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May we meet again
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Pokeathlète Médecin

Région d'origine : Hoen
Âge : 18 ans
Niveau : 54
Jetons : 2376
Points d'Expériences : 2008

Sujet: May we meet again   Sam 22 Sep - 19:43

Cela fait cinq jours que je fixe du coin de l’œil mon téléphone, posé sur le coin de mon bureau, sans jamais oser le toucher. Cela fait cinq jours que mon regard se perd dans l’horizon, magnifique mais pourtant si fade, sans réussir à m’en détourner. Cela fait cinq jours que mon esprit n’est plus tranquille, toujours tourmenté, sans jamais réussir à l’apaiser. Cela fait 5 jours que mon corps reste figé sur cette fenêtre, paralysé, sans parvenir à mettre des mots sur ma peine.

Cela fait cinq jours que mon monde s’est arrêté de tourner.

Tout est allé si vite, si fort. Et maintenant, ça fait si mal. Mes sentiments sont comme une tornade, mes pensées comme la pluie battante, et l’incroyable impression d’échec qui m’envahit est comme l’éclair venant signaler l’arrivée de la tempête. Mon cœur est en mille morceaux. Ce n’est pas un chagrin d’amour. Non c’est bien pire que cela. J’ai l’impression que l’on m’arraché une partie de moi, une partie de mon histoire. Voilà c’est ça. J’ai l’impression qu’une partie de mon passé, de mes souvenirs, de ma reconstruction m’ont été enlevé.

J’ai perdu Lansat. Nous l’avons tous perdu. Et ça fait terriblement mal.

Alors au bout de cinq jours, j’ai pris mon téléphone. J’ai hésité un court instant, puis je l’ai déverrouillé. J’ai appelé le premier numéro de ma liste de contact. Le premier, celui que j’aime tant, celui qui sera toujours là pour moi. Papa. Les sonneries finissent enfin par s’arrêter.

— Idalienor ?

Pour réponse il n’avait eu le droit qu’à mes pleurs incessants, formant désormais un torrent sur mes joues. Celui qui a attendu si longtemps pour enfin se déverser. Celui qui témoigne de toute l’affection que j’avais pour cette île.

***

Sur le bateau, je laisse mes cheveux s’envoler hors de ma tresse. Je suis seule sur le pont, appréciant la vue marine. Seul mon Lokhlass profite de ce nouveau voyage en bateau pour reprendre contact avec son élément naturel. Mon gros sac est posé juste à côté de la rambarde, fermé avec les moyens du bord tellement il y en a à l’intérieur. Une fois calmée, nous avions enfin pu discuter avec mon père de tout ça. Toutes ces choses qui font si mal rien que de les évoquer. Il n’est pas dupe. En même temps comment aurait-il pu l’être quand la prise de Lansat par la Team Rouage a fait la une des journaux télévisés ? Il était au courant bien avant mon appel. Mais il a préféré attendre. Attendre le moment où je serais prête à me livrer, à tout lui dire.
Alors je lui ais dit, sans rien chercher à cacher. Il n’y a eu aucun tabou. Ils ont su que je m’étais d’abord alliée à la Team Rouage, avant de rebrousser chemin et de revenir sur la bonne voie. Je leur ais dit tous les malheurs qui s’étaient produits lors de cette manifestation, mais pas seulement. Je leur ais dit tout ce que j’avais fait jusque-là, comment mes idéaux m’avaient mené à ce choix, sur lequel je suis ensuite revenue. Je lui ais dit que j’avais perdu des amis en faisant ces mêmes choix, du moins pour le moment. Je pense à Ginji particulièrement. On ne s’est plus parlé depuis. Je ne sais pas comment lui expliquer, si même s’il pourrait le comprendre. Il n’est surement pas le seul à douter de moi maintenant. Est-ce qu’un jour je parviendrais à regagner leur confiance à tous ? Je l’espère de tout cœur.

Le bateau approche enfin des côtés. Lokhlass retourne dans sa pokeball, comprenait que la balade maritime touchait à sa fin. Mon père n’est pas là. Je les ais prévenu qu’avant d’arriver à la maison j’allais faire un petit saut à l’hôpital de Vermilava. Je vais revoir brièvement Kathy, mais aussi Eric qui a vraiment insisté pour que je passe là-bas vite. Je ne sais pas ce qu’il veut mais ça a l’air de beaucoup lui tenir à cœur. Une fois sur le port je repositionne mon sac sur mon dos avant de monter dans le bus direction Vermilava.

***

Les portes s’ouvrent juste devant moi, me faisant redécouvrir avec joie cet endroit. Beaucoup de gens détestent les hôpitaux, et forcement je les comprends. Mais ici, ce n’est pas un hôpital comme les autres. C’est tellement plus. Pour y avoir occupé toutes les positions, je peux dire avec certitude que je ne me ferais jamais soigner sérieusement ailleurs qu’ici. Je salue le personnel soignant qui me reconnait à force. Un sourire illumine mon visage. Cela fait tant de bien de revoir des visages familiers, loin de la morosité de l’académie. Je ne suis pas idiote. Je sais très bien qu’ils savent tout ce qu’il s’est passé, ce que nous avons tous vécu sur Lansat. Mais à mon plus grand plaisir, personne ne semble avoir envie de placer ce sujet sur la table.

Je discute avec les infirmières. C’est plutôt calme j’ai de la chance. En même temps dans une unité spécialisée comme celle-ci il est rare que des situations d’urgence viennent briser le calme. Après quelques minutes je vois Kathy sortir de son bureau, accompagnée de quelqu’un que je ne mets pas trop longtemps à reconnaitre. Mes mots se bloquent d’un coup dans ma gorge, incapable de trouver la réaction appropriée. A nouveau, des milliers de sentiments et de questions se bousculent dans ma tête. Les deux adultes finissent par arriver vers moi, toujours bloquée par l’arrivée soudaine de ces informations.

En face de moi se trouvait, au côté de Kathy, Marc Addeo. Immédiatement, je me souviens de cette soirée sur la plage où il est venu me voir. Je voulais tout lui dire, et je l’ai fait, juste avant de le dénoncer à la police locale. Drôle de façon de fêter des retrouvailles non ? Et pourtant, je crois que si je devais recommencer je ferais exactement la même chose. Mais presque un an après ces événements le revoilà devant moi, comme si ne rien n’était. Son visage est détendu et souriant à mon égard, tandis que moi j’ose à peine le regarder dans les yeux, ce qui amuse beaucoup la violette. Elle rigole légèrement avant de prendre la parole.

—  Tu devrais voir ta tête. Calme-toi tout va bien. En tout cas je suis très heureuse de te revoir, et en pleine forme en plus. Cela change de la dernière fois.

—  M..moi aussi je suis très heureuse de te revoir mais je t’avoue que je ne comprends pas tout là…

—  C’est normal, Marc va t’expliquer je pense que ce sera mieux.

—  Très content de te revoir Idalienor. Déjà je te rassure tout de suite, je ne suis pas du tout en colère par ce qu’il s’est passé à Alola. A vrai dire je t’en remercie même. Tu as osé mettre fin à ma course folle, et ce n’était pas forcement une décision simple. Après ça j’ai été arrêté et renvoyé à Sinnoh pour être jugé. Comme tu m’avais parlé de Kathy, que tu la connaissais, j’ai eu le courage de l’appeler et de tout lui expliquer. Heureusement d’ailleurs parce que c’est grâce à elle que j’en suis là aujourd’hui. Bref au lieu de croupir en prison je participe à un programme de réinsertion, dans lequel Kathy est mon garant si tu veux. Je travaille sous surveillance étroite, et régulièrement elle et moi devons rendre des rapports et être interrogés ainsi que d’autres membres de notre entourage. Comme ça je renoue avec la médecine et je paye ma dette envers la société. Est-ce que cela te parait être un bon compromis ?

Tandis qu’il attendait une réponse de ma part, je le vois lever doucement le bas de son pantalon, dévoilant un bracelet électronique. Bien sûr officiellement il est toujours coupable d’association de criminel. Sa liberté complète ne sera pas facile à regagner mais j’ai l’impression qu’il est bien parti. Le visage souriant de Kathy est fixé sur lui. Cette femme a vraiment un cœur en or. Elle ferait n’importe quoi pour aider les autres s’il le fallait.

—  Je pense que oui. En vérité je trouve que c’est une très bonne chose. En tout cas heureuse de vous voir ici. J’espère que nous aurons l’occasion de travailler ensemble, même si je ne suis pas tout à fait revenu à Sinnoh pour ça.


Nous rions ensemble pendant que je lui serrais la main. Dans le même temps, la médecin m’explique qu’Éric était bien là mais qu’il avait du partir plus tôt que prévu. Il m’a laissé un petit mot dans lequel il me demande de le retrouver dans le petit restaurant familial de Lavandia. J’adresse des salutations à toute l’équipe avant de reprendre le bus direction la maison.

***

L’entrée dans la maison avait été plus que fracassante. J’ai eu le droit à un accueil chaleureux de tous mes frères et sœurs, heureux de me revoir après tout ce temps passer loin de la maison. On a eu le droit au câlin, aux embrassades et surtout aux milliers de questions qu’ils se posent sur à peu près tout et n’importe quoi. J’ai eu le temps aussi d’embrasser mon père et Marie, eux aussi content de me voir arriver en pleine forme et avec le sourire, surtout après la crise de larme des jours précédents. Pour autant, à l’instant même où j’ai vu Marie, j’ai senti que quelque chose me dérangeait. Je ne saurais pas l’expliquer directement, mais quelque chose m’a perturbé en l’observant. Comme si je cherchais inconsciemment un élément que je connaissais déjà. Bizarre. Je sentais que tous les deux avaient besoin de me parler seul à seul, alors je suis allée dans le jardin avec mes quatre frère et sœurs et j’ai libéré tous mes pokemons. Forcement il y avait du monde et à chaque fois ils sont contents d’apprendre à connaitre les compagnons, surtout que cette fois-ci tous n’avaient pas mis longtemps à comprendre que je ne les appelais pas juste pour jouer avec les enfants. J’ai besoin qu’ils restent avec eux, pour les empêcher d’intervenir dans la discussion qui va suivre. Je finis par refermer la porte, ramenant le silence dans le salon. Je prends place sur le canapé, juste en face de Papa et Marie. Ils ont l’air gêné de se retrouver tous les deux seuls en face de moi, comme s’ils ne savaient pas où se mettre.

—  Vous savez vous n’êtes pas obligés de faire semblant avec moi. Un instant de silence. Julie le sait elle aussi pour vous deux, c’est elle qui m’a prévenu.


Immédiatement ils se sont regardés avant de laisser glisser leurs doigts l’un dans l’autre. La situation n’a pas changé depuis un an. A nouveau, j’ai cette sensation bizarre en observant Marie ainsi. Ses longs cheveux mauves s’emmêlent sur ses épaules ainsi que son pull noir avec des triangles un peu mystique dessus. Comme ça elle ressemble beaucoup à maman, peut être un peu trop d’ailleurs. Je comprends ce que ma sœur peut ressentir au quotidien, cette sensation de voir notre tante se rapprocher un peu plus de notre père, de la voir prendre la place qu’occupait Maman. Moi je ne les vois que deux semaines par an, ce n’est pas la même chose. Pour autant j’ai le sentiment que les confidences ne sont pas terminées. Leurs visages ne sont toujours pas tranquilles. J’attends qu’ils reprennent, sans que cette impression ne quitte le creux de mon ventre, me tordant les entrailles.

—  Idalienor il faut qu’on te dise quelque chose d’important…

Au moment où mon père a prononcé ça, Marie a effectué un geste avec ses mains, quelque chose qui a eu comme l’effet d’un électrochoc. Ses doigts ont quitté ceux de mon père pour se poser dans la poche de son sweat noir. Et là j’ai compris pourquoi j’ai tiqué en la voyant. Ce pull qu’elle porte, il était à maman. Elle le portait exactement de la même façon, les cheveux détachés le couvrant partiellement. C’était il y a longtemps. Il y a 8 ans exactement.

Quand elle était enceinte d’Elwey.

Instinctivement je me suis relevée, incapable d’y croire, incapable de réaliser. Papa a tout de suite compris qu’il n’avait pas eu besoin d’en dire plus pour que je comprenne ce qu’il allait annoncer. Pour autant, j’ai l’impression qu’il veut que je le dise de vive voix, que j’admette cette fatalité. Que j’admette l’inadmissible, l’impenssable.

—  Tu es enceinte de Papa ?

—  Oui Idalienor…

Doucement, elle vient soulever ce fameux pull noir, dévoilant son ventre légèrement arrondi par le début de grossesse. Elle doit en être à deux mois tout au plus mais porter ce type de haut devient nécessaire, surtout quand on a quelque chose à cacher. Mes doigts s’agitent frénétiquement dans le vide, cognant contre l’air. Finalement, je finis par les resserrer entre eux pour m’exclamer.

— Et je présume que mes frères et sœurs ne sont pas au courant ?

— Non, on cherchait le bon moment pour leur annoncer. On voulait y aller par étape mais je crois que la grossesse de Marie va nous obliger à accélérer les choses…

— Il n’y a pas que la grossesse qui va vous y obliger. Moi aussi je vais le faire. Vous allez leur dire, et tout de suite. Papa ce sont tes enfants, ils ont le droit de savoir que tu vas avoir un autre enfant, mais pas avec leur mère ! Avec leur tante !

Les mots coulent tout seul, sans possibilité de les arrêter. Je suis en colère, et pourtant je ne sais pas pourquoi. J’ai mal. Je souffre. Je crie. Je m’énerve. Ma raison me pousse à me dire que ce que je dis est trop fort, trop cruel. Mais là tout de suite, j’ai besoin qu’il comprenne tout le mal qu’ils sont en train de me faire, de quelle façon je ressens cette annonce comme un couteau dans le cœur. Quand Julie m’en a parlé l’année dernière, je m’étais rassurée en disant que comme ils vivaient ensemble depuis des années, c’était logique que ce type de sentiment naisse entre eux. Mais jamais je ne pensais qu’un jour, il pourrait avoir un enfant ensemble. Je ne pensais pas que Papa pourrait remplacer Maman de cette façon.

D’un pas décidé, avant même qu’ils ne puissent ajouter quoi que ce soit, j’ouvre la baie vitrée qui relie le salon au jardin. D’un geste, je rappelle tous mes pokemons dans leur pokeball. Ils n’ont pas besoin de voir ça. Je crois que cette affaire doit se régler entre nous, entre les Edelwen. Julie, Matthieu, Amandine et Elwey me regardent sans comprendre ce geste soudain. Je sens le regard de ma sœur se poser sur moi. Elle a compris que quelque chose n’allait pas, parce que j’ai rarement eu le regard aussi noir. Les trois pokemons de Maman se sont approchés de moi. Eux aussi ont compris que je venais d’ouvrir la porte à de multiples révélations mais aussi a un conflit dont la solution est plus qu’incertaine.

—  Venez-voir tous les quatre. Papa et Marie ont quelque chose à vous dire.

***

Pendant toute la durée des explications, j’étais restée appuyée contre le mur, un peu en retrait. Je les avais entendu articuler chaque mot, les choisir avec précaution, pour que chacun puisse comprendre ce qui était en train de se dire. Ils ont tout révélé. De leur relation naissante à cette grossesse inattendue. Tout. En même temps je ne leur avais pas vraiment laissé le choix. Ils étaient grand temps que le mensonge tombe pour laisser place à une autre phase de la vie de la famille Edelwen. Un nouveau rideau se tourne, et je ne saurais pas vraiment dire de quelle couleur il sera.

Après ça tout le monde s’est dispersé dans la maison, moi y compris. J’étais allongée sur mon lit, à la recherche d’une illumination. Mais rien, à part un goût amer dans la bouche. J’ai peut-être été un peu excessive, mais je crois que j’en avais besoin. A vrai dire je ne sais pas vraiment ce qui est passé par la tête de mon père quand elle a pris cette décision. Il est grand, c’est à lui de décider pas à ses enfants, mais en même temps je crois que cette fois, cette décision-là, nous avons chacun notre mot à dire.

Je me redresse pour quitter ma chambre. Vu comme cette situation me perturbe moi-même, je n’ose pas vraiment imaginer comment se sentent mes frères et sœurs. Je dois aller les voir, juger leur état d’esprit en ce moment. Après tout c’est moi la plus grande, c’est moi qui suis responsable d’eux. Je frappe à la porte de Julie puis entendre en l’absence de réponse. Elle était là, recroquevillée sur elle-même, allongée sur son lit. Dans ses bras, elle serrait très fort sa peluche de Groudon pour cacher son visage noyé dans les larmes. Je viens m’assoir sur son lit puis lui fais signe de poser sa tête contre mes genoux. Elle obéit et pose son visage contre mes cuisses, ses cheveux rouges virevoltant sur mon jean. Mes doigts se glissent dans ses mèches, attendant qu’elle se calme. Je la sens trembler contre moi. Je continue à passer ma main sur mon crâne, cherchant à la calmer.

Au bout d’un moment, je sens ses tremblements se calmer au même titre que ses pleurs. Son souffle se régularise à nouveau, mais pour autant aucun son ne sort de sa bouche. Elle s’accroche fortement à sa peluche, attendant certainement que je commence.

— Tu le savais n’est-ce pas ?

— Oui. Mais je n’étais pas encore capable de me l’avouer.

— Tu veux m’expliquer ?

— Un jour je me suis levée plus tôt parce que j’avais rendez-vous avec les potes devant le lycée. En descendant, j’ai entendu des bruits dans la salle de bain. C’était Marie, en train de vomir. Au début je ne me suis pas posée de questions. Puis je l’ai revu une seconde fois. Ça m’a fait penser à quand Maman était enceinte d’Elwey. Et puis elle a commencé à porter des trucs plus larges, qu’elle ne mettait jamais d’habitude. Papa se montrait plus proche d’elle, prenant moins la peine de se cacher qu’avant. Ça faisait beaucoup. Mais je n’ai pas voulu ouvrir les yeux.

— Je comprends Julie. Je te comprends totalement.

— Tu comprends ce que ça veut dire Ida ? On va avoir un autre frère ou sœur, enfin un demi en fait. Il ne sera pas de Maman, mais de sa sœur ! Si ça se trouve Maman nous déteste de là-haut pour avoir laissé son mari avoir un enfant avec une autre femme.

— Ne dis pas de bêtise Julie. Maman ne nous déteste pas, j’en suis persuadée. Et ça ne sera pas un demi comme tu dis. Même si Papa l’a eu avec quelqu’un d’autre que Maman, on ne peut se permettre de le traiter différemment. Cela reste une personne qui va avoir besoin de beaucoup d’amour, surtout au vu de la situation. Il va apprendre des choses difficiles, peut-être même qu’il se détestera vis-à-vis de nous, les premiers enfants de son père. Mais tu devras empêcher ça. Tu devras l’aimer plus que tout, et lui faire comprendre qu’on l’a désiré autant que chacun d’entre nous. Un léger silence. Tu sais tout à l’heure, pendant que vous étiez dehors, j’ai dit des choses crus à Marie et Papa. C’était cruel, et je ne peux pas te dire si là tout de suite c’est vraiment ce que je pense. Mais au fond je sais que je vais l’aimer comme si c’était mon frère ou ma sœur, peu importe qui est sa mère. Alors toi aussi tu dois le faire. Est-ce que je peux compter sur toi ?

Ma sœur hésite un instant avant de hocher la tête en silence. Son regard se replonge sur sa peluche. Nous sommes restés quelques instants comme ça avant que je la laisse.


***

Le spectacle que j’ai trouvé dans la chambre de Matthieu était tellement étonnant que j’ai dû cligner des yeux à plusieurs reprises pour être sûre de bien voir. Là, sur le sol, Amandine et Matthieu dans le calme à un jeu de société. Tellement beau que j’aimerais que le temps s’arrête. Finalement c’est moi qui devais faire peur puisqu’Amandine lève la tête pour me parler.

— Tout va bien Ida ? Tu veux venir jouer ?


— Euh...oui tout va bien ! Et oui je veux bien jouer !

Je m’assois sur le tapis et réceptionne les diverses cartes pour commencer à jouer avec eux. Je ne remarque qu’après qu’Absol est placé juste derrière eux, couché. Je pense que comme moi il s’attendait à une réaction plus abusive de leur part. Pourtant c’est le calme qui règne dans la chambre du garçon. Au bout d’un moment je brise le silence.

— Ça va tous les deux ? Je veux dire, par rapport à Papa et Marie ?

Les deux finissent par arrêter de jouer et poser leurs cartes sur le sol avant de me regarder. L’un cherche l’approbation de l’autre pour commencer. Finalement c’est Matthieu qui s’y colle.

— Tu sais on n’est pas aveugle. On le savait pour eux deux avec Amandine. Vous n’êtes pas les seules avec Julie à vous tenir au courant. Enfin on savait qu’il s’aimait. Après je t’avoue que le bébé on ne l’avait pas vu venir.

— J’ai entendu Julie pleurer dans sa chambre. Ca va mieux ?

— Oui ça va mieux ne t’en fais pas. Mais vous n’avez rien à en dire ?

— Que voudrais-tu qu’on dise ? C’est vrai que comme ça c’est un peu bizarre, mais après tout ils sont grands ils font ce qu’ils veulent.


— Personnellement je préfère que Papa ait un autre enfant avec la sœur de Maman 8 ans avec sa mort qu’un an après avec une parfaite inconnue. J’ai l’impression d’y voir une certaine continuité, je ne sais pas si c’est clair. Tu vas peut-être trouver ça bizarre mais comme Marie et Maman se ressemblaient beaucoup, les gens ne comprendront même pas l’histoire derrière notre famille. C’est comme si la famille Edelwen avait toujours été comme ça, qu’au fond rien avait changé…

Malgré l’assurance qu’elle tentait de se donner, je voyais qu’elle hésitait, et que son visage trahissait tous ses doutes. Mais Matthieu a tout de même élevé la voix.

— Tu ne peux pas dire que rien n’a changé ! Marie n’est pas notre mère ! C’est Galatée notre mère ! Et elle est morte !


— Je le sais très bien !

Tous les deux calmez-vous. Je comprends ce que vous pensez tous les deux. Matthieu a raison, Marie n’est pas notre mère. Mais bientôt elle sera celle d’un autre enfant, qui sera lui-même notre frère ou sœur. Je ne vous demande pas de remplacer Maman, parce que moi-même je ne le ferais pas. Mais on doit la respecter, comme on l’a toujours fait. C’est bien compris ?

— Oui Idalienor.

— Bien. Maintenant on reprend le jeu que je vous batte tous les deux.

***

Il ne me reste plus que mon petit-frère à aller voir. Je toque deux fois à la porte « Elwey ? » « Je ne veux pas te voir ! » Ok, raison de plus pour que j’entre dans sa chambre. J’ouvre en grand, découvrant avec horreur ce qu’il était en train de faire. Il avait pris l’un de ses oreillers et l’avait découpé en morceaux, laissant toutes les plumes s’échapper par terre. Ses pieds s’agitaient dans les restes de tissus blancs, complètement enragé. Son visage était déchiré par la colère et les larmes, comme si un tourbillon de sentiment contraire l’envahissait. Je m’approche de lui mais il s’éloigne, comme pour maintenir une distance.

— Elwey parle moi je suis sûre qu’on peut en discuter ensemble…

— Non on peut pas ! Papa nous a trahi ! Il a trahi Maman ! Il a eu un enfant avec sa sœur ! Je la déteste ! Je les déteste tous ! Ils m’ont trahi !

— Elwey calme toi. Je sais que c’est difficile pour chacun d’entre nous mais on ne peut pas seulement tourner la tête et les détester…

— Je crois que dans l’histoire c’est moi le pire…

Tout d’un coup, son corps s’était relâché. Ses bras qui jusque là s’agitaient dans les airs sont revenus le long de son corps, ballant. Seules les larmes roulent sur son visage. Incapable de comprendre où il voulait en venir, je continue la discussion.

— Mais enfin Elwey de quoi tu parles ?

— C’est à cause de moi si Maman est morte. Si je n’étais pas né, elle serait toujours là avec vous. Vous seriez heureux avec votre Maman, et Marie n’aurait pas eu d’autres enfants. Papa aurait continué de l’aimer, et tout serait allé très bien. Je n’aurais pas dû naitre…

— Mais qu’est-ce que tu racontes !!!

Je me retourne vivement, constatant que Julie se trouve dans l’ouverture de la porte, Amandine et Matthieu juste derrière elle. Visiblement ils ont tout entendu et ça n’a pas du tout l’air de lui plaire.

— Tu n’as le droit de dire ça El ! Maman te désirait plus que tout au monde, autant que chacun d’entre nous ! Maman nous aimait de toutes ses forces, et jamais aucun de nous n’a pensé une seule seconde que tu étais responsable de quoi que ce soit. Parfois Arceus fait des choses que l’on ne comprend pas et c’est comme ça. J’ai fait des erreurs moi aussi dans le passé, j’ai fait beaucoup de mal à Ida et je ne me le suis toujours pas pardonné. Alors il est hors de question que je te laisse dire ça. Nous avons aujourd’hui tous notre rôle à jouer. On va avoir un nouveau membre dans la famille, et même s’il n’a pas la même mère que nous, on devra l’intégrer à la famille. On l’aimera et le chérira de toutes nos forces et ensemble on construira la famille Edelwen que l’on souhaite. Tous les cinq.

Julie s’approche d’Elwey et le prend dans ses bras. Il n’oppose aucune résistance à ce geste, et très vite il s’accroche de toutes ses forces au cou de sa sœur pour pleurer toutes les larmes de son cœur. Il est encore petit. Il a peur. Il ne comprend pas tout. Mais nous, tous ensemble, on sera là pour l’aider, pour nous aider à dépasser ça. Julie a joué un rôle merveilleux pendant mon absence, plus que je ne l’espérais. Elle a compris mes mots et les a assimilés pour en faire sa propre force. Mes yeux sont humides, sous l’émotion. Je suis tellement fière d’elle. Alors moi aussi je me joins à ce câlin en compagnie d’Amandine et Matthieu. Tous les cinq, blottis les uns contre les autres. Plus fort que tout.


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Le courage est la première des qualités car elle garantit toutes les autres
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