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J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. (solo)
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Sujet: J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi. (solo)   Mer 19 Sep - 0:00


You hold on to the past, you make yourself miserable. And I'm ruled by seasons and sadness that's inexplicable. And we will find a way to be lonely any chance we get.

I cling to indifference,
you to your worst memory

Tu es le silence fantomatique. Tu es l'effacée, obsession. À la frontière de l'inexistence, tu observes le monde avec envie, avec une sorte de curiosité morbide, à l'insu de l'existant.

Petit spectre de la mort, de tout temps redoutée. Silhouette de mauvais augure, porteuse de deuil et de malheur, le monde des humains t'octroie nombre de symboles. Crainte et admirée, tu es la Faucheuse.

Mais toi, tu ne comprenais pas. Pour toi, le monde était vide. Sans saveur. Tu connaissais l'isolement, la solitude, la course du soleil et des étoiles, tant de fois observées. Tu te levais avec la nuit, tu te couchais avec le jour, alors que l'aube venait te ravir ton royaume. Tu t'inventais des histoires. Tu avais tenté de comprendre ces êtres, si différents de toi. Mais tu étais toujours seule. Tu avais fini par l'accepter. Par adopter l'invisibilité. Tu aimais croiser la route des humains, tant qu'ils ne te voyaient pas. Ils étaient distrayants, intriguants. Ils t'ont toujours fascinée, toi qui ne sais pas les approcher. Mais lorsqu'ils ne te voyaient pas, ils n'avaient pas peur. Tu pouvais les observer sous toutes les coutures, les suivre — tu pouvais même les toucher.

C'est ainsi que tu as un jour croisé le chemin de la rouquine. Une humaine bien jeune, en quête de quelque chose. Pour une fois, tu t'étais aventurée de jour, cachée sous ta cape d'invisibilité. De nouvelles angoisses t'avaient réveillée. Ce vide dans ton âme, qui te terrifiait, sans que tu le comprennes bien. T'étais mélancolique. T'avais la déprime facile. Et étrangement, quand tu t'approchais d'elle, ta clairvoyance te renvoyait les échos de ton suffocant tourment. Tu n'avais pas compris, au début. Comment cette mine vaillante et réjouie pouvait connaître ces affres ? Il te fallut quelques instants pour détourner ton attention vers le petit être sphérique qui lévitait à ses côtés. C'était donc de lui qu'émanaient ces états d'âme. Tu sentais son regard qui te transperçait, tu savais qu'il t'avait devinée, et tu comprenais à quel point tu le terrifais. Mais la petite humaine, elle, n'avait pas compris. Alors, intriguée, tu les avais suivis. Persistente.

Jusqu'à ce que la pokéball se referme soudainement sur toi.
Ça, ça ne faisait pas partie de ton plan.



Depuis ce jour, tu suivais la petite humaine. Elle t'avait capturée, puis libérée, sans même s'en rendre compte. Elle avait rouvert la pokéball, l'avait examinée, jetée. Défaut de fabrication. Peu importait. Et toi, tu étais là, libérée, liée à elle, à son insu. Plus curieuse que jamais—

Tu l'avais découverte, étudiée ; apprise par coeur. Tu avais assisté à sa chute, tu l'avais suivie dans sa descente aux enfers. Tu étais là, à ses côtés, pendant l'accident. Tu avais ressenti le souffle chaud de l'explosion, tu avais vécu son apocalypse, sa fin du monde. Elle était devenue ton obsession. Et plus elle tombait en miettes, plus elle te ressemblait. Vous partagiez tout, mais elle n'en savait rien. Elle avait abandonné un oeil, pour mieux te ressembler. Elle s'était isolée des siens, pour mieux te comprendre. Il n'y avait plus que toi, désormais, à ses côtés. Tu découvrais enfin le Destin, la Fatalité toute puissante dont tu avais tant entendu parler sans les connaître. Aujourd'hui, tu comprenais enfin. Parce qu'elle t'était destinée. Et toi, à elle.



Chaude nuit d'été. Tu observes la lune par le carreau de la fenêtre. Ta petite humaine tourne et se retourne entre ses draps. Elle gémit de peur et de douleur, ses poings se crispent, sa respiration se saccade. Elle manque d'air, l'angoisse la fait suffoquer ; ses plaintes sont déchirantes et ses larmes, bien réelles. Elle se réveille en criant, pantelante, tremblante comme une feuille. Elle est si tragique. Elle est si fragile.

Les terreurs nocturnes sont devenues monnaie courante. Les cauchemars, quotidiens. Elle fixe un point qu'elle ne voit pas, quelque chose qui n'existe pas, si ce n'est dans son être contrit. Elle porte la main vers son oeil, et tu te demandes où elle pense être. Et quelle réponse lui fait le plus peur. Tu la trouves magnifique, livide, dans son linceuil d'épouvante. Elle reprend ses esprits, parcourt la pièce du regard — tu te dis qu'elle te cherche. Mais tu restes cachée. Tu préfères l'admirer en silence. Tu es un peu perverse.

Elle se concentre sur sa respiration, et finit par se lever. Vous savez toutes les deux que le sommeil ne reviendra pas. Pas sans ses cauchemars. Alors elle enfile un jean et un pull, attrape ses clefs, et s'enfuit discrètement de la petite maisonnée, pour s'enfoncer dans la nuit.

Tu la suis de près. L'île endormie est plutôt paisible ; mais pour vous, son silence est oppressant. Ton humaine s'éloigne des habitations et presse le pas, comme pour laisser ses démons derrière elle. Mais vous savez toutes les deux qu'elle ne les sèmera pas si facilement. Tu entends sa respiration se briser de plus belle, irrégulière, et elle finit à terre, adossée contre un arbre. Repliée sur elle-même, sa conscience qui fuit à nouveau vers une autre scène, qu'elle ne parvient pas à s'ôter de la tête. Elle souffre. Elle souffre et elle ne sait que faire de toute cette souffrance. La pression va la déchirer. Elle se mord la lèvre, mais son pouls s'affole toujours plus. Elle lance son poing contre l'écorce de l'arbre, accuse le choc rugueux avec un grognement. Puis elle recommence. Tu l'avais déjà vue expérimenter avec la douleur, depuis l'hôpital. Elle se focalise sur la sensation qui se répercute dans ses os, sur les jointures de ses doigts qui la lancent. C'est plus facile. Elle se fatigue, calme lentement sa hargne. Elle laisse retomber son poing rougi, écorché, et sa conscience s'égare un peu avec la fatigue qui revient.

Alors tu hésites. Elle est si belle, dans sa peine. Tu sais qu'elle pourrait tout laisser tomber. Tout, sauf toi. Tu viens agiter les feuillages. Faire rouler une pierre. Elle se tend, inquiète. Tu la laisses peu à peu prendre conscience de ta mystérieuse présence. Surnaturelle. Ce n'est pas la première fois, et elle commence à te donner vie dans son esprit, sans savoir ce que tu peux bien être. Tu la frôles et l'effleures, lui envoie des frissons dans le dos. Tu l'invites, et elle cède petit à petit, plonge dans une sorte de transe. Tu peux l'emmener loin. Loin de tout. Elle lève la main, avec une profonde lenteur, et la tend, comme pour te saisir.

Alors enfin, tu te révèles à elle, devant ses doigts qui tremblent.

Derrière ton masque, ton oeil la fixe.
Et elle se met à hurler.



Tu avais bien cru tout gâcher. Tu avais cru mourir une seconde fois en la voyant s'éloigner de toi, terrifiée, repoussée. Vous étiez toutes les deux paniquées, et cette rencontre ne s'était pas du tout déroulée comme tu l'avais espérée. Elle était restée quelques minutes à crier. Avant de finir par comprendre que ça ne servait à rien. Que personne ne lui viendrait en aide. Que tu ne semblais pas t'approcher. Que, peut-être, tu ne lui voulais pas vraiment de mal.

Elle était restée là une demi-heure de plus. Toujours recroquevillée contre son arbre, à te surveiller du coin de l'oeil. Elle n'osait pas bouger. Tu n'osais pas bouger. Tu ne voulais pas recommencer à te cacher.

Elle sembla s'habituer peu à peu à ta présence. Et toi, tu restais avec elle, en silence, te faisant aussi tranquille que possible. Une heure, en tête à tête sous les étoiles. C'était le plus bel instant de ta vie de spectre. La jeune femme finit par pousser un soupir. Elle se releva, s'étira, reprit le chemin des habitations. Tu la suivis. Elle jeta quelques coups d'oeil par-dessus son épaule, comme pour s'assurer que tu étais toujours là. Mais elle ne cherchait plus à mettre de distance entre vous.

En cet instant, tu ignorais ce qui se passait exactement dans sa tête. Si elle savait d'où tu venais, ou pourquoi tu étais là. Si elle sentait, inconsciemment, que ta présence lui était familière. Si elle croyait à un mirage de son esprit malade, et choisissait de t'ignorer.

Mais quoi que tu fus pour elle en cet instant — chimère, salut ou châtiment —

elle t'acceptait.
vendredi 6 juillet 2018

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