C’était la réponse de Zénith. Alban se redressa. Zéphyr et Barber s’envolèrent pour venir se poser sur ses épaules. Le regard brillant de détermination, le châtain récupéra sa chemise et ses affaires, puis sortit. Dehors, il resta un moment devant la grotte. Le vent fouettait son visage. On sentait les odeurs de sous-bois et de pin. Il esquissa un léger sourire.

- Je suis de retour.

C’était une nouvelle page qui se tournait. Une nouvelle histoire qu’il allait écrire.

***

C’était toujours le même spectacle qui s’étalait devant ses yeux. La mer qui étirait ses rubans bleus scintillants dans toutes les directions, comme si elle était infinie. La mousse d’un blanc nacré qui venait s’accumuler autour du ferry, avant que la stature de ce dernier ne vienne impitoyablement les fendre pour se creuser un passage. Les Goélise qui piaillaient et voletaient autour des toiles gonflées des petits radeaux. L’odeur des embruns. Le goût légèrement salé de l’air. Les gens qui bavardaient joyeusement en regardant l’horizon doré. Un an plus tard, et il avait l’impression d’assister à la même scène. Au même départ. Mais cette fois-ci, tout serait différent. Il allait prendre son avenir en main. Il allait affronter ses démons une bonne fois pour toute, et revoler de nouveau. Il ne savait pas s’il allait réussir. Il ne savait pas s’il allait se montrer aussi bon qu’avant. Il ne savait pas quel sentiment le prendrait à la gorge, dès lors qu’il s’envolerait sur le dos de Zénith. Mais il avait réellement envie d’essayer. Après ces longs mois à tout faire pour repousser l’échéance, il ne pouvait plus continuer de fuir. Calliope le lui avait bien fait comprendre… S’il voulait réellement « vivre », il allait devoir faire de son mieux pour ne pas se laisser dépérir. Car les courses aériennes, c’était finalement toute sa vie. Et sans elles… il savait qu’il ne pourrait jamais la vivre pleinement.

Il ferma les yeux doucement, laissant le vent fouetter violemment son visage. Il avait l’impression que le vent aussi souhaitait qu’il reprenne son envol. Tous ces sentiments… tous ces désirs… Comment avait-il fait pour les refouler aussi longtemps ? Il prit une grande inspiration, et tendit le bras pour que Zéphyr vienne se poser sur son poignet. Avec docilité, le Goélise chromatique s’approcha de lui dans un bruissement d’ailes feutré ; avec un léger chuintement, les pattes palmées vinrent toucher délicatement son avant-bras. Alban regarda son tout premier Pokémon. Tout avait commencé comme ça, n’est-ce pas ? Par cette drôle de journée sur Cobaba, où il avait rencontré cette minuscule mouette. Remarquant qu’on le fixait, Zéphyr cligna des yeux et piétina sur place, ouvrant le bec pour laisser s’échapper un petit cri. Tout comme son dresseur, le Goélise était fébrile. Il devait le sentir, que quelque chose allait changer prochainement. Il le savait également, qu’Alban allait voler sur le dos de Zénith. Et pourtant, il n’en montrait aucune jalousie. Le châtain déposa un baiser sur le crâne plein de plumes de Zeph’. Avoir le soutien de ses Pokémon était important, pour lui. De même que celui de ses amis.

Sortant doucement une plume cristallisée de sa poche, Alban la tourna machinalement entre ses doigts. L’objet était beau. D’une couleur blanche dégradée d’orange, la plume avait été figée dans le temps et elle brillait comme une sorte d’étrange bijou. C’était un cadeau d’une personne qui lui était extrêmement importante, et qui avait le même genre de vécu que lui. La signification de cette plume était forte. Alban avait décidé qu’elle deviendrait son nouveau porte-bonheur, pour les courses. Il s’était déjà séparé du ruban qu’Alizée lui avait donné, de toute façon. Rien ne servait de rester bloqué sur le passé. Maintenant, il allait avancer. Avec une nouvelle monture. Avec un nouveau porte-bonheur. Mais toujours avec le même objectif en tête.

- Tu ne vises pas la seconde place ou la troisième place, Alban Abernaty. Tu es un champion. Alors vole comme un champion, se murmura-t-il pour lui-même.

Malgré tout, il conservait plusieurs inquiétudes. Il savait que les choses ne seraient pas si simples que ça. Cela faisait plus de trois ans qu’il ne volait plus du tout. Plus de trois ans qu’il n’avait pas réellement fait du sport. Et ces cinq derniers mois à s’entraîner physiquement tous les jours n’allaient pas lui permettre de rattraper les autres. Durant sa période d’inactivité, il s’était certainement fait distancer par beaucoup de ses anciens rivaux. Mais ce n’était pas là, l’important. Il allait avoir deux jours pour s’entraîner avec Zénith, sous l’œil et les conseils aguerris d’un véritable expert. Il allait en profiter pleinement pour se remettre à niveau, et livrer une performance digne d’un grand retour. Ce n’était pas grave, si son classement n’était pas à la hauteur de ses espérances. Mais ça le serait, s’il ne faisait pas tout pour se hisser à la tête du podium.

- Matricule 0258 ! aboya une voix suave et mélodieuse derrière lui.

Alban sentit son corps se raidir et se mettre automatiquement au garde à vous, comme si on venait de lui balancer un choc électrique. Le pas lourd et peu féminin du Général Jackie se fit entendre à quelques mètres de lui, et le Voltali se retourna légèrement. Droit devant, la terrible Pokéathlète le regardait, les bras croisés. Elle avait l’air encore plus sur les nerfs que d’habitude, ce qui relevait du véritable exploit. Ses rangers cirés tapaient impatiemment sur le pont, tandis que sa veste de treillis aux écussons bien visibles s’agitait au rythme de ses muscles qui se contractaient. Sa mâchoire carrée était figée dans une expression sévère et mécontente. Ce n’était pas vraiment ce qu’il s’était attendu à croiser, dans ce décor apaisant.

- Réunion stratégique dans la salle de meeting numéro 3. Tout de suite. Et au pas de course ! lui hurla-t-elle, faisant se retourner plusieurs touristes étrangers.

Le châtain acquiesça et suivit la femme à travers les différents couloirs du ferry. Mieux valait ne pas énerver Jackie, surtout qu’elle devait être encore plus stressée qu’eux. Dans son esprit néanmoins, il y allait un peu à reculons. « Réunion stratégique », pour Jackie, ça sonnait plutôt comme « distribution de menaces ». Ils allaient probablement se faire copieusement insulter, avant de recevoir la terrible sentence qui les attendait s’ils ne se hissaient pas au moins sur le podium. Autant dire que ce n’était pas réjouissant Après quelques minutes cependant, ils parvinrent devant la salle de réunion et Alban y entra avec réticences. A l’intérieur, il y avait déjà les six autres Pokéathlètes qui, comme lui, avaient décidé de répondre à l’appel de Jackie en s’inscrivant dans leurs domaines de prédilection. De la promotion d’Alban, aucun autre Pokéathlète n’avait voulu tenter sa chance. Le Coach se sentit subitement nerveux. Face à des élèves beaucoup plus expérimentés que lui, il avait l’impression d’être un nourrisson. Il fit le décompte ; deux Pyroli, deux Noctali, un Voltali et une Givrali. Il connaissait uniquement le Voltali. Vaguement. Pour les autres, leurs réputations les précédaient. Mais il ne leur avait jamais parlé jusqu’à aujourd’hui. S’installant maladroitement sur une chaise, Alban attrapa un calepin, tandis que Jackie prenait la place du Général.

- BON, bande de moules atrophiées. Je vous l’ai déjà dit et vous savez très bien que je DETESTE me répéter, mais je pense qu’il est important de remettre les choses au clair. Vous faites partie des RARES élèves assez courageux pour avoir répondu à cette opportunité exceptionnelle qui s’offre à vous. Une participation au Pokéathlon, ça ne se présente pas tous les quatre matins bande de crétins, et vos camarades ont été bien stupides de laisser passer une telle chance. Mais trêve de bavardages. Si vous êtes là, ce n’est pas pour vous montrer aussi médiocres que vous avez pu l’être au cours de ce début de Semestre. Si vous êtes là, c’est évidemment pour GAGNER dans vos domaines respectifs. Je tiens à vous prévenir ; arrivez à une place autre que la première, et vous pouvez être sûrs que je vous ferai RENTRER à la NAGE avec un poids de 10 kilos attaché à votre arrière-train. Je ne tolèrerai AUCUNE bavure qui pourrait ternir ma réputation ou celle de l’école. Est-ce bien CLAIR ?!
- Oui Général ! Très clair Général ! répondirent-ils en chœur.
- JE NE VOUS ENTENDS PAS !
- OUI GENERAL ! TRES CLAIR GENERAL !
- BIEN. Je serai à quelques minutes à peine de vos lieux d’entraînement et de logement. Alors soyez certains que je viendrai vous inspecter régulièrement pour m’assurer que personne ne tire au flanc. Matricule 0258, le canard boiteux !

Alban se leva d’un bond, au garde à vous.

- Tu es le premier à passer. Ta course est à peine dans deux jours. Alors tu as intérêt à vomir tripes et bile pour être au niveau dans les temps. Est-ce clair ?
- Oui Général !
- OK. Alors vous pouvez disposer. Et au lieu d’aller bailler aux corneilles sur le pont, profitez du temps de la traversée pour ALLER VOUS ENTRAÎNER BANDE DE FEIGNASSES ! ROMPEZ !

Les sept élèves se levèrent tous en même temps puis, après un dernier salut au Général, quittèrent la pièce. Décidant qu’il était plus judicieux de retourner dans sa cabine pour se reposer, plutôt que de risquer de se faire surprendre à ne pas s’entraîner, Alban bifurqua à l’angle d’un couloir et ouvrit une porte peinte de bleu ciel. Dès qu’il fit un pas dans l’exigüe chambre de fortune, une masse déboula sur lui et l’enserra dans ses petits bras.

- Alban !

Aha. Evidemment. Comment avait-il pu être assez naïf pour songer qu’il pourrait « se reposer » ? Il soupira mais ne put s’empêcher d’être amusé par la situation. Chell, l’esprit frappeur, le regardait avec un sourire rayonnant. Alban ferma la porte derrière lui et caressa doucement la tête de l’enfant-fantôme, avant d’aller s’assoir sur son lit. Le roulis de l’embarcation fit trembler sa cabine, et le châtain se rattrapa aux draps pour ne pas tomber. Chell pouffa de rire.

- Je suis trop trop trop trop content qu’on aille à Doublonville. Une course aérienne ! Wahou, trop cool !

Le Coach lui fit un sourire et le regarda s’enthousiasmer tout seul en énumérant tout ce qu’ils allaient voir et manger à Doublonville. Il n’avait pu se résoudre à laisser Chell à l’académie pendant son voyage. Malgré le côté imprévisible et fatiguant du fantôme, Alban estimait qu’il avait mérité de venir le voir revoler pour la première fois depuis son accident. Chell avait toujours insisté pour qu’il reprenne les courses aériennes. Et il était devenu comme une sorte de petit frère, pour lui. Il n’aurait eu le cœur de le laisser derrière. Se calant confortablement dans son lit, Alban sortit son iPok et hésita un instant. Il n’avait dit à aucun de ses amis qu’il allait passer quelques jours au Dôme Pokéathlon. Nolan savait qu’il partait en Mission, mais Alban ne s’était pas attardé sur les détails. Il n’en avait pas vraiment eu le temps, à dire vrai. Et il sentait qu’il devait plus d’explications que quelques simples mots échangés en coup de vent. Prenant son courage à deux mains, il entreprit donc de rédiger un long message à tous ses amis proches. Des garçons qui berçaient sa vie comme Aaron ou Nolan, aux filles qu’il considérait comme des sœurs comme Calliope, Marie ou Audrey. Il hésita à écrire à Maxine mais ne le fit pas. Ils ne se parlaient plus. Il n’avait pas envie qu’elle puisse croire qu’il lui reparlait pour se vanter ou quoi que ce soit. Avec un soupir, il acheva donc d’envoyer ses derniers SMS, puis remonta la couverture au-dessus de lui. Une petite sieste n’avait jamais fait de mal, avant une grande bataille. Alors, faisant signe à Chell de venir le rejoindre pour qu’ils fassent un petit roupillon bien mérité, Alban ferma les yeux et s’endormit presque aussitôt. Une rude journée l’attendait, autant sur le plan psychologique que physique. Mieux valait profiter de la traversée pour se détendre au maximum… Avant de se jeter dans la cage aux lions.

(suite au prochain post)


Dernière édition par Alban Abernaty le Dim 25 Déc - 18:44, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Mission] La terre se nourrit d'empreintes [Terminé]   Mar 22 Nov - 20:55




La terre se nourrit d'empreintes
RP Solo

Le reste du voyage fut mitigé. Ils étaient bel et bien arrivés à Oliville, et le temps que Jackie négocie avec un marchand de location de vélos, Alban en avait profité pour acheter quelques souvenirs pour ses amis. Des carillons en verre soufflé à l’effigie du Pokémon Loupio - apparemment très présent à Oliville - pour Calliope et Marie, un bracelet en lanières de cuir d’Ecremeuh pour Aaron, un paquet de biscuits goût raclette pour Audrey, et une grosse boîte pour Nolan. Dans cette dernière, de nombreuses spécialités locales - il savait que son colocataire en raffolait -, ainsi que quelques objets typiques ; des journaux d’Oliville, un porteclé à l’effigie de Jasmine, la championne, et une sorte de magazine qui comportait une interview de la belle jeune femme ainsi que plusieurs clichés apparemment « inédits ». Son petit doigt lui disait que les cadeaux pour Nolan risquaient de lui faire très, très plaisir. Sa bonne humeur s’était cependant envolée lorsque Jackie leur avait annoncé qu’ils rallieraient Doublonville en vélo, coûte que coûte. Il connaissait peut-être mal la géographie de Johto, mais quelque chose lui disait qu’ils allaient en baver. Et, après deux heures intenses de pédalage, ils s’étaient effectivement tous plus ou moins écroulés de fatigue sur le côté de la route. Ce qui avait beaucoup agacé le Général Jackie. Même si elle avait consentit à les laisser prendre le bus pour « ne pas arriver en retard au Dôme ». La terrible référente était cependant restée derrière, pour rendre tous les vélos au centre de location le plus proche. Alban ne savait pas comment elle s’y était prise pour ramener les huit vélos à elle seule, mais toujours est-il que Jackie était arrivée à Doublonville avant leur bus. Ce qui forçait le respect, il fallait avouer. Mais la rouste qu’elle leur infligea à ce moment-là fut si violente qu’ils n’espéraient tous qu’une chose : qu’elle aille enfin s’enfermer dans sa chambre d’hôtel.

Quoi qu’il en soit, Alban et les autres étaient enfin arrivés au fameux Dôme Pokéathlète. Ayant pour impératif d’arriver à 18h sur leurs terrains respectifs pour le discours d’ouverture et la rencontre avec l’expert, ils n’eurent cependant pas le temps de faire du tourisme. Ils se séparèrent donc et Alban avança, seul, vers l’immense terrain de course aérienne qui était situé dans l’aile droite. La boule au ventre, il traversa les longs corridors immaculés, comme s’il se dirigeait vers un bloc opératoire. Sur son épaule, Zéphyr roucoulait pour essayer de le rassurer. Autour de sa ceinture, les Pokéballs de ses autres Pokémon semblaient comme se réchauffer pour lui montrer leur soutien. Mais rien à y faire. Alban était tendu et anxieux. Au fond néanmoins, un sentiment d’excitation parvenait à prendre le pas sur tout le reste. Il était enfin de retour dans le milieu. Il allait pouvoir voler de nouveau. Devant des milliers de spectateurs et téléspectateurs. C’était juste fou… Mais c’était aussi un retour à la case départ. Lui qui, un an plus tôt, avait fait office d’expert pour les jeunes coureurs du ciel participant à la course Mondiale qui s’était tenue à Nénucrique… Il allait redevenir l’élève, l’apprenti. Mais il ne demandait qu’à apprendre.

Traversant les portes grandes ouvertes, Alban porta ses mains en visière pour calmer l’intensité des rayons du soleil. Devant lui, une dizaine d’autres participants étaient déjà arrivés, tous silencieux et visiblement aussi nerveux que lui. Parmi eux, il reconnut quelques autres sportifs qu’il avait déjà eu l’occasion d’affronter, ou qu’il avait aidés lors de la quarante-cinquième édition de la course aérienne mondiale qui s’était tenue à Nénucrique. Celle-là même pour laquelle il avait tenu le rôle d’expert. De ce qu’il voyait, il allait y avoir un niveau exceptionnel. Ce qui ne le rendait que plus anxieux, encore.

Dans sa tête, il fit le bilan de ses futurs adversaires. Chacun portait son numéro sur sa tenue, ce qui rendait le décompte un peu plus simple. Et chacun était accompagné de sa monture, ce qui n’était pas encore son cas. Il nota mentalement les différents profils. Candidate numéro 1 : Meilou Garcia, la terrible compétitrice originaire de Jadielle qui avait pour monture un Rapasdepic du nom de Brasven. Du genre à avoir un vol très agressif, mais particulièrement bien maîtrisé. Candidat numéro 2 : Jordan Jane, de Vaguelone. Son Lakmécygne nommé White avait toujours été une monture magnifique, et diablement efficace, surtout sur les vols en ligne droite. Un adversaire dont il allait devoir se méfier, vu qu’il obtenait toujours d’excellents résultats. Candidate numéro 3 : Julia Jude, de la Forêt Blanche et sa Guériaigle, Zoé. Alban se souvenait qu’il n’avait pas eu grand-chose à lui reprocher lors de son inspection. Elle était plutôt régulière dans sa carrière. Ces trois-là en tout cas, Alban les connaissait bien puisqu’il avait dû les coacher l’année précédente. Ce qui rendait la chose plus difficile, puisqu’il leur avait également donné des conseils pour s’améliorer. M’enfin. Ça n’en serait qu’un challenge plus intéressant. Il tourna la tête pour voir le reste des candidats. Candidat numéro 4 : Viktor Vanderweiss, de Céladopole. Il avait déjà eu l’occasion de voler contre lui, et ils avaient souvent été comparés puisque Viktor avait également un Roucarnage pour monture. En général, il n’obtenait pas plus haut que la troisième place. Mais il devait certainement avoir progressé depuis le temps. Candidate numéro 5 : Joy Clarisse, de Lavandia. Alban la connaissait bien puisque, natifs de la même Région, ils avaient très souvent concouru l’un contre l’autre. Une cavalière exceptionnelle avec une monture atypique, un Drattak particulièrement rapide. Son regard se tourna vers les candidats 6 et 7, qu’il ne connaissait pas. Le 6 avait un Bruyverne, tandis que le 7 avait un Prismillon. Etaient-ils forts ? Alban n’en savait rien, mais il se nota qu’il devrait les tenir à l’œil. Il regarda brièvement le badge qu’on lui avait remis et se souvint qu’il était le 8ème candidat. Il sauta donc au suivant… Qu’il ne connaissait pas non plus. Néanmoins, ce dernier portait une sorte de sweat avec son nom entier inscrit dessus. Il le fixa un moment. Candidat numéro 9 : Cleith Clinton. Probablement le même âge que lui, avec un magnifique Flambusard chromatique comme monture.  Alban ne savait pas s’il était fort, mais malgré ses apparences de gamin détaché et un brin espiègle, il semblait avoir une certaine aura. Il ne put détacher son regard de lui, jusqu’à ce qu’une chevelure blonde et bouclée vint se planter devant son champ de vision. Il sursauta en reconnaissant ce faciès caractéristique.

- Candidate numéro 10 : Azalea Stockholm, de Romant-sous-b-

Il s’interrompit en s’apercevant qu’il venait de le dire à voix haute. Quelques têtes se tournèrent vers lui, tandis que la jeune fille lui montrait une moue nonchalante.

- Encore en train de tout analyser ? Déstresse l’expert, tu n’as pas besoin de faire des programmes sur mesure, cette fois-ci !

Elle partit dans un grand éclat de rire et s’approcha de lui. Juste assez pour pénétrer dans son cercle. Mais pas trop pour ne pas le faire reculer par réflexe. La fourbe. Elle restait juste à la limite, hein ? Alban déglutit. Azalea… Il aurait dû se douter qu’elle serait là également. Elle avait gagné la course mondiale de l’année précédente, après tout. Et il avait passé beaucoup de temps à l’aider là-dessus. A l’époque, elle avait un problème avec sa monture, un Flambusard qui n’acceptait plus qu’elle s’approche de lui depuis son évolution. Alban était parvenu à leur faire retrouver leur confiance l’un envers l’autre, et les avaient entraînés pour qu’ils gagnent la course. Et il la soupçonnait d’avoir un faible pour lui. Il n’était pas vraiment doué pour détecter les signes, mais quand une fille vous embrasse… Il fallait supposer qu’elle en pinçait un peu pour vous. Même s’il n’était pas sûr de l’intensité des sentiments de la Kalosienne à son égard. Toujours est-il qu’il lui avait gentiment - croyait-il - fait comprendre qu’il ne la voyait pas de la même façon. Et ils en étaient restés là, à être encore moins que des « amis ». Mais plus que des « connaissances ». Avec une drôle de relation d’élève-professeur. Hm. C’était plutôt particulier, maintenant qu’il y repensait. Raison pour laquelle tout cela le mettait mal à l’aise.

Sans se préoccuper de sa gêne néanmoins, Azalea se hissa sur la pointe des pieds et déposa un léger baiser sur sa joue.

- Je… Je suis désolé, bafouilla-t-il.

La Pokéathlète pouffa de nouveau de rire. Derrière elle, Sylphe, son Flambusard, était en train de gratter le sol avec son bec.

- Ça faisait longtemps en tout cas. Comment vas-tu ? Tu n’as pas donné beaucoup de tes nouvelles… tu n’as même pas répondu à mes messages…
- Désolé. J’ai été plutôt occupé ces derniers mois. L’école demande pas mal de choses et…-
- Occupé à faire de la télé ? Je t’ai vu avec ta petite copine rousse, sur l’île de la Destruction… Et avec ton meilleur ami aux Hunger Games, également. C’est quoi. T’as un faible pour cette couleur de cheveux, c’est ça ?

Oulah. Discussion tendue. Alban pouvait presque sentir les reproches tranchants d’Azalea. Il prit une grande inspiration.

- Ruby n’est pas ma petite copine. Comme tu l’as dit, c’était pour la télé. On ne faisait que faire semblant… Idem pour Aaron et moi.
- Oh d’accord. C’est vrai que je me disais que cette rousse n’était pas du tout dans ton style. Ta vraie copine doit être un peu plus… douce et super mignonne, genre paillettes-paillettes ooh j’adore le rose, je suis une fiiillle… N’est-ce pas ?

Alban faillit s’étrangler tant la description avait quelque chose de vrai. Azalea avait une sorte de sourire railleur et sarcastique. Comme si elle estimait peu ce genre de filles. Le châtain ne sut trop quoi répondre.

- … je n’en ai pas.

Et c’était vrai. Mais il avait bel et bien quelqu’un qu’il aimait. Quelqu’un qui était du genre douce et super mignonne. Quelqu’un qui avait un truc avec les paillettes. Et quelqu’un qui avait même les cheveux roses, d’ailleurs. Néanmoins, il s’était promis d’essayer de l’oublier. Au moins pour ces quelques jours à venir.
Sa réponse parut satisfaire Azalea, qui eut l’air beaucoup moins vexée. Elle retrouva son visage doux et agréable.

- Ah, bon…

Elle n’ajouta rien de plus mais Alban vit dans son regard qu’elle semblait beaucoup plus heureuse. Sans qu’il n’ait pu dire quoi que ce soit, la jeune fille s’approcha un peu plus de lui et passa un bras autour du sien pour venir se coller à lui. Fichtre. Les filles de Kalos étaient vraiment du genre rentre-dedans. Enfin… Pas celle qui l’intéressait, malheureusement.

L’arrivée d’Alastor Winchester, le président de la Triple C (Confédération des Coureurs du Ciel) et organisateur de la majorité des courses aériennes, lui fournit néanmoins une distraction parfaite. Se dégageant de l’emprise de la blonde, Alban s’avança en même temps que les autres vers l’homme. Ce dernier, la moustache toujours en brosse, son impeccable costume rutilant au soleil, les embrassa d’un regard bienveillant. Alban avait toujours aimé ce vieil homme. Un Pokéathlète de génie et un organisateur extrêmement compétent. Il aspirait à devenir comme lui, un jour…

Alastor s’éclaircit la gorge et ouvrit ses bras pour les accueillir.

- Bienvenue, bienvenue, dans le célèbre Dôme Pokéathlon ! Je sais que ce n’est pas la première fois pour certains d’entre vous, et je m’excuse d’avance si mon discours pourra paraître redondant. Comme vous le savez tous, je suis Alastor Winchester, président de la Confédération des Coureurs du Ciel. C’est toujours un immense plaisir de voir de jeunes visages prometteurs. Des nouveaux… comme des anciens.

Il se tourna vers Alban et ce dernier jura qu’il venait de lui faire un clin d’œil.

- Mais trêve de bavardages. Vous savez tous pourquoi vous êtes dans ce lieu d’exception. Pour la vingt-quatrième fois en vingt-cinq ans, nous avons décidé d’organiser une course aérienne dans le Dôme Pokéathlon. Et pour la première fois depuis la création de la Triple C, nous avons décidé d’ouvrir une épreuve Junior pour les courses aériennes des Jeux Pokélympiques ! C’est une chance pour vous, d’avoir été convié. Votre profil a été sélectionné parmi des dizaines et des dizaines d’autres adolescents ! Nous avons passé du temps à éplucher chaque candidature. Nous avons pris en compte vos anciens résultats en course, évidemment, mais également vos aspirations, vos motivations, votre talent, votre acharnement… Certains d’entre vous n’ont pas encore livré énormément de courses aériennes officielles. Néanmoins, ils sont là car nous avons senti qu’ils étaient prometteurs et avaient un véritable avenir dans cette discipline.

Son regard se posa cette fois-ci sur le garçon avec le Flambusard chromatique qu’Alban ne connaissait pas. Avant de revenir au centre de l’audience.

- Quoi qu’il en soit, j’attends de vous beaucoup de fairplay. Et du grand spectacle, également ! Vous aurez très peu de temps pour vous entraîner ici avant le jour J, mais nous avons tout de même fait venir un expert pour votre séjour. Ce dernier vous donnera des conseils pour votre course, et vous coachera si vous le souhaitez. Ceux de la région de Kanto le connaissent très certainement, puisqu’il possède un centre d’apprentissage pour les jeunes Pokéathlètes en devenir. Je vous présente… Nelson Finnigan !

Un homme à la trentaine d’année vint rejoindre Alastor. Alban ne le connaissait pas, mais il lui semblait parfaitement digne de confiance. Un Pokéathlète solidement bâti, à la chevelure brune fournie et au physique d’aventurier. Avec sa veste en jean, ses bottines en cuir et son look de Nashville, il ressemblait à une sorte de cow-boy des temps modernes. Finnigan fit une légère courbette devant eux et se présenta.

- Que d’honneurs, mon cher Monsieur Winchester. Enfin ! Les jeunes, je suis vraiment ravi d’avoir été convié pour être votre expert durant ces deux prochains jours. Comme le Président l’a dit, j’ai créé un complexe sportif à Kanto, ma région d’origine. Là-bas, j’y entraîne des gens comme vous qui souhaitent percer dans les courses aériennes. Je leur apprends à gagner la confiance de leur monture, à devenir des dresseurs avant de devenir des Pokéathlètes, et à apprécier pleinement ce beau sport qui nous réunit tous, tout simplement ! Niveau parcours, hm… Disons que j’ai pas mal fait des courses aériennes dans ma jeunesse. J’ai gagné pas mal de prix, d’ailleurs… Dont un ici, il y a de cela cinq ans. Mais maintenant, j’ai décidé de me consacrer à autre chose. Vous le comprendrez peut-être un peu plus tard, mais enseigner ce pour quoi on a dédié une partie de sa vie… c’est juste une expérience incroyable et tellement enrichissante. Alors j’espère que nous pourrons bien travailler, tous ensemble. Si vous avez des questions, n’hésitez surtout pas à me les poser.

Alastor hocha la tête avec appréciation, puis repris :

- Bien ! Après ce beau discours, je me permets de repartir sur une note un peu moins réjouissante. Comme d’ordinaire, vous êtes autorisés à concourir uniquement avec la monture que vous avez enregistrée. Vous n’êtes pas autorisés à quitter le Dôme durant ces trois prochains jours et vous aurez accès à trois lieux pour vos entraînements. Ce terrain, qui sera à votre entière disposition pour vos entraînements. Une salle de musculation, où Nelson donnera la majorité de ses enseignements. Et une salle de gym libre, pour vos autres envies. Vous serez logés dans notre résidence intérieure par chambre de deux, avec d’autres Pokéathlètes qui concourent pour d’autres types de courses. Voilà, je pense que j’ai tout dit. Un livret de règles et de bonne conduite vous a été remis, et je vous invite à en prendre connaissance au plus vite. Sur ce… je vous laisse avec votre expert. A bientôt !

Après avoir salué une dernière fois ses protégés, Alastor Winchester se retira, laissant le Coach Finnigan sur les devants de la scène. Comment ce dernier allait-il les entraîner ? Alban se sentait fébrile. C’était une opportunité unique, que d’avoir quelqu’un d’aussi expérimenté à leurs côtés. Comment s’y prendrait-il pour leur livrer son savoir ? Le châtain avait complètement oublié le « problème Azalea », à ce stade de l’histoire. A sa grande surprise néanmoins, leur expert se racla la gorge et annonça :

- Bon eh bien. Pour commencer, j’aimerais apprendre à vous connaître tous. Alors nous irons dans mon bureau et vous passerez l’un après l’autre pour un entretien personnel et privé d’une dizaine de minutes. J’ai noté vos noms et vos heures de passage à la suite. Pour ceux qui ne passent pas maintenant, vous pouvez commencer à prendre connaissance des différentes installations, et à prendre vos aises dans les locaux. Ne commencez pas l’entraînement maintenant, ce serait parfaitement inutile.

Il afficha ensuite la feuille sur un tableau, puis fit signe à la première - Meilou - de venir avec lui jusqu’au gymnase. Alban échangea un regard avec Azalea. S’il s’était attendu à ça pour un premier entraînement ? Pas vraiment. Les méthodes de Finnigan semblaient… bien différentes des siennes. La blonde haussa les épaules.

- Je passe en tout dernier, donc j’ai plus d’une heure devant moi. Et toi aussi, Alban. Que dirais-tu d’aller boire un café, histoire de parler du bon vieux temps ?

L’attaque par surprise. Damn. Alban jeta un regard à Zéphyr - qui haussa les ailes - et décida de ne pas trop s’embourber dans une situation qui sentait clairement mauvais. Il s’esquiva avec habileté.

- Désolé je ne peux pas, ma Prof veut qu’on aille déballer nos bagages dès que possible… Elle nous a donné rendez-vous dès qu’on aura du temps libre, alors faut pas que je traîne… Mais on se revoit plus tard !

Ce n’était pas totalement vrai, mais qu’importe. Alban lui fit un signe de la main puis s’échappa aussi vite qu’il le put. Zéphyr sur son épaule piailla doucement pour lui reprocher d’avoir menti. Le châtain se sentit subitement un peu plus mal. Pour ne pas avoir à avouer qu’il avait honteusement envoyé balader Azalea, il décida d’effectivement rejoindre sa chambre. Peut-être pourrait-il prendre ses aises et se reposer un peu avant son entretien ? Et faire connaissance avec son colocataire, d’ailleurs… Puis retrouver Chell, qui devait déjà l’attendre là-bas - passer les portes sans avoir besoin de clés était décidemment bien pratique, parfois -. Ouais. Il allait faire ça. Gravissant donc la volée de marches, il chercha du regard la porte de sa chambre. Numéro 172… Numéro 172… Ah, il y était. Mettant la clé dans la serrure, il l’ouvrit et…

- ALBAAAANNN IL ME VOIT !!!

Le Pokéathlète manqua de peu la crise cardiaque et sursauta violemment. Zéphyr, sur son épaule, s’envola en piaillant de mécontentement. Devant lui, Alban voyait clairement Chell en train de sautiller, surexcité. A travers la transparence de l’esprit, derrière, un jeune garçon d’environ 11 ans était assis sur le lit, un sourire aux lèvres. Le Voltali ne savait pas si c’était parce que l’esprit frappeur lui avait dit que ce garçon le voyait qu’il s’imaginait des choses, mais il avait l’impression que son nouveau colocataire suivait des yeux la silhouette de Chell. Ok. Temps Mort.

Il s’avança dans la chambre et referma la porte derrière lui, faisant taire Chell par la même occasion.

- Heu. Bonjour.
- Salut ! Tu es Alban Abernaty, c’est ça ? Waouh ! Je suis un grand fan de toi ! C’est vrai ce qu’on raconte alors ? Tu es de retour dans le milieu ?!

Malaise, j’appelle ton nom.

- Heu. Oui, en quelques sortes. Enchanté de faire ta connaissance… ?
- Oh pardon, je ne me suis pas présenté ! Rory ! Je viens de Mauville. Je fais aussi des courses aériennes, avec Sweetpea, mon Nostenfer. - il montra du doigt un Nostenfer qui s’inclina poliment devant eux -. Enfin… J’en fais pas dans la même catégorie que toi, ahah…

Il montra sa jambe droite et Alban eut un choc en constatant que cette dernière était entièrement métallique. Une prothèse. Les Jeux Paralympiques. La catégorie réservée aux gens handicapés.

- Quant à ton ami, eh bien… C’est un fantôme, c’est ça ? Je le vois parce que je fais partie d’une famille d’Exorcistes. J’ai un don pour sentir les esprits… Et celui-là est pas du genre discret, si tu vois ce que je veux dire. J’ai un peu parlé avec lui. C’est drôle, que tu puisses le voir aussi.

Ok. Deuxième choc de la journée. Une personne qui pouvait voir Chell sans qu’Alban ne le lui présente ? Il y avait clairement quelque chose d’étrange. Mais visiblement, cette situation semblait ne choquer que lui. Chell avait l’air ravi de s’être trouvé un nouvel ami. Et Rory, bien qu’ayant montré qu’il était plutôt excité par la présence d’Alban, avait l’air paradoxalement réellement serein quant à toute cette situation. Le châtain en conclut qu’il avait besoin d’une douche froide. Là. Tout de suite.

- Enfin bon, je suis ravi d’être avec toi. Tu sais, je te regardais souvent à la télé, avant que tu… enfin… tu sais…

Il fit un geste maladroit et Alban comprit qu’il parlait de son accident à Nénucrique.

- Je me suis beaucoup inquiété… Beaucoup de tes fans se sont inquiétés… Je me suis dit qu’avec une chute pareille, tu étais peut-être devenu, erm… comme moi. Mais je ne t’ai jamais croisé dans les courses réservées aux handicapés. Et je n’ai plus entendu parler de toi non plus. Je croyais que tu avais baissé les bras, que tu avais abandonné. Ou pire, que tu étais trop blessé pour reprendre les courses, même en Paralympique. Je suis heureux de voir que tu as su te relever !

Etrangement, quand ce discours venait d’un gamin qui était en bien plus mauvais état que lui… cela lui faisait plaisir. Pour la première fois depuis son accident, Alban avait l’impression d’avoir été réellement compris. Par quelqu’un qui avait vécu la même chose. Qui savait ce qu’on pouvait ressentir. Immédiatement, il sut qu’il s’entendrait bien avec Rory. Alors, faisant fi de son déballage de valises, Alban s’assit sur son lit et se mit à discuter avec son nouveau colocataire. C’était comme si un poids qu’il avait traîné depuis trop longtemps venait de disparaître. Pendant plus d’une heure, ils apprirent à se connaître. A parler des courses. A parler d’eux. A parler de tout, et surtout de rien. Il venait vraisemblablement de se faire un nouvel ami. Et, pour une fois, il avait l’impression que cet enfant était comme lui. Avec Rory, il n’était plus ce gars boiteux « différent ». Il était lui. Et ils étaient eux.

***

Une heure et demie plus tard, Alban s’excusa auprès de Rory et pris congé car il devait rejoindre Finnigan pour son entretien. Il laissa tous ses Pokémon - à l’exception de Zéphyr et Zénith - à Chell, pour que ce dernier ne se sente pas seul. Puis, le cœur plus léger, il se dirigea vers le grand gymnase où l’expert l’avait convoqué. Rencontrer Rory lui avait fait un bien fou. Il avait l’impression qu’ils auraient tous deux une influence positive l’un sur l’autre, durant ce court séjour. En outre, ils allaient pouvoir s’encourager, puisqu’ils ne jouaient pas dans la même catégorie. De ce qu’Alban avait compris en discutant avec Rory, le natif de Johto aurait sa course un jour avant lui, soit le surlendemain au matin. Il n’était cependant arrivé que le matin même au Dôme, puisque ses finances ne lui avaient pas permis de payer des jours supplémentaires d’entraînement, contrairement aux élèves de Lansat. Alban trouvait ce système un peu grossier. En théorie, ils avaient tous les mêmes chances puisqu’ils pouvaient bénéficier des installations pendant les deux jours réglementaires avant leur course respective. Mais dans les faits, les plus fortunés pouvaient payer des sommes astronomiques pour bénéficier jusqu’à une semaine de plus. Et, même si l’expert ne venait dans tous les cas que deux jours avant la course, ceux qui mettaient la main à la bourse auraient l’avantage de mieux connaître la piste de course et d’avoir le temps d’apprivoiser les  salles d’entraînement. M’enfin. Il évita de trop y penser, et poussa les portes du grand gymnase.

Dans un coin de la pièce, Nelson Finnigan avait installé son bureau ; une simple table en bois avec deux chaises. Il fit un sourire à Alban et l’invita à venir s’asseoir en face de lui.

- Bonjour, le salua poliment Alban.
- Salut ! Alors c’est donc toi, le fameux Alban.

Le genre de phrases qui le mettait toujours mal à l’aise. Il ne répondit rien. Finnigan attrapa son dossier et l’ouvrit.

- Alors… Ancien champion de courses aériennes Junior, surtout dans la région de Hoenn. Mais tu as fait pas mal de courses mondiales également. Première place à chaque fois, et ce, depuis tes débuts. C’est vraiment impressionnant. Tu t’es cependant arrêté pendant trois ans, et tu comptes reprendre avec un challenge aussi difficile que les Jeux Pokélympiques ? C’est plutôt ambitieux, j’aime ça. Evidemment… Personne dans le milieu n’ignore ton histoire. J’ai appris par ton enseignante que tu avais fait de la rééducation mais que tu n’avais pas osé revoler depuis. Bien, bien… J’aimerais te cerner un peu mieux. Peux-tu me parler de toi ?
- Heu… Que voulez-vous que je vous dise sur moi ?
- Du genre timide, hein ? Ahaha, ne t’en fais pas, ça se travaille. Bon alors… Dis-moi plutôt qu’est-ce qui t’a motivé à t’inscrire pour les Jeux.

Alban déglutit et pris quelques secondes le temps de la réflexion.

- J… J’avais envie de recommencer à voler. Avant mon accident, c’était ma grande passion. Je me voyais faire une carrière dedans. Et puis je me suis blessé. Je n’ai pas eu le courage de revoler depuis, mais je me disais que m’inscrire aux Jeux me permettrait de passer le pas. D’avoir une pression qui me forcerait à prendre cette décision, au lieu de la repousser sans cesse.
- L’histoire de la carotte et du bâton, hm ? Pas une mauvaise idée, surtout que je pense que tu connais bien ton caractère et que tu sais ce qui te correspond le mieux. D’accord… Autre question, maintenant : qu’attends-tu de moi ?
- Je… suppose qu’après avoir été absent si longtemps du domaine, j’ai besoin d’avoir une vision expérimentée sur le sujet. J’ai besoin de conseils, d’entraînements, et d’expérience. J’ai besoin de tout recommencer depuis le début. Avec une nouvelle monture. Et un nouveau moi.
- Ah oui… En parlant de ta monture. Tu as décidé de concourir avec ton Dracaufeu, c’est ça ? Peux-tu me parler de lui ? Pourquoi ce choix ?

Le châtain hésita, mais il décida que s’il voulait de l’aide de Finnigan, il allait devoir se montrer sincère avec lui. Alors il lui raconta toute l’histoire. Il lui raconta sa relation actuelle avec Zénith. Il lui raconta son impression d’avoir raté quelque chose. Mais également sa volonté de réparer les fondements de leur confiance. Il avait envie de passer cette étape avec Zénith. Envie que cette course les rapproche de nouveau. Envie de lui permettre d’accepter plus facilement sa nouvelle condition de Dracaufeu. C’était important. Pour tous les deux. Au bout de quelques minutes à tout déballer, Alban s’arrêta enfin, légèrement exténué. C’était toujours aussi difficile de mettre des mots sur ce qu’il ressentait, en face d’une personne qu’il ne connaissait pas énormément. Mais comme lors des séances avec le Docteur Ghost, cela lui faisait du bien.

- Je comprends mieux. J’en connais, des cas, un peu comme le tiens. Alors je vais te proposer la chose suivante : nous allons y aller progressivement, avec ton Dracaufeu et toi. Tous les autres jeunes que j’ai reçus avant sont d’accord pour participer au moins à l’entraînement matinal que je dispenserai au cours des deux prochains jours, et je ne doute pas que ceux qui passeront après toi le souhaiteront aussi. L’après-midi sera plus libre, et permettra à chacun de faire ses propres programmes. Mais si tu le veux, je peux te proposer de passer plus de temps avec toi. J’ai bien conscience du fait que tu ais peur de revoler. Alors on peut y aller un pas après l’autre. Si tu sens que tu n’arriveras pas à monter sur ton Dracaufeu et à prendre de la hauteur, alors on va commencer petit. J’ai des harnais et un système que j’utilise dans mon complexe, pour les gens qui débutent. Cela leur permet de voler tout en étant parfaitement sécurisés, pour ne pas avoir peur de tomber. Ça peut être intéressant de commencer par là. Qu’en penses-tu ?

Alban fut impressionné par la vitesse à laquelle Finnigan l’avait cerné. Non seulement il prenait en compte ses doutes et ses craintes, mais en plus il lui proposait un programme sur mesure ? C’était incroyable. C’était ça, un véritable expert. A côté, il faisait bien pâle figure. Normal que tous les autres compétiteurs aient décidé de s’entraîner avec lui, alors qu’ils avaient presque tous refusé de le faire avec Alban.

- Je pense que c’est une bonne idée. Je veux bien tenter l’expérience.
- Super ! Alors je te donne rendez-vous comme à tous les autres demain, à 6h pétantes en salle de musculation. Profite de ta soirée pour te reposer et pour amener ton Pokémon jusqu’à son box, s’il en a besoin. Je m’occuperai de le nourrir si tu ne veux pas le faire toi-même.
- Merci.

Ils se saluèrent et Alban quitta le gymnase. En passant les portes, il se retrouva face à face à Cleith Clinton, le dresseur du Flambusard chromatique. Ce dernier lui fit un sourire.

- Salut ! Tu as fini avec Finnigan ? Je peux rentrer ?
- Salut. Oui, tu peux y aller.

Cleith le remercia et se dirigea d’un pas allègre à l’intérieur du gymnase. Alban le suivit des yeux quelques secondes, avant de refermer la porte. Cleith Clinton, hein ? Pas bien grand. Cheveux bruns. Visage aussi enthousiaste que celui de Khal ou d’Aaron. Pourtant… Il avait l’air de dégager quelque chose de réel. L’intuition d’Alban lui criait de s’en méfier. Ne souhaitant cependant pas risquer de se trouver en présence d’Azalea - qui passait juste après Cleith -, Alban pris la direction des box. Cela faisait un moment qu’il n’avait pas sorti Zénith. C’était l’occasion…

Sortant dans la partie en extérieur du Dôme, le châtain marcha jusqu’aux différents box qui s’alignaient. Par chance, ces derniers étaient assez larges pour respecter l’intimité de chaque monture. Alban salua vaguement les Pokémon qu’il connaissait de ses précédentes expériences, puis ouvrit la porte du dernier box, le plus à l’écart des autres. Là, il fit sortir Zénith qui se matérialisa dans un éclat rougeâtre.

Le Dracaufeu étendit légèrement ses ailes et ses bras pour s’étirer, puis recula de quelques pas. Alban lui tourna le dos, comme d’ordinaire. Il tendit sa main en arrière puis, après avoir reçu l’autorisation de Zénith de se retourner - signalée par un léger coup de museau dans sa paume -, le Voltali s’assit en face de son Pokémon.

- On y est enfin, hein… Demain, les choses sérieuses commenceront, Zen.

Il lui raconta alors le programme qu’ils allaient suivre. Pendant une demi-heure, son Dracaufeu l’écouta sans broncher. Dans ses yeux, on pouvait y lire sa détermination. Ils allaient passer cette étape ensemble.

Un bruissement derrière lui, le fit cependant se retourner. Avec un mélange de surprise et d’exaspération, le châtain reconnut la chevelure et la démarche d’Azalea. Visiblement, cette dernière avait fini son entretien avec Finnigan. Sans y être invitée, elle vint s’asseoir tout près d’Alban.

- Alors c’est avec lui que tu vas participer, hein ? Je ne m’attendais pas vraiment à ça. Mais tu es un garçon plein de surprises, Alban Abernaty.

Le Voltali eut un frisson lorsqu’elle vint poser sa tête sur son épaule, dans un geste affectueux et bien trop maîtrisé pour qu’il paraisse naturel. Il ne sut comment réagir. D’un côté, il avait envie de s’enfuir en courant. De l’autre… Azalea devait savoir qu’il n’était pas intéressé par elle, non ? Si c’était juste un geste d’amitié, il n’avait pas envie de la vexer.

Ce fut alors que quelque chose le percuta de plein fouet. Il renifla légèrement l’air pour s’en assurer, mais c’était la dernière chose à faire. Autour de lui, un très léger parfum fruité flottait. C’était une odeur qu’il lui semblait connaître. Une odeur qui le rendit brusquement plus calme, plus apaisé. Comme si la fragrance était exactement celle qu’il aimait le plus. Il ferma les yeux. Son cœur venait progressivement de se réchauffer, sans qu’il ne puisse l’expliquer. Cette odeur le faisait se sentir bien. Incroyablement bien. Doucement, son rythme cardiaque s’accéléra. Alors, Azalea redressa la tête et planta ses yeux océan dans les siens. Elle mordilla légèrement sa lèvre rose pâle et joua avec ses boucles blondes. Elle posa ses mains sur ses épaules et exerça une pression pour l’allonger dans la paille. Etrangement, Alban se laissa faire. Il était gêné par la situation, mais une inspiration supplémentaire et le parfum de la Kalosienne le rendait paralysé.

Il était à présent dos contre le sol. La jeune fille était au-dessus de lui, ses mains toujours posées sur ses épaules. C’était… dangereux. Plus elle se rapprochait, et plus le cerveau d’Alban semblait incapable de réfléchir. Elle était proche. Très très proche.

Zénith à côté d’eux éternua brusquement, et une volute de fumée noire vint les englober tous les deux. Se redressant maladroitement en toussant, Azalea et Alban se séparèrent. Le châtain jeta un bref coup d’œil à son Dracaufeu, qui lui fit un sourire en coin avant de tourner le museau d’un air nonchalant. Sauvé par Zénith.

Se relevant en restant à distance respectueuse d’Azalea, Alban sauta sur l’occasion pour s’éclipser et se sortir de cette situation délicate. Avec un bredouillement maladroit, le châtain salua la jeune fille puis s’en alla avant qu’elle n’ait eu le temps de retenter une attaque sournoise sur lui. Il ne voyait pas le visage qu’elle faisait à cet instant, mais il avait envie de mettre le plus de distance entre elle et lui. Bon sang… Qu’est-ce qui lui avait pris, de se laisser faire ? Il était pourtant sûr et certain des sentiments qu’il éprouvait, non ? Il savait qu’il n’aimait pas Azalea. Et il savait pertinemment qui est-ce qu’il aimait. Mais…

Il s’arrêta en plein milieu d’un couloir. Doucement, il redressa sa chemise et renifla l’odeur qui s’y était déposée. Le parfum fruité d’Azalea. Il ferma les yeux pour se laisser bercer par le moment. Il le savait maintenant ; il était juste dingue de cette odeur. Mais cela voulait-il dire qu’il commençait à avoir des sentiments pour la blonde ? D’un côté, il est vrai qu’il avait plus ou moins tiré un trait sur Maxine. Qui l’empêchait de laisser son cœur libre à qui parviendrait à le faire battre plus fort ? Il hocha la tête de droite à gauche. Il était juste perdu, c’était tout. Cela ne voulait rien dire. Cela ne voulait rien dire.

Alors, retournant dans la chambre qu’il partageait avec Cory, il enleva sa chemise et la jeta dans le bac de linge sale. Il n’avait pas le temps pour ce genre de stupidités. Il n’avait pas le temps de se laisser entourlouper par ses sentiments. Il avait une course à gagner.

***

Le lendemain aux aurores, Alban se présenta en salle de musculation en même temps que ses neuf autres concurrents. Il fit de son mieux pour ne pas être du côté d’Azalea, et alla plutôt se caler entre Jordan et Viktor, qu’il connaissait bien et qui l’accueillirent aussitôt dans leur cercle. Du coin de l’œil, il voyait que la blonde le scrutait. Il essaya de ne pas y faire attention et se concentra plutôt sur Zénith, qui venait de le rejoindre dans la salle en se déplaçant d’une démarche pataude et maladroite. Alban eut un sourire. C’était la première fois depuis longtemps que son Dracaufeu se retrouvait en présence de gens et de Pokémon qu’il ne connaissait pas. Le Voltali voyait bien qu’il était mal à l’aise. Mais d’un côté, ce serait une première étape à passer pour son acceptation de soi.

Finnigan entra à ce moment-là dans la pièce, une caisse dans ses bras. Derrière lui, un magnifique Dracaufeu chromatique doré aux yeux verts le suivait, se déplaçant avec bien plus d’aisance et de grâce que Zénith. Alban sentit immédiatement l’intérêt de Zénith croître derrière lui. Il lui donna un petit coup sur le museau pour qu’il se concentre de nouveau.

- Salut les jeunes ! Prêts pour 6h d’entraînement matinal avec moi ? Vous inquiétez pas, il y aura une pause toutes les deux heures. J’espère que vous avez bien pris votre petit déjeuner ; c’est le repas du guerrier. Bon ! Je suis content de tous vous voir en forme, en tout cas. Je ne l’ai pas précisé hier mais vous pouvez m’appeler simplement Finn. Coach Finnigan, tout ça tout ça, ça fait beaucoup trop formel. Et ça me fout un sacré coup de vieux, aussi. En tout cas, je vous présente Hegoa, mon Dracaufeu. C’est avec lui que j’ai fait toutes les courses qui m’ont rendu célèbre. C’est aussi mon acolyte de toujours et mon partenaire d’entraînement !

Le Dracaufeu chromatique inclina la tête docilement.

- Sur le papier que je vous fais passer, votre programme de la matinée y est inscris. Comme une séance de coaching muscu normale, je serai en face de vous en train de faire la même chose que vous. Il y a un miroir derrière-moi, donc vous pourrez vous voir et vous assurer que vous faites bien tout comme il faut. Sortez vos montures, prenez cinq mètres d’écart avec votre voisin… et en piste !

Il appuya sur un lecteur radio, et une musique entraînante s’éleva. Alban s’écarta de Jordan et lu le programme dans son entièreté. Ola. Il risquait d’en baver carrément. Mais à côté de Jackie, ce n’était pas grand-chose. Il n’avait juste jamais eu Jackie en entraînement 6h d’affilée… En face de lui, Finn était déjà en train d’enchaîner la première série de pompes. Tout en continuant de parler et de les observer, ce qui relevait du véritable exploit.

- Eeet c’est parti pour une série de cinquante pompes. On descend bien. Bieeeeen, j’ai dit. Meilou, essaye d’avoir le dos un peu trop droit. Ouais voilà, c’est bien, super ! Les Pokémon, on suit la chorégraphie de Hegoa. Ouais, comme ça !

Alban voyait le reflet de Zénith dans le miroir. Ce dernier, en même temps que les autres, suivait les mouvements du Dracaufeu de Finnigan. A savoir des genoux qui se montent, des bras qui s’étirent, des ailes qui se plient et se déplient, des cous qui roulent, des pas de courses sur place… Il semblait encore un peu maladroit mais, au fur et à mesure de l’entraînement, il apprivoisait de plus en plus son corps. Alban, de son côté, poussait sur ses bras pour faire les pompes comme Jackie le lui avait appris.

- Maintenant, on passe sur la série d’abdos. Allez, on y met l’effort et on se relève au maximum. Sentez vos abdos qui se contractent. Bien. Attention à votre cou et on y va !

Cela faisait quelques minutes à peine qu’ils avaient commencé, et le t-shirt d’Alban était déjà trempé de sueur. Après les abdos, ils firent des flexions/extensions, ainsi que de la corde à sauter. Contrairement à beaucoup, le châtain se rendit compte qu’il pouvait plutôt bien gérer cet entraînement-là. Mais il lui restait encore plus de 5h dans les mêmes conditions… Déterminé néanmoins, il suivit le rythme de Finn. Au bout d’une heure d’échauffements intenses en tout genre, ils attachèrent des poids aux ailes de leurs Pokémon et ces derniers durent rester en vol stationnaire pendant une demi-heure, ailes bien tendues, pour se muscler. Pendant ce temps, les cavaliers devaient faire du saut de cheval pour leur permettre d’assouplir leurs bras et leurs jambes, ainsi que d’obtenir la détente nécessaire pour rester sur leur monture. Alban fut impressionné du programme d’entraînement de Finn. C’était vraiment différent du sien. Et tellement plus professionnel. Finn savait comment développer toutes les compétences nécessaires pour un cavalier et pour une monture. En dehors des échauffements, il se focalisait sur un point à améliorer, et le travaillait, le polissait, jusqu’à ce que les résultats commencent à apparaître. Alban était certain que 12h en deux jours seraient trop peu pour qu’il puisse récolter pleinement les bénéfices de cet entraînement, mais… c’était follement enrichissant. Il allait s’inspirer de Finn. S’inspirer de son coaching parfait, pour peaufiner le sien.

Deux heures plus tard, ils prirent leur première pause et Alban se déshydrata en vidant deux bouteilles. Il était parvenu - contrairement à beaucoup - à suivre parfaitement tout l’entraînement de Finn, mais quelque chose lui disait qu’il allait avoir du mal pour la suite. De son côté, Zénith semblait également épuisé. Alban s’approcha pour lui donner un cocktail sur vitaminé à base de baies qu’il faisait lui-même. Le Dracaufeu sembla récupérer un peu d’énergie grâce à cela. Et puis ils repartirent pour la suite. Finn leur fit travailler leurs fessiers à base de mouvements de danse et de gymnastique, visant à les muscler pour qu’ils puissent rester plus facilement sur le dos de leurs montures. Il se focalisa encore une fois sur le fait de muscler les jambes et les mollets, essentiels car ces derniers permettaient de donner, plus facilement que les mains et les bras, les impulsions nécessaires aux changements de direction en plein vol. Il leur fit boxer sur des sacs de sable pour peaufiner leur détente et leur force dans les bras et les poings. Alban sentait qu’il avait le cœur au bord des lèvres. C’était si intense qu’il devait se retenir de vomir. Heureusement, chaque fois qu’il pensait être à sa limite, Finn ralentissait l’entraînement ou leur demandait de prendre du repos, ou simplement de faire de la marche de récupération.

Du côté des Pokémon, Zénith suivait avec assiduité les différentes directives. Il travaillait pour se muscler les ailes, mais également les autres membres. Finnigan avait adapté le programme à chaque type de morphologie en prenant en compte la présence de pattes, d’ailes à plumes ou d’ailes membraneuses, de queues, de plus ou moins long cou… L’entraînement se passait bien. Quand enfin sonna l’heure de midi, cavaliers et montures s’écroulèrent sur un banc en soufflant de soulagement.

- Bien, vous avez été extra, les félicita leur expert. Prenez quelques heures pour vous reposer et récupérer, puis entraînez-vous comme vous le souhaitez. Vous êtes tous restés pendant les 6h aujourd’hui, mais demain, vous pouvez choisir d’en faire autant que vous le voudrez. Voire même de ne pas venir, si vous pensez que vous n’en avez pas besoin. Profitez-en pour aller manger. Merci à tous !

Ils se saluèrent et quittèrent la salle. Avant qu’Alban ne parte néanmoins, Finnigan posa une main sur son épaule.

- Alban. Rendez-vous dans deux heures, ça te va ? Ou tu veux plus de temps pour récupérer.
- Dans deux heures c’est parfait. Je vais juste manger, prendre une douche et souffler un peu. Ça devrait aller.
- Super, mon garçon. De toute façon on commencera doucement. Ce sera beaucoup moins physique que ce matin. Plus psychologique, par contre…

Alban hocha la tête puis pris congé. Il retourna dans sa chambre, résista à l’envie de s’écrouler sur son lit, puis pris une douche froide. Zénith était retourné dans son box, où il irait sûrement faire une sieste après avoir mangé quelques croquettes. Puis, après s’être changé, Alban se dirigea vers le réfectoire en compagnie de Rory et de Chell. Là-bas, ils remplirent leurs plateaux et s’assirent à l’écart des autres. Azalea, déjà assise avec deux autres filles, lui lança un regard mais n’osa pas venir le rejoindre. Tant mieux. C’était le but.

- Alors, l’entraînement s’est bien passé ? lui demanda Rory en mangeant son coleslaw.
- C’était super intense. Mais c’était enrichissant. Et toi, Rory ?
- Plutôt bien, oui. Les entraînements sont adaptés à nos handicaps, donc c’est pas trop dur non plus. Cet après-midi j’irai voler avec Sweetpea. C’est demain ma course, après tout…
- Ah oui. Je suis désolé de ne pas pouvoir venir te voir. Mais Chell ira, lui, non ?
- Oui !

Rory éclata de rire.

- Mes parents seront là également. Chell, tu pourras rester avec eux, si tu veux. Ils seront sans doute en mesure de te voir, donc tu ne te sentiras pas seul.
- Mais Rory… Tu n’as pas trop… peur ?

Alban posa sa fourchette pour écouter la réponse de son colocataire. Le jeune garçon réfléchit quelques instants, avant de hausser les épaules d’un air désinvolte.

- Ça fait toujours peur. Les compétitions Paralympiques ne sont pas toujours égales. Chacun a un handicap différent. Chacun à un niveau plus ou moins grave. Je sais que le mien est plutôt dérangeant, quand on fait des courses aériennes. Mais je vais continuer de me battre. Parce que je veux gagner. Parce que je veux montrer que même avec une jambe en moins, il faut toujours s’accrocher. Alors toi aussi accroche-toi Alban, ok ?

Il hocha la tête lentement, ne sachant que dire d’autre. Voir Rory lutter contre son handicap… ça le motivait. Mais d’un autre côté, ça le faisait se sentir minable. Car ce petit garçon. Cette si frêle chose… était tellement déterminée à se battre malgré tout, qu’il se sentait stupide. Lui qui n’avait eu qu’une blessure au genou, déjà résorbée depuis. Pourquoi avait-il mis autant de temps à récupérer, psychologiquement parlant ? Pourquoi n’avait-il pas eu la même envie de se battre que Rory ?

L’âme en peine, il se sépara de Rory et Chell pour retourner voir Finn. Cette fois-ci, leur entraînement se déroulerait dans le grand gymnase que Finn avait réservé pour lui, pour l’occasion. De toute façon, tous les autres allaient vouloir s’entraîner en extérieur. Les gymnases, ce n’était pas l’installation rêvée pour un coureur du ciel. Quand il le vit, le sourire de Finn s’effaça.

- Oh. Ça n’a pas l’air d’être la grande forme… je me trompe ? Tu as quelque chose sur le cœur, Alban ?
- Non rien, tout va bien…

Le coach le regarda d’un air suspicieux.

- En fait si. J’ai dans ma chambre un garçon qui participe aux courses paralympiques. J’ai l’impression de me revoir dans ce garçon. Les mêmes rêves. Les mêmes aléas de la vie. Mais contrairement à moi, lui, n’a jamais arrêté. Malgré son handicap bien plus lourd que celui que j’avais, il a continué. Ça me fait me sentir… je sais pas… minable… faible… lâche… Tout ça à la fois. J’ai l’impression que je me suis apitoyé sur mon sort, alors que d’autres sont dans des cas bien pires que le mien. Mais ils sont plus courageux. Bien plus que je ne le serai jamais.

Il baissa la tête, honteux de ce qu’il venait d’avouer. Au lieu de le sermonner néanmoins, Finn posa une main sur son épaule.

- Et alors ? Le simple fait que tu le comprennes et l’avoue prouve que tu ES courageux. Ne reste pas figé dans le passé, Alban. Il ne faut pas que cette personne te fasse te sentir minable. Au contraire… Tu dois t’en inspirer. Tu dois grandir, toi aussi. Il y aura toujours des personnes dans des cas pires que le tien. Il y en a dans des cas pires que celui de ton ami. Mais est-ce pour cela que personne ne doit rien dire, rien ressentir ? Il faut t’en servir pour grandir, mon garçon.

Alban regarda Finnigan avec admiration. Cet homme… Il comprenait tellement bien. Il parlait tellement bien. C’était ce genre de personne, qu’il voulait devenir. Il voulait être comme Rory. Il voulait être comme Finn. Il voulait s’inspirer de ces gens, et faire comme eux. L’éclat dans ses yeux sembla changer. L’expert lui sourit avec gentillesse.

- Bien. Maintenant que tu te sens mieux, allons-y.

Il expliqua à Alban ce qu’ils allaient faire cet après-midi. Dans la salle rectangulaire, un système de poulies et de câbles avait été installé en hauteur. Alban serait rattaché à un harnais de sécurité, et il grimperait dans cette configuration sur le dos de Zénith. Ils voleraient ensuite autour de la pièce, à trois mètres de hauteur pour commencer, puis augmenteraient progressivement l’altitude. Le but pour Alban étant d’apprendre à vaincre ses craintes. Celui pour Zénith était de s’habituer à la présence d’un cavalier sur son dos.

Enthousiasmé par cette perspective qui lui permettait de reprendre doucement le vol, Alban s’attacha solidement avec l’aide de Finn. Puis, posant une main sur le cou de Zénith, il le regarda.

- Je pense qu’on y est, mon grand. Tu es prêt ?

Le Dracaufeu grogna, et ploya les pattes pour être à la hauteur d’Alban. Avec aisance, le Pokéathlète enjamba le corps de Zénith pour aller s’assoir juste derrière son cou et ses ailes. Pour l’instant… ce n’était pas trop effrayant. Pas forcément aussi confortable que sur le dos de Cirrus, mais il se sentait plutôt apaisé. Bien qu’excité, évidemment.

- Ok. Maintenant, Zénith, tu vas te relever doucement. Accroche-toi bien, Alban, comme si tu n’avais pas de harnais. Mais ne t’inquiète pas, tu ne tomberas pas dans tous les cas.

Alban hocha la tête et il donna un léger coup avec son pied sur le flanc de Zénith. Le Dracaufeu se leva d’un coup, et le châtain s’accrocha comme si sa vie en dépendait. Wow wow wow. Même ça, ça lui faisait peur. Essayant de se calmer, il prit une grande inspiration avant de demander à Zénith de s’élever.

Et là, ce fut le drame. Il se crispa autour de Zénith, tirant sur les brides du Dracaufeu par pur réflexe. Zénith se mit à grogner de mécontentement et il se cabra sous le coup de la douleur. Alban manqua de tomber en arrière et se rattrapa à ce qu’il put - à savoir un bout d’aile de Zénith -. Dans la confusion, il glissa du dos de sa monture et ses pieds se balancèrent dans le vide. Zénith pris son envol et commença à foncer droit devant lui, Alban toujours raccroché à lui, hurlant comme un possédé.

- Lâche-le Alban, lâche-le ! lui hurla Finn.

Prenant son courage à deux mains, Alban lâcha l’aile de Zénith. Il se sentit tomber mais, aussitôt, le harnais vint le stabiliser dans les airs. Avec un peu trop de violence qui lui déchira les aisselles. De son côté, Zénith eut du mal à freiner et alla s’écraser contre un mur du gymnase. La catastrophe.

- Alban, ça va ?!!!

Finn se précipita vers lui et, avec l’aide de son propre Dracaufeu, il l’aida à redescendre. Alban était complètement tremblant. Le visage blanc, il se laissa tomber au sol, le front perlé de sueur.

- Ecoute. Pour un premier test, ce n’était pas aussi mauvais que tu le penses. Tu as réussi à me faire confiance et à lâcher ta monture. Tu dois être rassuré sur le fait que le harnais te retenait bien et que tu n’allais pas tomber, non ?

Alban ne répondit pas. Il avait la bouche sèche et pâteuse. Certes, cette fois-ci, le harnais l’avait retenu. Mais que ferait-il si une telle chose se passait lors de la véritable course ? Ferait-il une chute qui lui serait mortelle ? Finn s’assit à côté de lui, tandis que Hegoa allait chercher Zénith pour le remettre sur pattes.

- Tu te sens capable de recommencer, ou as-tu besoin de plus de temps ?

Alban regarda sa montre par réflexe. Il lui restait une journée et demie avant le jour fatidique. Il n’avait pas la possibilité de « prendre son temps ». Se forçant à être brave, il se redressa sur ses jambes tremblantes.

- Non. On recommence.

***

La séance d’après-midi avait été plutôt compliquée. Après une dizaine d’essais, Alban était enfin parvenu à faire un tour de piste complet sur le dos de Zénith. Ce dernier semblait également s’améliorer dans son vol, qui était beaucoup moins brouillon, beaucoup plus précis. Mais à ce rythme, Alban ne savait pas s’il serait capable de voler lors de la course. Sans filet de sécurité. Sans harnais. Il avait l’impression de tout redécouvrir. Il se sentait crispé sur le dos de Zénith, ce qui ne lui était jamais arrivé avant. Il avait perdu sa faculté à voler sur le dos d’un Pokémon comme s’il y était né. Il n’avait plus cet instinct qui le guidait dans chacune de ses décisions. Il était devenu pire que lambda. Il était un novice complet.

Dépité par la façon dont tout ça s’était passé, il avait raccompagné Zénith jusqu’à son box. Le seul point positif dans cette histoire, était que son Dracaufeu n’avait plus peur de le blesser. Leur relation semblait être redevenue plus amicale. Avançant le museau pour venir réclamer une caresse, Zen ronronna avec puissance. Ce n’était pas comme ça qu’il avait imaginé tout ça. Mais dans les faits, ce n’était pas du côté de son Dracaufeu que tout ça coinçait.

C’était de sa faute. Et uniquement de sa faute.

- Ça va, mon grand… Je t’assure… Je suis juste un peu… fatigué, dit-il à Zénith face à ses grognements d’inquiétude.

Pourtant, au fond, il n’allait pas bien. Il n’allait vraiment pas bien. Il passait par les montagnes russes de l’émotion. Il voulait y parvenir. Il voulait se lancer. Puis tout redescendaIt et il sentait qu’il n’était toujours pas prêt. Malgré l’aide de Finnigan. Malgré les efforts de Zénith. Malgré l’admiration qu’il avait pour Rory. Malgré les encouragements de Chell… Il était nul. Juste nul.

Se dirigeant machinalement vers sa chambre, il l’ouvrit lentement. Chell déboula aussitôt devant lui.

- ALBA-aaaannn…

Il s’arrêta en voyant l’expression sur son visage. Derrière lui, assis sur son lit, Rory attendait le verdict de sa première séance de vol.

- Alors, comment ça s’est passé ? lui demanda-t-il avec un grand sourire, qui s’effaça aussitôt lorsqu’il capta le regard d’Alban.

Ce dernier pris une grande inspiration.

- Pas vraiment bien. Ecoute, Rory… Je pense qu’au final… Je n’en suis pas encore capable… Alors je vais simplement demander à me retirer de la course. J’ai besoin d’un peu plus de temps. Je croyais que j’y arriverai, mais je fais encore un blocage psychologique et-…

Il s’interrompit lorsqu’il vit l’expression de Rory. Ce dernier se leva d’un bond.

- Non, non, non et non. Tu ne peux PAS dire ça Alban. Pas à moi. Pas juste avant MA course.

Il se rua vers Alban et, de toute la force de ses petits bras, le poussa vers l’arrière. Alban recula à peine d’un pas, mais il sentit que la situation dégénérait.

- J’ai toujours été un grand fan de toi, Alban ! Tu étais… tu étais inspirant pour tous les jeunes comme moi. Tu as prouvé qu’on pouvait devenir une étoile même en étant aussi jeune. J’ai toujours voulu te rencontrer. Je me suis dit que ce serait super, lorsque j’arriverai à te parler. Mais toi, toi… tu n’as plus rien du grand champion que tu étais. Tu es juste devenu un lâche, un nul ! Un type qui abandonne. Où sont tes belles paroles ? Celles que tu disais aux journalistes pour inspirer des dizaines d’enfants comme moi ?! Celles qui disaient qu’il ne faut jamais abandonner, qu’il faut toujours s’accrocher, car les efforts payent tôt ou tard. Qu’il n’y avait pas de talent sans travail. Hein ? Il est où, cet Alban-là ?! Devant moi, je n’ai qu’un… qu’un… T’es qu’un LÂCHE ! Je te DETESTE ! Si tout ce à quoi je me raccrochais grâce à toi n’était en fait que du vent. Si tout ce que j’ai fait jusqu’à maintenant était basé sur tes mensonges. Alors à quoi ça sers que moi je CONTINUE ?!

Sans lui laisser le temps de réagir, Rory ouvrit la porte à la volée et s’enfuit aussi vite qu’il le pouvait à travers le couloir. Alban ne sut que faire, à cet instant. Il se sentait mal. Mal de ces vérités blessantes que Rory venait de lui hurler. Mal d’avoir blessé ce petit bonhomme qu’il appréciait temps. Mal d’avoir peut-être gâché sa course du lendemain… Il… Il gâchait toujours tout. Toujours tout.

Donnant un grand coup de pied dans la porte, Alban hurla de rage. Ce n’était pas la première fois que ça lui arrivait. Mais il ne voulait pas penser à la dernière fois. Il ne fallait pas qu’il pense à Max. Pas quand il était, dans cet état là…

Une main se posa sur sa joue, et il redressa la tête. Même s’il n’était pas capable de pleurer, ses yeux décrivaient toute sa douleur. Chell, devant lui, le regarda avec un sourire triste.

- Rory a raison, Alban. Il ne faut pas que tu abandonnes. Il faut que tu y arrives. Parce qu’au fond… C’est ça que tu aimes, non ? C’est ça que tu veux faire, pas vrai ? De quoi… as-tu peur ?

De quoi avait-il peur ? Les mots firent tilt dans sa tête. Il se figea. Au fond… De quoi avait-il peur ? De beaucoup de choses, c’était certain. Mais quel était le plus gros blocage qu’il avait fait, jusqu’à maintenant ? Au-delà de la peur de tomber. Au-delà de la peur de se blesser à nouveau.

La peur d’être mauvais.

Mais il l’avait dit lui-même. Le talent n’existait qu’avec le travail. Il était redevenu mauvais et novice, et alors ? Avec du travail… Il pouvait rattraper ça. Il ne partait pas vraiment de zéro. Il avait des compétences, un don. Quelque chose qu’il avait refoulé depuis bien trop longtemps. Il avait mis un verrou sur certaines zones de son cœur. S’il arrivait à les lever… Qu’arriverait-il à faire ? Que parviendrait-il à faire si son corps redevenait aussi libre qu’il l’avait été ? Si… S’il se faisait confiance ?

Il ne réfléchit pas une seconde de plus. Rory était probablement sorti quelque part dans le dôme, et Alban serait incapable de le retrouver sans aide. Il prit son courage à deux mains et dévala les escaliers pour se diriger jusqu’au box de Zénith.

Il réveilla son Dracaufeu d’un coup de coude.

- Hey mon grand. J’ai besoin de ton aide.

Il attrapa les brides et les passa autour du museau de Zénith. Puis, il grimpa avec souplesse sur son dos.

- Ok. C’est parti.

(suite au prochain post)


Dernière édition par Alban Abernaty le Dim 25 Déc - 18:44, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Mission] La terre se nourrit d'empreintes [Terminé]   Mar 22 Nov - 21:01




La terre se nourrit d'empreintes
RP Solo

Il donna un léger coup de pied sur le flanc de sa monture. Aussitôt, Zénith déploya ses ailes et prit son envol. La sensation était extraordinaire. C’était comme si, d’un seul coup, c’était tous ses doutes qu’il avait laissés au sol. Il sentit son cœur bondir, comme à chaque fois qu’il s’envolait. Il n’avait plus peur. Il n’était plus crispé. Il était redevenu Alban, le champion de courses aériennes.

Alors, il se pencha légèrement sur le dos de Zénith. Le Dracaufeu poussa un rugissement, puis il prit de la vitesse. Peu à peu, ils grimpèrent tous les deux dans le ciel d’un noir d’encre. Alban avait envie de hurler sa joie. Sans ses blocages stupides, sans cette retenue qu’il avait… il se sentait libre. Il se sentait bon. Il sentait qu’il pouvait redevenir le champion qu’il voulait être.

Avec une aisance et une souplesse qui lui était caractéristique, Alban négocia un virage et demanda à Zénith de faire le tour des gradins. Avec sa queue de flamme, ils parviendraient à éclairer assez le stade pour retrouver Rory. Il le fallait. Il le fallait. Alban ne voulait pas que Rory rate cette course. Plus que n’importe qui, le petit garçon méritait de gagner. Il prit un peu plus d’altitude. Entre ses mains expertes, Zénith pouvait devenir une véritable monture de champion. Il était encore un peu hésitant. Il manquait encore d’entraînement. Mais Alban parvenait à le guider assez bien. Ce n’était pas la monture qui faisait le grand coureur. Et ce n’était pas le cavalier qui faisait le grand champion. C’était… Cette confiance qu’ils pouvaient avoir l’un envers l’autre. Cet attachement. Cette envie de voler ensemble. Et là, dirigé par le cavalier, la monture ne pouvait que devenir excellente.

Il se pencha légèrement pour amorcer une descente en piqué. Alban savait que sa priorité était de retrouver Rory, mais il ne put s’empêcher de faire quelques figures aériennes. Le bonheur d’avoir retrouvé ses anciennes sensations était trop fort. Il ne s’était jamais senti aussi bien dans sa vie. Alors, tandis qu’il survolait un second terrain d’entraînement, Alban vit une petite silhouette recroquevillée derrière une rangée de gradin. Tirant sur les brides, il fit descendre Zénith jusqu’à Rory, et se posa à côté. Le Dracaufeu atterrit un peu maladroitement, mais Alban parvint à en descendre. Il courut vers Rory, qui ne bougea pas. Le visage du garçon était éclairé par les flammes de Zénith. Dans son regard, Alban y lu ce qu’il aurait préféré ne pas comprendre. La déception. On était déçu de lui. Rory était déçu de lui.

- Rory, je…

Il déglutit. C’était difficile. Il allait devoir trouver les bons mots… Les mots justes…

- Je suis désolé. Je suis un lâche. Je suis un nul. Je suis tout ça à la fois. Je me suis perdu. Depuis mon accident, je n’ai pas cessé de m’embourber dans cette spirale infernale. Tu m’as… tes mots m’ont ouvert les yeux. J’ai compris… J’ai compris ce que j’avais oublié. Tu m’as rappelé tout ce que j’aimais dans les courses aériennes. Je ne baisserai plus les bras. Alors s’il te plaît, Rory…

Il le prit dans ses bras et posa sa tête contre l’épaule du garçon.

- Ne me déteste pas…

Il sentit une larme sur sa joue, mais ce n’était pas la sienne. Il tourna la tête et vit que Rory pleurait, en fixant un point dans le ciel étoilé.

- C’était beau, Alban. Je t’ai vu voler. J’ai toujours su que j’aimais te voir voler, mais je pense que j’avais un peu oublié ce que pouvait procurer ton vol. C’est… majestueux.

Une nouvelle larme roula sur sa joue. Cette fois-ci néanmoins, il n’aurait su dire si c’était celle de Rory ou la sienne.

- Tu as un don, Alban. Tu n’es pas comme nous tous. Tu es un véritable oiseau. Tu es né pour ça. Alors s’il-te-plaît, ne dis plus jamais que tu veux abandonner. Il faut des gens comme toi, pour nous faire rêver. Car s’il n’y a plus d’étoiles… Le ciel ne serait plus aussi beau que ce soir-là, tu ne crois pas ?

Alban hocha la tête en silence et pris de nouveau Rory dans ses bras. Il ne sut combien de temps ils étaient restés là, à pleurer. Pour autant, Alban savait que son ami avait une course le lendemain. Alors, une fois qu’il se fut endormi, il le porta et retourna dans la chambre qu’ils partageaient. Il le posa dans son lit, et s’assit sur le sien. Cette soirée avait été riche en rebondissements. Mais il avait l’impression qu’il s’était réellement passé quelque chose, ce soir-là…

Dans la demi-obscurité de la nuit, la silhouette fantomatique de Chell s’avança vers lui. Le petit garçonnet lui fit un sourire et vint s’asseoir calmement en face de lui, sur le tapis.

- Je crois que j’ai vu Zénith passer devant la fenêtre… Tu as réussi à voler ?

Alban acquiesça.

- C’était la meilleure façon de rattraper Rory. Bravo, Alban. Maintenant… Comment te sens-tu ?
- Aha. Je ne saurai te dire. Mal. Mais bien en même temps. Je suppose que c’est un peu le bordel dans ma tête, comme toujours.

Chell eut un sourire doux.

- Je suppose qu’on s’en approche, alors.
- Hm ? De quoi ?
- Nan nan, de rien. On va dormir ?
- … Oui, je suis crevé. Allons-y.

Il fit un rapide tour dans la salle de bain pour se changer et faire sa toilette. Puis, sortant enfin, il alla s’allonger sur son lit après avoir demandé à Chell s’il voulait dormir maintenant ou plus tard.

- Je reste encore un peu regarder les étoiles, et après j’arrive, ok ? Ne m’attend pas.

Trop fatigué pour contester, Alban se roula dans sa couverture et s’endormit aussitôt. Après l’avoir regardé quelques instants, Chell se dirigea à petits pas vers la fenêtre et posa sa main minuscule sur le verre froid. Sa silhouette clignota, et devint encore plus transparente qu’avant.

- On s’en approche… répéta-t-il à voix basse.

***

Le lendemain était un grand jour, pour Alban comme pour Rory. Le jeune garçon devait disputer sa course dans l’après-midi, ce qui lui laissait pas mal de temps pour se préparer. Après s’être longuement excusés l’un envers l’autre, les deux garçons se souhaitèrent bonne chance pour cette nouvelle journée qui commençait. Puis ils se séparèrent, en se promettant de faire de leur mieux. La plume cristallisée de Callie dans la poche, Alban se dirigea vers la salle de musculation. Là-bas, Finn l’attendait déjà, une grosse caisse entre les bras.

- Comment vas-tu, Alban ? Tu te sens un peu plus prêt qu’hier ?

Le châtain offrit un sourire à son coach, qui parut un peu décontenancé.

- On ne peut mieux.

Finn éclata de rire, puis les autres participants les rejoignirent. Contrairement à la veille, ils étaient beaucoup moins nombreux. Seule la moitié avait décidé de venir s’entraîner avec Finn. Ce qui ne dérangeait pas Alban. En outre, Azalea ne s’était pas montrée aujourd’hui. Au moins pourrait-il s’entraîner sans avoir d’autres distractions.

Comme la veille, l’entraînement de l’enfer commença. Ils enchaînèrent des échauffements et des exercices, tous plus intenses les uns que les autres. Ayant plus de temps pour s’occuper de chacun maintenant qu’ils étaient moins nombreux, Finn pouvait les aider et les encourager. Il posa même un index sur le ventre d’Alban tandis que ce dernier faisait ses abdos, en beuglant un truc qui ressemblait à « Ca ! Ca deviendra du chocolat très bientôt ! Pour l’instant c’est fondu, mais c’est du béton une fois contracté. On lâche rien ! On lâche rien ! ». Abdos. Pompes. Flexions/extensions. Gymnastique. Danse. Step. Body pump. Finnigan semblait complètement motivé à faire d’eux des champions. Pendant ce temps, les Pokémon en bavaient tout autant, derrière. Ils devaient suivre les chorégraphies toujours plus élaborées du Dracaufeu chromatique, qui se montrait sans pitié. Alban vit Zénith grogner quand il dû ouvrir et fermer les ailes plus d’une centaine de fois d’affilée. Pour autant, il ne parvenait pas à être totalement compatissant puisque le vent qui se créait grâce à une demi-douzaine de Pokémon Vol dans cette configuration était loin d’être désagréable. Ils continuèrent ainsi. Pendant encore de longues heures. Jusqu’à ce qu’enfin…

- Pause midi ! Vous avez tous été au top. J’ai hâte de voir ce que tout ça va donner, demain.

S’ils ne mourraient pas tous des effets de leurs courbatures, pensa Alban. Mais, plus positif qu’il ne l’avait été la veille, il quitta la pièce pour aller manger. Dans le réfectoire, il ne vit pas Rory, qui devait sûrement être en train de se préparer pour sa grande course. Ne voyant pas Chell également, il décida d’aller manger avec Jordan et Viktor. Encore une fois, il évita Azalea, qui lui jeta un regard lourd de reproches.

- Elle te lance un regard de tueuse, Azalea, lui souffla Jordan.

Viktor éclata de rire.

- Problème de couple ?
- Ne dis pas de bêtise.
- En tout cas, elle a l’air d’avoir un faible pour les médaillés d’or. Regarde comment elle parle à Cleith, maintenant.

Alban se retourna et vit qu’Azalea était en grande discussion avec le brun. Il ne savait pas si c’était pour le rendre jaloux ou quoi, mais il vit que la main de la jeune fille était posée nonchalamment sur le bras de Cleith. Ce n’était cependant pas ça qui l’intéressait.

- Il est médaillé d’or ?
- Oooh, tu savais pas ? Quoique, c’est vrai que tu viens juste de revenir. Il a commencé il y a à peine six mois, et c’est déjà devenu la coqueluche. L’étoile montante, le petit prodige du vol, tout ça tout ça. Il n’a disputé que deux courses officielles, mais il a fait forte impression à chaque fois. C’est un peu le mec à abattre, si tu vois ce que je veux dire.

Il savait bien qu’il n’aurait pas dû, mais une légère bouffée de jalousie gonfla dans sa poitrine. Tous ces titres… avaient été les siens, fut une époque.

- En tout cas, moi je l’ai vu voler, et je peux te dire qu’il est excellent. On va avoir du fil à retordre. Même toi, Alban. D’ailleurs, ton genou ne te fait pas trop mal ?
- Pas vraiment. Mais je reprends tout juste les courses, alors j’ai encore un peu de difficultés.
- Ça doit pas être facile pour toi. En tout cas rétablis toi vite et bien, et fais de ton mieux. Franchement, ce serait pas marrant de te battre si tu n’étais pas au top. J’attends de voir ce qui va se passer demain. J’ai hâte d’y être !

Jordan lui donna une tape dans le dos, et Alban hocha la tête avec neutralité. Du coin de l’œil néanmoins, il continuait de surveiller Cleith. Cleith Clinton… Etait-il si bon que ça ? Il l’observa. Il avait l’air si banal quand on le regardait. Mais il sentait quelque chose de fort, en lui. Comme une tempête qui approche. Il avait l’air d’être bon.

Plus bon que lui ?

Alban se leva et s’excusa auprès de ses deux adversaires. Il alla poser son plateau puis se dirigea à pas rapides vers le gymnase. Il n’allait pas se faire distancer. Il n’allait pas se laisser dépasser par quelqu’un qui avait commencé les courses il y a à peine six mois. Il fallait qu’il redouble d’efforts. Encore et encore.

- Tiens, tu es déjà là ? s’étonna Finn quand il le vit arriver.

Alban hocha la tête et se débarrassa de son sac de sport. Zénith, à ses côtés, se mit aussitôt en position pour être chevauché. Alban posa sa main sur le dos de son Dracaufeu.

- Pas de harnais ? lui demanda l’expert.
- Pas besoin, répondit Alban.

Puis, d’un bond, il sauta sur le dos de Zénith et décolla.

La séance se passa merveilleusement bien. Finnigan, impressionné qu’en un soir à peine il soit parvenu à vaincre ses peurs, l’aida en lui lançant des petits cerceaux qu’il devait attraper. Alban, en pilote automatique, fit jouer son corps entier pour que Zénith prenne tous les virages qu’il souhaitait. Ils prirent des trajectoires en épingles, plongèrent, montèrent en chandelle. Leur combinaison avait l’air de bien marcher. Alban se sentait bien. Il se sentait serein. Il se sentait confiant.

Demain, ce ne serait pas pareil que s’entraîner dans ce petit gymnase. Il y aurait la foule. Il y aurait les obstacles. Il y aurait les autres. Réussirait-il ? Zénith parviendrait-il à soutenir la pression ? Alban n’en savait rien. Mais c’était ça aussi, la magie du sport ; de ne pas savoir. Tout pouvait arriver. Tout allait arriver. Mais il allait devoir provoquer sa chance.

Il devait être aux alentours de 20h, lorsqu’Alban arrêta de s’entraîner avec Finn. Assis au sol, haletant, le châtain bu une longue gorgée d’un mélange de baies maison. Zénith, à ses côtés, semblait épuisé. Mais ils avaient livré une excellente séance. Ils se sentaient prêts pour le lendemain. Alors ils prirent congé. Alban laissa Zénith retourner à son box, puis traîna des pieds jusqu’à réfectoire. Il mangea à peine, ce soir-là. Il ne se sentait pas capable de manger. Car il savait que le lendemain matin, à 9h tapantes, ils devraient se trouver sur la ligne de départ. Il y était. Enfin. Ce serait son grand moment. Son grand retour.

Retournant dans sa chambre, il ouvrit doucement la porte. La course de Rory devait être finie depuis quelques heures, déjà. Ils étaient tombés d’accord sur le fait que Rory ne lui enverrait pas de message. Et qu’Alban ne tenterait pas de se renseigner sur le résultat avant qu’ils se voient en vrai. La porte pivota doucement sur ses gonds. Sur le lit, comme d’habitude, Rory était installé. Une médaille dans les mains.

Mais ce n’était pas celle de couleur dorée.

- Alban…

Le petit garçon se leva et marcha doucement vers lui. Automatiquement, Alban le prit dans ses bras pour le rassurer. Rory avait les yeux rougis. Son sourire habituel avait disparu. Ses joues étaient humides et sentaient le sel. Alban n’avait pas besoin d’en savoir plus pour comprendre. Alors ils restèrent là. Rory éclata en sanglot entre ses bras, lui racontant tout de sa course. Il avait décroché la troisième place. Il n’avait pas pu avoir plus. Il n’avait pas pu voler plus vite.

- Tu es un champion, Rory. Tu es mon champion.

Alban lui ébouriffa les cheveux. Doucement, il attrapa la médaille de Rory et noua le cordon autour de son cou.

- Qu’est-ce que mon fan numéro 1 tirerait comme conclusions de cette course ?
- Je…
- Qu’est-ce qu’il dirait, après avoir vécu ça comme une défaite ?
- Alban…
- N’abandonne pas, Rory. Jamais.

Le garçon le regarda, et, finalement, un sourire se dessina sur ses lèvres.

- Ouais… T’as raison… Je… C’est pas si mal. Je ferai mieux la prochaine fois. Et puis bon… C’est pas encore fini, hein ?

Alban sentit que Chell venait de rejoindre leur cercle.

- Demain, ce sera ta course ! Et papa et maman m’ont dit que je pourrai rester pour voir. Ce sera génial. Tu as intérêt à faire de ton mieux Alban. Hein, pas vrai Alban ?!

Le Voltali hocha la tête de haut en bas. Puis, après s’être assuré que Rory allait mieux, il le laissa quitter la chambre pour appeler ses parents. Dans un bruissement d’ailes, Zéphyr et Barber vinrent se poser sur ses épaules. Ses autres Pokémon formèrent un cercle autour de lui.

- Désolé, je n’ai pas pris beaucoup de temps pour m’occuper de vous, ces derniers jours… Mais je sais que vous comprenez. Et demain, vous serez tous là à me regarder, pas vrai ?

Zéphyr et Barber roucoulèrent sur son épaule. Mistral lâcha une note mélodieuse qui emplit la chambrée et lui redonna une ambiance sereine. Auster cligna des yeux et se frotta contre ses jambes. Aura eu un petit éclat de rire avant de partir jouer. Hélios lui tourna ostensiblement le dos, même si Alban pouvait voir qu’il s’était préparé un costume spécial encouragement avec le chiffre 8 peint en doré dessus. Ether n’eut aucune réaction. Enfin, Alban leva la tête et croisa le regard de Chell. Etrangement calme depuis la veille, le petit fantôme lui fit un énorme sourire. Alban prit dans ses bras l’esprit frappeur. Il n’avait peut-être pas Aaron. Ni Nolan. Ni Calliope. Ni Marie. Ni Audrey. Ni même Maxine… Mais au moins, il avait Chell. Et dans ce moment-là, c’était peut-être de lui dont il avait le plus besoin.

Après avoir déposé un baiser sur le front du gamin, Alban alla s’enfermer dans la salle de bain pour sa toilette du soir. Dans la chambrée presque vide, Chell s’approcha une nouvelle fois de la fenêtre et regarda le ciel étoilé.

- Bientôt… murmura-t-il.

Les rideaux se fermèrent sur cette dernière journée avant le moment fatidique. Le dernier acte allait se jouer… très prochainement.

(suite au prochain post)


Dernière édition par Alban Abernaty le Dim 25 Déc - 18:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Mission] La terre se nourrit d'empreintes [Terminé]   Mar 22 Nov - 21:02




La terre se nourrit d'empreintes
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Derrière le mur du corridor, la rumeur de la foule était telle une légère brise marine. Trouble au départ, elle gagnait en intensité et se répercutait comme un écho le long des gradins. L’audience était extatique ; les billets de pari circulaient entre les mains, tandis que les jeunes filles faisaient rouler leurs hanches et leurs épaules pour séduire les beaux marins en uniforme rayé. L’humeur était à la fête, et la clameur des spectateurs rappelait le clapotis de l’écume de mer sur le rivage. Une subtile odeur de viande grillée et de pop-corn au caramel se mêlait doucement à celle des parfums des dames. Les hommes étaient ivres des fragrances de victuailles et du charme de ces belles.

Tout était comme dans ses souvenirs. Tout était exactement pareil. L’excitation qu’il sentait de l’autre côté du mur. Sa propre excitation quant à la course qui allait bientôt commencer. A ses côtés néanmoins, ce n’était pas Cirrus qui se tenait là, droit et fier. Mais Zénith, son Dracaufeu. Ce serait une nouvelle histoire. Une nouvelle aventure. Une nouvelle course. Alban prit une grande inspiration pour tenter de se calmer. Il avait l’impression de revivre sa toute première course aérienne. Celle où il s’était réfugié derrière la stature de Cirrus pour souffler et essayer de garder son calme. Celle où il avait eu le plus de doutes ; le plus de craintes. Mais tout s’était effacé lorsqu’il avait pris son envol. Qu’il avait été acclamé par la foule. Qu’il avait fait la course avec d’autres enfants comme lui. Aujourd’hui, il allait signer son grand retour. Le retour d’Alban Abernaty.

Doucement, il sortit de sa poche la plume cristallisée que Calliope lui avait offerte. Il sourit en caressant l’objet. C’était drôle à quel point, même à plusieurs kilomètres de là, sa précieuse Doc semblait le soutenir. C’était elle qui lui avait proposé de s’occuper de sa rééducation pour qu’il puisse revoler. Elle qui lui avait donné ce porte-bonheur. Elle qui lui avait confié Zénith, lorsqu’il n’était encore qu’un Reptincel. Plus que n’importe lequel de ses amis de Lansat, Calliope l’avait encouragé dans cette voie-là. Aujourd’hui, il espérait qu’elle le regarderait, à la télévision. Il espérait qu’elle le soutiendrait, comme elle l’avait toujours fait.

Il ferma les yeux. Son iPok éteint était dans les vestiaires, avec ses autres effets personnels. Il n’avait pas besoin de plus. Prenant une nouvelle inspiration, il agita ses mains pour détendre ses membres, bien trop engourdis. Il leva les bras. 1… 2… 3… Il sentait le vent qui venait caresser ses poignets nus. Il sentait que le vent lui était favorable. Il n’avait pas perdu sa sensibilité aux infimes changements du ciel. Esquissant un sourire, il sortit ses mitaines en cuir et les enfila. Sa tenue de vol était très traditionnelle ; une combinaison noire très près du corps, des bottines marrons, des mitaines, un foulard, et ses lunettes de vol. Il avait également conservé sa montre, qui pouvait lui donner de précieuses indications dans certaines situations. Inspire. Expire. Tu étais prêt Alban. Pourquoi t’en faire ?

A ses côtés, Zénith grogna et s’ébroua. Sur son dos, la selle en cuir avec les étriers était solidement fixée. Alban s’était lui-même assuré que tout serait parfait. Ce serait stupide de perdre du temps parce qu’il avait mal attaché quelque chose. Caressant doucement le cou de son Dracaufeu, Alban plongea son regard dans le sien. Ils avaient réussi à recréer quelque chose, tous les deux. A force d’acharnement, ils étaient parvenus à se faire confiance l’un l’autre. Ce n’était plus une relation conflictuelle, qu’ils avaient. C’était une symbiose.

Et ils allaient passer une nouvelle grande étape.

Alban tourna la tête, résolu. Au premier coup de sifflet, il attrapa les brides de Zénith et grimpa sur son dos. Inspire. Expire. C’était ton moment, Alban. Votre moment.

Sans faire attention à ce que faisaient les autres, Alban donna un léger coup dans le flanc de Zénith. Aussitôt, les ailes oranges et bleues se déployèrent de part et d’autre du dragon. Un cri perçant sortit de la gorge du Dracaufeu, et il courut sur quelques mètres avant de prendre son envol. Aussitôt, Alban sentit une vague d’excitation le submerger.

Ils y étaient. Ils étaient enfin là. Dans le ciel qu’il aimait tant, Alban sentit que son cœur subissait la même ascension que le reste de son corps. Il se sentit libre. Il se sentit chez lui. Il se sentit bien, tout simplement. Le ciel bleu l’engloba entièrement, et Alban hurla sa joie. Zénith fit une vrille et, comme si quelqu’un avait remis le son brusquement, les cris des spectateurs autour de lui explosèrent. Alban et Zénith firent un tour des gradins à vitesse de pointe, puis enchaînèrent quelques figures. La vitesse était grisante. Pour un peu, Alban se serait enfuit pour ne plus jamais avoir à atterrir. Mais il fallait qu’ils disputent cette course. Ils vinrent se poser sur la ligne de départ. A côté de lui, Alban voyait ses autres concurrents. Il voyait Azalea, à sa droite, qui fixait le terrain avec détermination. Il voyait Jordan, sur son Lakmécygne, en train de saluer le public. Puis il voyait Cleith, également… Cleith qui semblait battre la mesure des vents de la même façon que lui. Cleith qui semblait radieux… comme s’ils étaient beaucoup mieux dans le ciel que sur la terre.

Zénith grogna pour qu’il se reconcentre. Rajustant ses lunettes de vol, Alban se tint prêt pour le départ. D’ici quelques minutes, le coup d’envoi allait être lancé. Il fallait qu’il montre de quoi il était capable. De quoi leur équipe était capable. Dans son esprit, il fit le vide. Il oublia les sourires de Chell et Rory, le matin même, qui étaient venus l’encourager. Il oublia Finn et ses derniers conseils pour la course. Il oublia le reste de son équipe de Pokémon, qui avait tout fait pour qu’il se sente serein. Il ferma les yeux et oublia tout. Il n’y avait plus que la course qui comptait. Plus que lui. Zénith. Et le terrain devant eux.

Un coup de sifflet strident s’éleva. Aussitôt, les ailes de Zénith se déployèrent et Alban agita les brides pour qu’ils décollent. Il sentit le vent souffler dans ses cheveux. L’adrénaline affluer en lui. L’excitation faire fourmiller ses bras. Il se fit plus sérieux. Encore plus déterminé qu’il ne l’avait jamais été.

Zénith fila en ligne droite, en même temps que les autres montures. Alban analysa rapidement le terrain. Un ovale de plusieurs kilomètres de long. Un terrain qui n’était pas marin comme à Nénucrique, mais plutôt du genre montagneux et verdoyant. Un terrain artificiel, certes, mais qui comportait le même genre de complexité indomptable qu’une véritable chaîne de montagnes. Ok. Il le sentait aux souffles de vent sur sa peau. Il fallait qu’il aille dans cette direction.

Il plongea et perdit de l’altitude. Le premier obstacle, de grandes montagnes de roches, se dressaient devant lui. Alors que certains étaient en train de grimper le plus possible pour passer au-dessus, Alban décida au contraire de rester près du sol. Il contracta sa jambe droite pour donner une impulsion à Zénith et le faire changer de direction. Ils virèrent aussitôt à droite, et Alban sentit le souffle que les ailes du Dracaufeu déplaçaient sur le reste de son corps. Droite. Gauche. Plonge. Encore à droite. Grâce à ses directives, Zénith pouvait passer au travers des quelques galeries creusées dans la montagne artificielle. Alban n’avait pas la meilleure vue du monde. Mais il savait où se trouvaient les ouvertures. Il le sentait, grâce aux faibles courants qui s’en échappaient. Il les voyait aussi clairement que si ces itinéraires brillaient.

Il continua à passer les obstacles avec facilité, tandis que les applaudissements éclataient autour de lui. Il avait pris momentanément la tête du peloton, même si certains le talonnaient de près. Il fit une vrille pour éviter un dernier pic de montagne, avant de sortir définitivement de la première zone d’obstacle. Du coup de l’œil, il vit que Cleith n’était vraiment pas loin et qu’il avait, tout comme lui, décidé de passer par les galeries. Alban donna un coup sur les flancs de Zénith pour que ce dernier accélère.

La seconde zone d’obstacles se dessinait déjà en face de lui. Une forêt. Des grands arbres bien plus hauts que des pins, dont le couvert projetait des ombres menaçantes. Cette fois-ci, allaient-ils passer par en haut ou par en bas ? Alban ne perdit pas de temps. Se penchant sur le dos de Zénith pour prendre plus de vitesse, il s’engouffra dans la forêt sombre.

- Zen. Rebondifeu.

Un jet de flamme vint creuser un passage de trois mètres de diamètre autour d’eux. Alban pris ce chemin, s’assurant que la queue de flamme de Zénith dissuaderait les autres participants de le suivre. Sur sa droite, il vit que Cleith employait la même tactique avec son Flambusard. Les autres quant à eux, se contentaient de slalomer entre les troncs pour ceux qui n’avaient pas décidé de passer par le haut. Un cri se fit néanmoins entendre derrière eux, et Alban se retourna juste à temps pour voir Meilou et sa monture empêtrées dans des lianes qui avaient jaillit de nulle part. Sans nul doute que des Pokémon Plante étaient cachés dans les ombres, attendant qu’on passe assez près d’eux pour libérer leurs pièges sournois. Alban pesta.

- Brouillard.

De la fumée noire et épaisse sortit de la gueule de Zénith. Ils s’enveloppèrent dans une sorte de cocon protecteur opaque qui les dissimulerait aux yeux des autres. Participants comme Pokémon gêneurs du terrain. Ne voyant presque plus rien cependant, Alban se servit de son instinct pour éviter les arbres. Il avait compris que ces derniers étaient plantés de façon régulière et que le cycle se répétait tous les six arbres. Un à trois pas sur la droite, le second légèrement plus à gauche, le troisième en face, le quatrième à droite, le cinquième en face et le sixième à gauche. Même sans sa vision, il parvint à sortir de la forêt et Zénith et lui émergèrent de leur nuage de brouillard.

Cleith avait cependant pris la première place, et Alban se pencha un peu plus sur Zen pour prendre de la vitesse. Il savait que Zénith était capable de garder le même rythme le temps de la course. Mais s’ils accéléraient trop, ils prenaient le risque de perdre en contrôle. Et Zénith n’était pas encore assez expérimenté pour être capable de faire tout ce qu’Alban voudrait. Il en était bien conscient… Alors il allait le prendre en compte.

Ils arrivèrent à la troisième zone d’obstacles. Alban ne la vit qu’au moment où celle-ci se déclencha sur le passage de Cleith. Un geyser puissant s’éleva dans les airs, forçant Cleith à changer brusquement de trajectoire pour l’éviter. De l’eau brûlante. Voilà qui ne ferait pas forcément du bien à Zénith. Regardant les plaques au sol, Alban vit que ces dernières étaient presque invisibles. Impossible de savoir où les geysers se cachaient, surtout à cette distance. Une zone d’obstacles qui avait le numéro de difficulté maximal. Il prit la décision de prendre un peu d’altitude. S’il ne pouvait pas les anticiper, il resterait assez haut pour être certain d’avoir le temps de les voir arriver. Cette zone-là lui fit perdre plus de temps que les autres. Les imprévisibles geysers pouvaient surgir de n’importe où, et à n’importe quel moment, ce qui forçait Alban à faire des changements de direction en épingle. Beaucoup d’autres participants se firent toucher par les geysers, à cette étape-là. S’en sortant relativement bien par rapport aux autres, Alban grogna quand il sortit de la zone et remarqua que Cleith était encore en tête. Jordan, ayant une monture capable de sentir l’eau et de l’anticiper, avait par ailleurs réussi à les rattraper. Juste derrière, Azalea venait de sortir de la zone avec Sylphe. Serré. Trop serré.

Alban changea la position de ses mains sur les brides. Zénith plaqua ses ailes près de son corps pour avoir une forme encore plus aérodynamique et prendre encore plus de vitesse. Les redéployant lorsqu’ils arrivèrent à la dernière zone d’obstacles, un mur de flammes, ils prirent un peu plus de hauteur pour ne pas qu’Alban se retrouve brûlé. Dans les autres participants, seuls Azalea et Cleith risquaient de ne pas trop craindre les flammes. Ce fut d’ailleurs le trio Azalea/Cleith/Alban qui émergea en premier du mur de flamme, talonnés par Jordan qui avait pu se frayer un chemin à coups d’attaques aquatiques.

Les quatre cavaliers franchirent une première fois la ligne d’arrivée. Alban serra ses doigts autour des brides. Encore un tour, et la course s’achèverait. Il avait un tour pour reprendre la première place et dépasser Cleith. Et il allait jouer sur les deux premières zones qu’il maîtrisait mieux pour prendre l’ascendant.

Donnant un léger coup sur le flanc de Zénith, Alban repassa par le chemin qu’il avait emprunté à l’allée. Doué pour retenir des itinéraires de course comme s’ils s’agissaient de carte en 3D, Alban passa par exactement le même chemin, en optimisant leurs déplacements pour gagner du temps. La première fois, et même si les hésitations avaient été peu nombreuses, Alban n’avait pas forcément choisi l’itinéraire le moins chronophage. A présent qu’il savait clairement comment étaient organisées les galeries, il pouvait grappiller des millièmes de secondes en demandant à Zen de tourner plus tôt à droite ou de plonger d’une telle façon. Cleith semblait cependant avoir le même genre de technique, et Alban parvint à peine à rattraper l’écart entre eux. Il pesta. Il n’avait pas envie d’être plus mauvais que ce garçon. Vraiment pas. Alors, il caressa le cou de Zénith pour le motiver à aller plus vite.

- Plus qu’un tour, mon grand. Accroche-toi, donne tout ce que tu as !

Ils prirent un peu plus de vitesse et parvinrent à la zone forestière. Alban ne s’embarrassa pas, cette fois-ci. Sachant que derrière lui, les autres étaient plus loin que lors du premier tour, il en profita pour demander à Zénith d’utiliser des attaques Feu plus puissantes pour creuser un plus gros passage. Ça allait forcément aider ses opposants à passer plus facilement l’obstacle, mais le châtain estimait que vue son avance, cela serait négligeable. La Lance-Flamme creusa un chemin devant eux. Les ailes de Zénith s’illuminèrent pour que sa Cru-Aile puisse trancher les derniers troncs. Les Pokémon Plante n’eurent même pas l’occasion d’essayer de les ralentir. Ils passèrent en force et en ligne droite. L’écart se réduisait. A présent, il pouvait presque toucher du bout des doigts son adversaire. Il aurait pu l’attaquer, d’ailleurs, puisque les règles l’autorisaient. Mais Alban ne voulait pas jouer de cette façon. Pas après ce qu’il avait vécu. S’il devait gagner, ce serait uniquement en comptant sur ses aptitudes. Et pas en utilisant des méthodes retorses et des coups bas.

Ils accélérèrent. Le vent soufflait contre leur direction, et Alban demanda à Zénith de plier légèrement ses ailes pour ne pas que l’effet voile les ralentisse. Ils arrivaient à présent dans la zone des geysers. Cette fois-ci, Alban avait retenu où ceux qui s’étaient déclenchés sur son passage se situaient. Comptant sur sa mémoire, il guida Zénith pour que ce dernier puisse slalomer entre les différentes zones sans les activer. Ils esquivèrent deux geysers qui s’activèrent, contre dix lors de leur précédent passage. Le châtain garda son objectif clair. Il sentait venir la ligne d’arrivée. Elle était proche, beaucoup trop proche. Il n’avait pas de temps à perdre dans une forêt de geysers. Et pour être pleinement satisfait, il fallait qu’il réussisse à dépasser Cleith. Il fut néanmoins surpris lorsque des Bulles d’O s’élevèrent tout autour de lui. Il en toucha une, qui éclata aussitôt avec un bruit de pétard. Zénith grogna. Mauvais… S’ils continuaient comme ça, le Dracaufeu risquait d’être ralenti. Jouer le tout pour le tout…

- Zénith. Canicule.

Alban se protégea dans son foulard et écarta les jambes pour que ces dernières ne soient pas en contact direct avec le corps de son Dracaufeu. De son côté, le type Feu se nimba d’une aura rouge et l’air autour de lui commença à se troubler, comme ce genre de mirage qu’on peut parfois voir sur les routes, les jours d’été. La canicule augmenta la température autour d’eux. Les bulles éclatèrent sous l’effet de la vague de chaleur, et Alban tira la langue pour essayer de réguler sa propre température corporelle. Bordel, c’était si chaud ! Mais au moins ne risquaient-ils plus rien avec ces bulles de savon.

Remontant en chandelle pour franchir la zone des colonnes de flammes, Alban se plaqua contre Zénith, redevenu froid, pour ne pas être atteint par la chaleur. C’était un peu compliqué de retourner dans cette zone là alors qu’il venait juste de crever de chaleur, mais il n’avait pas le choix. Il le guida avec ses jambes uniquement, mais sentait bien que ces dernières commençaient à devenir lourdes et raides. Il avait trop forcé. Malgré l’entraînement dispensé par Finnigan, il n’avait pas encore la condition physique nécessaire pour mener une course au même niveau d’excellence qu’avant. Tant pis. Il était proche du but. Il fallait qu’il résiste. Un jet de flamme fusa dans leur direction et Zénith l’évita au dernier moment en faisant une vrille.

Ils sortirent de la zone des flammes, et Alban sentit son cœur s’arrêter de battre quand il vit que Cleith était à plusieurs mètres devant lui. Il se pencha encore sur Zénith. Il plaqua ses jambes contre les flancs du Dracaufeu pour gagner en aérodynamisme. Il tira un peu plus sur les brides pour rattraper son rival. Zénith battit des ailes frénétiquement. Ils volèrent aussi vite qu’ils le purent. La ligne d’arrivée était là. Elle était juste là…

Un rayon de soleil vint croiser leurs routes et Alban ferma légèrement l’œil. Il sentit qu’ils venaient de dépasser la ligne d’arrivée, et il tourna aussitôt la tête vers le panneau de score, tandis que Zénith freinait progressivement pour ne pas s’écraser sur les gradins, emportés par son élan. Sa photo s’afficha sur le podium. Celle de Cleith aussi.

Deuxième place.

Alban se sentit pâlir lorsqu’il vit que le visage de Cleith était en plus gros, juste au-dessus de sa tête, et en face du chiffre 1 en lettres lumineuses. Il était deuxième. Presqu’aussitôt, la photo de Jordan le rejoignit sur le podium, à la troisième place. Azalea était quatrième. Viktor cinquième. Alban entendit les hurlements enthousiastes de la foule. Les gens qui scandaient le nom du grand champion. Mais certains qui criaient également le sien.

Dans les gradins, il vit en tâche floue Rory et Chell sauter de joie. Mais il n’avait pas la première place. Pas la première place…

Zénith atterrit sur la pelouse, juste derrière le Flambusard de Cleith. Le grand gagnant était déjà descendu de sa monture, et il faisait de grands gestes aux spectateurs. Le commentateur était en train de répéter que tout ça était incroyable. Cleith était le médaillé d’or de la catégorie courses aériennes Junior des Jeux Pokélympiques. Cleith était le grand champion.

Un sourire se dessina sur les lèvres d’Alban. Malgré tout ça, il se sentait heureux de ce qu’il venait de faire. Il se jeta dans les bras de Zénith pour le remercier. Il sautait de joie. Il était de retour. Il était de retour.

Et il avait trouvé un nouveau rival. Un rival qui le motiverait à devenir encore meilleur.

Se dirigeant vers Cleith, il lui tendit la main. Le brun parut surpris de son geste mais, tout sourire, il la saisit. Les deux adversaires se saluaient sportivement. Alban le félicita pour sa victoire. Et l’heure qui suivit se déroula comme dans un rêve.

Alban monta sur le podium, à la deuxième place, avec Zénith derrière lui. Il aida Cleith à se hisser sur la marche la plus haute, et le garçon montra sa médaille d’or rutilantes à tout le monde. La défaite avait un goût doux-amer. Mais il avait pu signer son grand retour grâce à cette course. Bientôt, il serait pleinement de retour. Avec un entraînement adéquat. Avec encore plus de hargne et de rage. Et ce jour-là, Alban savait qu’il ne laisserait plus Cleith Clinton lui passer devant.

***

La foule s’était progressivement calmée, même si l’euphorie n’était pas retombée pour autant. Après avoir reçu les félicitations des autres candidats, Alban alla s’isoler dans les vestiaires où Finnigan l’attendait. L’expert avait un grand sourire.

- Eh bien, c’était quelque chose. Pour ta première course de retour, je peux te dire que c’était vraiment bien !

Alban inclina la tête respectueusement. Zénith en fit de même.

- Je ne saurais vous remercier assez. C’est grâce à vous que j’ai pu réussir cet exploit. Sans tout le temps que vous m’avez accordé, je n’en serais probablement pas là… Je me sens juste un peu désolé d’avoir accaparé tout votre temps, au détriment des autres.
- Ahaha, allons. Je ne fais pas de favoritisme, Alban. En tant qu’expert, je n’en ai pas le droit. Mais tu es le seul des dix candidats à avoir demandé des séances d’entraînement supplémentaires l’après-midi, avec moi. Tous les autres ont refusé car ils voulaient mener l’entraînement comme ils le souhaitaient, sans avoir recours à mon aide.
- Je… ne savais pas.
- Maintenant tu sais. Enfin bon. A présent que la course est terminée, je ne suis plus l’expert. Je suis juste Finn, le mec qui aime recruter de nouveaux talents pour son complexe sportif, et qui aime les entraîner pour qu’ils deviennent de vrais champions. Et ce mec que je suis a décelé ton vrai potentiel, Alban. Tu es déjà excellent dans ce que tu fais. Tu l’étais avec Cirrus, et, même s’il te manque quelques ajustements avec Zénith, tu continues d’être bon. Néanmoins, tu as toujours une marge de progression, et c’est normal. Alors je voulais te proposer… Accepterais-tu de rejoindre mon établissement ? Je pourrai t’entraîner à être encore meilleur que tu ne l’es déjà. J’ai entraîné un Dracaufeu comme monture, également. Je sais ce que ça fait. Je pourrai t’aider. Tu n’as qu’à me le dire, si tu souhaites me rejoindre à Kanto. Une place t’est déjà réservée.

Alban ne sut que dire. D’un côté, c’était une opportunité extraordinaire. De l’autre… Il aimait Lansat. Il aimait ce qu’il faisait à l’académie. Il n’avait pas envie de laisser ces gens-là derrière…

- Je… Je ne sais pas trop…
- Je te laisse le temps de réfléchir, évidemment. Que tu me répondes aujourd’hui ou d’ici quelques mois, cela n’a aucune importance. Mais pose-toi la question. Que veux-tu devenir ? Si ta réponse est  « champion de courses aériennes », alors je peux te garantir que tu seras mieux avec moi que dans ton école généraliste. Pose-toi la question également… Que veut Zénith ?

Alban se retourna vers Zénith. Il n’y avait pas réfléchi avant, mais qu’est-ce que Zénith avait pensé de la course ? Avait-il apprécié autant que lui ? La réponse était claire dans ses yeux. Zénith avait aimé. Zénith sentait qu’il avait envie de faire ça, et uniquement ça. Zénith avait trouvé sa véritable vocation, aujourd’hui. Celle qui allait lui permettre d’utiliser sa puissance à bon escient. Celle qui allait lui permettre de briller face à un public, ce qu’il aimait tant. Et Zénith avait envie de partir s’entraîner avec Finn. C’était limpide.

- Je… Je ne pense pas que je vais accepter. Il faut que j’y réfléchisse encore, mais j’ai trop de choses à faire sur Lansat. Trop de projets. Trop… besoin de faire le point sur ce que je veux vraiment faire. Sur ce que je veux vraiment être.

Finnigan parut un peu déçu.

- Je comprends. Mais ça n’a pas l’air d’être le cas de Zénith.

Alban se tourna vers son Dracaufeu. Ce dernier regarda avec admiration la monture de Finn. Il voulait être comme lui. Il voulait avoir la même grâce, la même aisance. Et il ne voulait pas perdre de temps à retourner sur Lansat. Le cœur d’Alban se serra. Il connaissait, ce regard-là. C’était le même que celui de Pampero… La même situation. Le même déchirement…

La lèvre tremblante, il s’approcha de Zénith. Posant une main sur son museau, il le caressa doucement, les yeux douloureux.

- Je… Je sais que je ne suis pas le meilleur des dresseurs. Alors si tu veux… Si tu veux… Je peux te laisser partir t’entraîner avec Finn. Tu seras toujours à moi, évidemment. Tu seras toujours mon Zénith. Mais si tu veux t’en aller pour un temps, alors je ne m’y opposerai pas. Du moment que… Du moment que tu reviens vers moi, un jour.

Une larme brilla au coin des yeux de Zénith. Il s’avança pour qu’Alban le prenne dans ses bras. Ronronnant avec puissance, il frotta son museau contre la joue et l’épaule de son dresseur. Ce n’était pas un adieu. C’était un au revoir. Un simple au revoir. Et une promesse de se retrouver, un jour, quelque part.

Alors, sortant la Pokéball de Zénith, il la tendit à Finn. Ils échangèrent leurs coordonnées, et le coach lui promit de lui donner des nouvelles souvent. Il lui assura également qu’il aurait toujours une place pour lui, dans son centre, s’il changeait d’avis. N’importe quand.

Alban regarda la silhouette de Finn et des deux Dracaufeu disparaître au loin. Un peu vide d’énergie, il agita la main jusqu’à ce que Zénith ne fut plus du tout visible. Ça faisait mal. Ça faisait désespérément mal. Mais ce n’était qu’un au revoir. Qu’un au revoir.

L’âme en peine, il gravit les escaliers qui menaient jusqu’à un balcon qu’il appréciait bien. Il ne savait pas quoi faire. Il ne savait pas comment agir. Comment prendre ce soudain départ. Il était perdu… La médaille d’argent semblait bien dérisoire, autour de son cou. Il soupira… Puis releva la tête lorsqu’il vit que Chell était juste en face de lui.

- Ça ne va pas, Alban ?
- Je… C’est Zénith… Il est parti avec Finn… Je pense qu’il a vraiment beaucoup aimé les courses. Et qu’il voulait ce que je ne pouvais pas lui apporter, sur Lansat. Alors on se sépare. Pour une certaine période. On verra quand et comment est-ce qu’on se retrouvera.
- Je vois.

Chell avait une expression étrange qui ne lui était pas habituelle. Comme une sorte de sourire, incroyablement triste. Alban le regarda. Sûrement que le départ de Zen l’affectait également.

- C’est étrange, comme tous les Pokémon sont différents. J’aurais pourtant juré que tous voudraient rester pour toujours avec toi. Tu sais, tu es vraiment un bon dresseur. Tu prends soin de nous, tu es patient et attentif. Tu as une aura qui suscite l’adhésion. Tu as tes rêves, et tes moments de faiblesses. Ça nous donne envie de prendre soin de toi. Mais ça nous donne également envie que tu prennes soin de nous.

Il soupira, et Alban haussa un sourcil.

- « Nous » ? Comment ça, « nous » ?

Mais Chell avait encore des choses à dire.

- Je suis content que tu aies pu disputer une course aérienne. Tu sais, je ne te l’ai jamais dit, mais c’est un peu pour ça que je suis revenu. Même si en te voyant aussi heureux avec un autre Pokémon, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir un petit pincement au cœur.
- Je… je ne comprends pas. Chell, qu’est-ce que tu racontes ?

Le petit esprit s’approcha de lui pour poser ses mains sur ses épaules.

- J’aurais aimé que ce soit moi avec toi, Alban. Moi et pas Zénith. Mais ce n’était pas possible. Je suis triste. Mais je suis heureux à la fois, tu sais ? Je voulais revoir ce sourire sur ton visage. Je voulais te voir sentir le vent dans tes cheveux. Comme les toutes premières fois. Comme quand on était encore ensembles, tous les deux.
- … Chell… ?
- J’ai vraiment apprécié ces quelques mois passés avec toi. C’était presque comme avant. Presque comme quand on était à Cimetronelle, tous les deux. Je me suis amusé… Réellement… J’ai été heureux de rencontrer tes amis. Heureux de rencontrer tes nouveaux Pokémon. Heureux de constater que malgré tout ce bonheur, tu ne m’avais jamais oublié. Jamais remplacé. Que j’avais toujours une place spéciale dans ton cœur.
- Je… Je ne comprends rien.

Une larme roula sur la joue de Chell, et le petit esprit frappeur se pencha pour prendre Alban dans ses bras.

- Merci, Alban. Merci d’être toi. Merci de ne pas avoir changé. Merci de ne pas m’avoir oublié. Tu es le meilleur dresseur qu’un Pokémon puisse rêver d’avoir. Tu es le meilleur. Et je t’apprécie tellement fort… Tellement fort.

Il écarquilla les yeux et vit une plume s’échapper du corps de Chell. Une. Puis deux. Puis trois. Puis le corps de Chell qui commençait à devenir de plus en plus transparent. Puis sa silhouette qui se transformait. En transparence, il reconnut l’ombre de quelqu’un qu’il connaissait bien. Sa gorge se serra.

- N… non… Ce n’est pas possible.

Chell lui sourit. Il se fondait à présent presque avec le ciel, derrière lui.

- Ma mission est accomplie. Maintenant, je peux partir en paix. Je… Je suis heureux d’avoir pu te revoir, Alban. Ne m’oublie jamais. Mais n’oublie jamais d’avancer, promets-le moi. Je continuerai de te regarder, d’en haut. Toujours. Toujours.

Il commençait à s’évaporer. Alban eut un hoquet et, rampant vers Chell, il essaya de le retenir dans ses bras. Mais c’était sans espoir.

- Ch… Chell… Arrête c’est… pas drôle… Qu’est-ce que tu… Qu’est-ce que tu fais… Chell… N… Non…

Des larmes coulaient sur ses joues. Sa voix était comme transformée. Il n’arrivait même plus à articuler correctement.

- Je t’aime, petit homme.

Cette fois-ci, ce n’était plus la voix de Chell. Mais une voix plus grave, plus mature. Les larmes d’Alban redoublèrent d’intensité. Il comprenait. Il comprenait maintenant. Qui était Chell. Qu’est-ce qu’il était venu faire ici. Quelle avait été sa Mission.

- C… Cirr… Cirrus… !

Il se leva en essayant de capturer la silhouette évanescente entre ses doigts. Il vit un sourire, avant que l’image ne s’évapore à jamais.

Chell était Cirrus. Chell était son premier Pokémon. La représentation spectrale de ce Roucarnage avec qui il avait tant partagé. Son meilleur ami. Son premier ami. Celui de qui il avait brusquement été séparé, lors de son accident de course. Il était revenu. Pour lui. Il avait pris l’apparence d’Alban lorsqu’ils s’étaient rencontrés. Lorsqu’Alban avait encore tous ces rêves qu’il avait fini par refouler pour ne plus être blessé. Cirrus avait un message à lui faire passer. Pour qu’il se relève. Pour qu’il reprenne les courses aériennes. Il était revenu, juste pour lui.

- Ne t’en va pas ! Pas… Pas encore une fois ! Ne me laisse pas, Cirrus ! Bordel, Cirrus ! C’est pas drôle. Reviens, reviens, reviens ! Cirrus, par pitié. Cirrus… Cirrus…

Il s’effondra sur le balcon, le corps secoué de spasmes. Cirrus ne reviendrait pas. Chell ne reviendrait pas. C’était si douloureux de le perdre. Une seconde fois. Si douloureux qu’ils aient dû se faire leurs adieux de cette façon. Si brusquement. Encore une fois.

Alban pleurait. Il pleurait à s’en faire fondre les yeux. C’était comme si une partie de lui s’était envolée à jamais. Cirrus ne reviendrait pas. Chell ne reviendrait plus. Toutes ces années passées. Tous ces mois passés. Tous ces petits bonheurs éphémères dont il n’avait pas su profiter pleinement. L’histoire s’était achevée. La page s’était tournée.

Mais certaines pages étaient plus dures à tourner que d’autres.

***

Le soleil filtrait doucement à travers ses fenêtres. Les yeux rouges et légèrement gonflés, Alban se retourna sur son lit. Son lit. Désespérément vide. Chell n’était plus là. Chell était parti loin de lui. Encore une fois. Essayant de ne pas se laisser ronger par sa détresse, le châtain se releva et alla s’habiller. Rory était parti dormir à l’hôtel avec ses parents, la veille. Ils avaient prévu de se revoir brièvement avant que chacun retourne prendre le ferry. Le garçonnet de 11 ans avait récupéré Alban en miettes, après le départ de Chell. Il était parvenu à le ramener jusqu’à sa chambre aux prix de gros efforts, où le Voltali avait fini par s’écrouler. Puis il lui avait promis de revenir lui dire au revoir. C’était à peu près la seule consolation à laquelle il se raccrochait.

Il avait également croisé le Général Jackie, juste avant de retrouver Rory. Sans pitié pour son état, elle lui avait clairement fait sentir qu’il aurait intérêt à faire mieux la prochaine fois. Mais elle n’avait rien ajouté de plus et ne l’avait pas insulté non plus. Ce qui signifiait que d’un côté, elle était « à peu près » satisfaite de ce qu’il était parvenu à faire. Ou qu’elle le ménageait, même si cette pensée lui paraissait bizarre. M’enfin… Jackie allait devoir rester avec les autres élèves qui n’étaient pas encore passés, et Alban allait donc se retrouver à prendre le ferry seul. Ce qui n’était pas plus mal, dans un sens ; il n’avait pas besoin de questions gênantes. Ni de la présence de Jackie.

Il soupira. Il devait être aux alentours de 11h. Avait-il réellement dormi autant que ça ? Il se sentait nauséeux, comme s’il sortait d’une grippe. Il se força à faire sa toilette et à s’habiller. A peu près présentable, il entendit quelques coups frappés à la porte. Rory devait sûrement être là pour lui faire ses aux-revoir… Encore un moment qui allait être difficile, pour lui.

Alban se leva et alla ouvrir la porte.

- Salut, Ror-…

Ce n’était cependant pas Rory qu’il y avait de l’autre côté. Mais Azalea.

La blonde lui adressa un sourire timide, et Alban constata que c’était la première fois qu’il ne la voyait pas dans ses habits de sport. A la mode de Kalos, elle portait une petite robe rouge et noire très courte, ainsi que des bottines qui lui affinaient la silhouette. Elle se pencha en avant.

- Alban… Je vais pas tarder à m’en aller alors… tu permets que je vienne te parler un petit peu ?

Ce n’était probablement pas une bonne idée. Mais dans l’état dans lequel il était, Alban se disait qu’il n’aurait pas la force de le lui refuser. Ouvrant plus grand sa porte, il autorisa Azalea à entrer dans sa chambre, et l’invita à s’asseoir sur le lit, soit, le seul endroit où on pouvait s’installer. La jeune fille observa la pièce avec curiosité, puis vint se poser sur les couvertures. Alban fit de même.

- Ça… ne va pas bien, Alban ? lui demanda-t-elle en voyant ses yeux rouges.

Pour une fois, c’était une inquiétude pure qu’il décelait dans sa voix. Il hocha la tête de gauche à droite.

- Pas trop… J’ai… perdu un ami hier, on va dire. Ce n’est pas la grande forme. Mais ça ira.

Azalea pinça des lèvres, puis elle s’approcha de lui. Une main se posa doucement sur la sienne.

- Je suis désolée. Ce n’est probablement pas le moment pour te parler de ça, alors, mais je ne sais pas quand j’aurai l’occasion de te revoir. Alors… je me lance…

Alban ne savait pas trop de quoi elle voulait lui parler. Depuis le départ de Chell, il avait tout fait comme s’il pilotait son corps à distance. De façon lente et amorphe. Il inspira doucement et sentit cet effluve de fruit qu’il aimait tant. Son cœur s’emballa automatiquement. Dangereux. Très dangereux.

- Ecoute, je… Je sais que tu t’en fiches probablement, que je ne t’intéresse pas ou quoi que ce soit mais… j’ai envie d’être avec toi. Pas comme juste des amis ou des rivaux. Mais comme… autre chose, je sais pas. Je voulais pas… je voulais pas te laisser repartir comme la dernière fois. Pas sans avoir tenté encore une fois quelque chose. Je me doute bien qu’il y a une fille qui te plaît, à Lansat. Sûrement une fille bien plus mignonne et intéressante que moi mais…

Elle amorça un mouvement et mit une de ses jambes sur celles d’Alban. Elle le força à la regarder dans les yeux. Son parfum emplissait totalement l’air, à présent. Le châtain ne savait plus quoi penser. Son cerveau semblait arrêté dans le temps, comme si on venait de faire pause. Il n’avait pas la tête à penser à ce genre de chose. Il aurait dû la repousser maintenant, avant que ça n’aille trop loin.

Mais ce parfum l’empêchait tellement de penser.

- … si elle ne s’est toujours pas intéressée à toi, alors elle ne te mérite pas. S’il-te-plaît, donne-moi une chance. Juste… une toute petite. Ferme les yeux. Essaye… et tu verras si tu ne ressens absolument rien pour moi.

Il ne sut pas ce qui lui prit à ce moment. Mais il décida de fermer les yeux. Alors, Azalea se pencha vers lui et l’embrassa. Cette fois cependant, ce ne fut pas comme la dernière. Pas juste un smack de gosses. Un véritable baiser.

Sous le poids de la Kalosienne, Alban se laissa tomber dos contre le lit. Il essaya de faire ce qu’elle lui avait demandé. De s’assurer qu’il ne ressentait rien pour elle. Il se dégagea pour reprendre son souffle, et le parfum de fruit vint une nouvelle fois chatouiller ses narines. Alors il cessa de réfléchir. Il se pencha pour aller embrasser Azalea. C’était plutôt agréable, comme sensation. Il sentait son cœur s’emballer totalement. Son corps se tendre, comme s’il avait toujours attendu ça.

Avec douceur, il bascula Azalea sur le côté pour être au-dessus d’elle. Il l’embrassa à nouveau, toujours les yeux fermés. C’était ça qu’il voulait. Ça qu’il attendait. Il passa une main dans ses cheveux coupés courts. Il imagina leur douceur, leur couleur. Rose… Rose… Entre ses bras, il avait Maxine. Sur ses lèvres, c’était celles de la jeune Givrali. Il réalisa brusquement. Ce parfum… Ce parfum de Romant-sous-bois… Comment avait-il pu être assez stupide pour ne pas faire le rapprochement ?

Il se dégagea brutalement d’Azalea. La jeune fille rouvrit les yeux sans comprendre puis se redressa, pour venir cueillir une nouvelle fois ses lèvres. Mais il la repoussa en posant ses mains sur ses épaules. Il ne voulait pas lui faire croire encore une fois. Il ne voulait pas que ce parfum le rende dingue encore une fois. Il ne voulait pas qu’à travers leur étreinte charnelle, ce soit l’image de Maxine qui se superpose à la sienne. Il ne pouvait juste pas faire ça. C’était manquer de respect à Azalea. Manquer de respect à Maxine.

Alors, baissant la tête, il se mordit la lèvre. Il était con. Tellement con. Rien ne pouvait justifier ce qu’il venait de faire. Il avait l’impression d’être devenu un animal, l’espace de ces quelques minutes. Pourquoi… Pourquoi ?

- Je… peux pas Az… Je suis désolé… Je…

Mais quand il releva la tête, la jeune fille était déjà partie en claquant la porte. Tremblant, il se laissa tomber sur son lit et enfouit sa tête dans l’oreiller, comme s’il voulait essayer de s’étouffer avec. C’était ridicule.

Même maintenant. Même ici. Il ne pouvait toujours pas s’ôter Max de la tête ?

Il fut secoué de sanglot. Ces derniers jours, il avait l’impression de pleurer beaucoup trop souvent. Mais il n’en pouvait juste plus. Chell… Cirrus… Zénith… Tous ces gens qui s’éloignaient de lui. Et lui, qu’est-ce qu’il fichait ? Il continuait d’être en froid avec Maxine. Il continuait de s’obstiner à l’éviter. Alors qu’elle pouvait s’évaporer du jour au lendemain, comme l’avaient fait Chell et Zénith. Il était stupide. Juste… tellement stupide.

Alors, dans le seul éclat de lucidité qu’il eut depuis ces dernières heures, Alban prit une décision importante. Il allait rentrer à Lansat. Il allait prendre son courage à deux mains. Et il allait voir Maxine. Tout lui avouer. Qu’importent les conséquences. Qu’importe leur brouille. Il ne voulait pas la perdre. Il ne voulait pas gâcher son temps. Il voulait profiter de chaque instant, avec elle. Pour ne plus avoir à regretter comme il regrettait à présent.

***

Le ferry filait doucement sur les flots. Entouré de ses Pokémon, Alban était assis sur un banc, sur le pont. Le vent marin fouettait ses cheveux. Des mèches éparses venaient chatouiller son visage. Il soupira en caressant machinalement le plumage de Zéphyr. Il n’était plus très loin de Lansat. Quoi… Vingt minutes encore ? Dix minutes ? Il voyait déjà les contours de l’île se dessiner droit devant eux.

Une crème glacée apparut juste devant son nez. Ecarquillant les yeux, Alban tourna la tête vers Rory, qui était juste à côté de lui.

- C’est pour toi Alban ! lui annonça-t-il en lui tendant une glace à la vanille.

Une seconde glace était dans l’autre main du garçonnet, et Alban remarqua qu’elle était déjà bien entamée. Il attrapa la sienne avec un léger sourire.

- Merci, Rory.
- De rien !

Le garçon vint s’asseoir à côté de lui et balança ses jambes d’avant en arrière. S’il s’était attendu à ce qu’ils prennent le même ferry… Alban mangea une bouchée de crème glacée. Il soupçonnait un peu Rory d’avoir demandé à ses parents de prendre le même ferry que lui, malgré le temps de trajet supplémentaire que ça lui ajoutait. Mais au fond, il était reconnaissant envers Rory d’être avec lui pour cette traversée. Il n’aurait su que faire s’il s’était retrouvé seul.

- Alors Alban… Qu’est-ce que tu vas faire, maintenant ?
- Hm… Je ne sais pas trop. Reprendre les cours et ma vie d’étudiant normal, je suppose. Et continuer de m’entraîner pour les courses, évidemment… Et toi Rory ?
- A peu près pareil !

Alban était toujours admiratif de l’enthousiasme constant de Rory. Malgré son handicap. Malgré sa jambe amputée qui ne serait jamais réellement remplacée. Malgré ses difficultés à se déplacer comme n’importe quelle autre personne… Ce petit bonhomme continuait de se battre pour poursuivre ses rêves. Quels que soient les obstacles… Voilà qu’il allait devoir prendre exemple sur lui.

Il se redressa tandis que le ferry perdait en vitesse. Alban en fit de même et récupéra sa valise. L’heure de se dire au-revoir approchait, fatidiquement. C’était dingue. Il avait rencontré Rory depuis quelques jours à peine, et il tenait déjà énormément à lui.

- Je suppose que… c’est le moment de se quitter, hein ? soupira Rory.

Alban acquiesça.

- Oui… Mais on se reverra vite, va. A la prochaine course aérienne. Ou même avant… Tu es le bienvenu ici quand tu veux. On reste en contact, Rory.
- Oui. Alban, tu…

Le petit garçon l’enserra dans ses bras pour une dernière étreinte pleine de sentiments. Alban ne put s’empêcher de penser à Chell et à cette habitude que le petit esprit avait. Il ne put s’empêcher de penser à Cirrus, qui le couvrait souvent de ses ailes pour lui montrer son affection. Il eut un petit pincement au cœur.

- … tu vas me manquer.
- Toi aussi Rory. Enormément.

Ils se détachèrent et Alban sourit à son ami. L’enfant, sur sa jambe de métal, s’éloigna et lui fit de grands signes de la main. Avant que le châtain ne descende néanmoins, il l’interpella une nouvelle fois.

- Oh au fait Alban. Dans ton dos, tu as une-…

Un couple de touriste bouscula Alban et, lorsqu’il se retourna, Rory avait disparu derrière la masse de passagers pressés d’accoster. Dans son dos ? Qu’est-ce qu’il avait ? Suivant le flot de gens, Alban passa une main dans son dos et attrapa quelque chose qui ressemblait à une plume.

Il la leva au niveau de son visage pour la voir. Maintenant qu’il la regardait de plus près, il se rendait compte du fait que la plume n’était pas banale. Elle était petite et légèrement transparente, comme si elle n’appartenait pas vraiment à ce monde. Et sa couleur était caractéristique du plumage des Roucarnage.

- …

C’était donc ça. Le dernier geste. Le dernier souvenir. La dernière empreinte de son ami dans ce monde. Avec délicatesse, Alban porta la plume à son cœur et ferma doucement les yeux. Puis, d’une voix douloureuse, il murmura :

- Et toi aussi tu vas me manquer, Chell…

***

Le parc du campus était tel qu’il l’avait laissé, quelques jours plus tôt. Traînant sa valise, une plume serrée dans sa main libre, Alban traversa la pelouse sans faire attention aux gens qui gravitaient autour de lui. Il fallait qu’il aille voir Maxine. Il fallait absolument qu’il lui avoue tout. Mais avant, il avait quelque chose de plus urgent à faire.

Bifurquant vers le dortoir Mentali, Alban marcha d’un bon pas. Il croisa vaguement Powell qui courait après son Neitram mais n’y fit pas attention. Il continua d’avancer vers son but.

Quand le bâtiment des Mentali apparut dans son champ de vision, Alban rassembla tout son courage et traversa le hall. Il savait où se trouvait la chambre de la personne qu’il cherchait. Alors, sans se préoccuper des filles qui le regardaient comme s’il n’avait rien à faire là, le châtain traversa le couloir et frappa à une porte particulière.

Après quelques coups, une voix neutre s’éleva derrière, et la porte s’ouvrit doucement sur Marie.

Marie. Marie sa petite sœur de cœur. Marie la personne qui avait probablement passé le plus de temps avec Chell, en dehors d’Alban. Marie qui avait sûrement fini par s’attacher à ce petit fantôme qui l’intriguait tant.

Il ne savait pas comment lui avouer. Il avait tourné les phrases une cinquantaine de fois dans sa tête, sur le ferry, mais être face à elle lui sapait toutes ses forces. Il ouvrit la bouche une première fois. Puis, une vague d’émotion le submergea et il fut incapable de se retenir. Doucement, il pencha la tête et vint la poser au-dessus de l’épaule de Marie. Il savait qu’elle n’aurait pas apprécié un contact physique direct, alors il s’arrêta à quelques centimètres au-dessus de sa veste. Mais il avait besoin de cette proximité. Besoin de ça. Besoin qu’elle soit là pour lui. Et besoin d’être là pour elle.

Une première larme coula. Suivie d’une seconde. Puis encore d’autres… Bientôt, l’épaule de Marie fut humide des larmes d’Alban. Il ne savait pas qu’est-ce qu’il devait lui dire. Ni ce qu’il devait faire. C’était juste trop douloureux de le lui avouer. Et il savait que, malgré son visage inexpressif, il allait inéluctablement la blesser.

- Marie, je…

Il prit une grande inspiration et sa voix se brisa.

- Il… Il est parti…

La fin d’une histoire. Le début d’une nouvelle. Mais les souvenirs restent et persistent. Gravés à jamais à l’encre dans sa mémoire.

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