[Gentil] Le phare qui guidait les esprits
Camille Duval
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Sujet: [Gentil] Le phare qui guidait les esprits   Sam 3 Nov - 19:15

Les expositions d'art contemporaines.

Ta mère en a toujours été gaga, trouvant le moindre prétexte pour aller en découvrir une, en profitant toujours pour t'emmener avec elle pour que tu en profites également. Au début, cela ne t'attirait pas le moins du monde. Tu y voyais plus une contrainte et une perte de temps qu'autre chose. Mais petit à petit, à force d'être embrigadé par ta mère, tu as fini par apprécier les expositions. Non pas que tu sois devenu aussi fan que ne l'est celle qui t'a mis au monde, mais le fait est que tu as pris goût à aller en voir de façon occasionnelle par simple plaisir de profiter des œuvres exposées. Pendant longtemps, tu t'es toujours dit que les œuvres n'avaient rien d'extraordinaire, que n'importe qui pourrait les créer et percer parmi les plus grands, mais avec le temps, tu as pris conscience que si certaines œuvres sont effectivement en accord avec cette idée, c'est loin d'être un cas universel. À mesure de te promener dans les expositions, tu as appris à déceler les émotions et les sentiments qu'elles cherchent à dégager. Elles ont toujours ce petit quelque chose en plus qui te fait dire « ça c'est une œuvre d'art ». Avec ça, tu as commencé à admirer les vraies artistes, ceux qui passent leur vie à créer ce genre de choses, à mettre en forme tout ce que nous, humains, ne pouvons visualiser. Voilà pourquoi tu aimes à aller voir des expositions de temps en temps.

Voilà pourquoi tu te trouves en ce jour dans le bâtiment des arts de Nuevo.

En effet, depuis quelques jours, une nouvelle exposition s'y est installé, proposant divers œuvres tournant autour du thème de la marine. Toi qui a vécu de nombreuses années à Amaillide, tu n'as jamais été amené à pouvoir ressentir vraiment tout ce que le monde marin a à offrir comme émotions. Et ce n'est pas une ou deux années passés à Lansat et désormais à Adala qui allait te faire rattraper ce retard si facilement. Autant dire que le sujet n'a pas mis longtemps à attirer ta curiosité au point de te pousser à aller découvrir cette exposition. Le plus plaisant, c'est que Will, ton colocataire et meilleur ami, s'est décidé à venir lui aussi à cette exposition. Plus de raison d'hésiter donc. Après votre petit-déjeuner, vous êtes partis pour Nuevo tous les deux et vous avez atteint le bâtiment des arts un peu après son ouverture, content de voir que n'alliez pas devoir composer – en tout cas dans l'immédiat – avec une foule de gens. Vous profitez donc de cela pour prendre tout votre temps à observer chaque œuvre, vous amusant au passage à discuter dessus pour savoir ce qu'en comprend l'autre, découvrant de véritables pépites.

Il faut reconnaître que les peintures et maquettes ont bien été choisis.

Chacune transpire la mer et les côtes, vous donnant presque l'impression de sentir l'odeur aigre douce des plages. Vous avez la sensation que quelque chose de mystique se dégage de cette exposition, une sensation qui vous fait dire « Je ne suis pas dans un bâtiment, je suis au bord de l'océan ». Les cris des Goelise et autres Bekipan semblent même vous parvenir à travers les murs de béton, vous poussant à perdre une minute ou deux de plus devant chaque tableau pour laisser l'atmosphère marine vous imprégner de part en part. Vous vous dîtes que vous passeriez bien la journée dans cet endroit, mais vous revenez rapidement sur cette idée. De toute façon, les bonnes choses sont celles qui sont éphémères. Vous continuez donc votre promenade à travers l'exposition, observant toujours plus chaque œuvre pour en comprendre toutes les émotions. Puis vous finissez par atteindre la dernière salle d'exposition, la plus petite d'entre tous, où divers tableaux représentant des phares et des bords de mer déchaînés sont représentés, la pièce se chargeant d'une atmosphère sombre à votre arrivée en diffusant une lumière bleu nocturne sur tous les murs. Il y a quelque chose de réellement angoissant dans cette pièce, mais vous n'arrivez pas à mettre le doigt dessus.

Je reviens, je vais aux toilettes.

Il faut croire que l'ambiance a donné une petite envie à ton meilleur ami. Tu hoches calmement la tête et tu le regardes partir se vider, te laissant solitaire pour quelques minutes. Ne souhaitant pas t'ennuyer, tu commences alors à aller observer les diverses œuvres exposées, mais rapidement, ton regard bifurque sur la maquette centrale qui paraît récupérer toute l'attention dans ce lieu. Elle dégage une étrange impression qui te pousse à porter un regard attentif à tous les détails qui la compose. Tu t'es toujours dit que les maquettes ont ce côté très déconcertant dû à leur immobilité, ce côté réelle irréelle qui te fait t'imaginer vivre dans cette maquette, t'imaginant en train de la découvrir comme si tu étais. C'est un sentiment que tu ne saurais décrire mais qui s'imprègne en toi et ne te lâche plus. Tu as simplement l'impression d'y être, de vivre pendant un instant dans cette maquette. D'ailleurs, comme avec le reste de l'exposition, tu commences progressivement à attendre le bruit des flots dans ta tête, le bruit des Goelise dans le lointain et l'odeur aigre douce qui remplit peu à peu l'espace qui t'entoure.

Sauf que cette fois, quelque chose t'interpelle.

La mer te paraît étrangement plus agitée que les autres fois. Ce n'est plus les douces vagues qui viennent mourir tranquillement contre le sable chaud, mais celui de la mer qui vient s'écraser avec fracas contre la roche froide et humide. Ce n'est plus le calme et la sérénité qui s'en dégage, mais le chaos et l'oppression qui prédomine. Un chaos de plus en plus puissant, puisqu'à mesure que les secondes défilent, le bruit devient de plus en plus fort, chassant même les Goelise effrayés. Tu glousses. Mais qu'est-ce qui se passe ?! Instinctivement, tu fermes les yeux, cherchant à mettre fin à ces bruits incessants, mais cela ne fait que prendre en ampleur. Désespéré, tu souffles alors un coup, toujours yeux fermés, pour essayer de te détendre, mais en rouvrant les yeux, ta tentative de te calmer devient vaine. Ce n'est plus dans le bâtiment des arts que tu te trouves.

C'est au phare.

Du moins, non loin de ce dernier. Tu bloques un instant, ne comprenant pas ce qu'il se passe, mais après quelques secondes, et une tentative de revenir à toi qui se solde par une douleur au niveau de la joue gauche, tu finis par te convaincre de l'évidence : tu te trouves maintenant dans la maquette. Il y a cependant quelque chose qui te fait te dire que ce n'est pas totalement ça : l'endroit où tu te trouves est secouée par une puissante tempête. Posté sous un abribus – en tout cas ce qui y ressemble – tu es protégé, mais dehors, la pluie fait rage. Les gouttes se sont violences et tu as l'impression que l'abribus pourrait ployer à chaque instant. Au loin, le bruit du tonnerre retentit avec force, alourdissant l'atmosphère déjà bien chargée. Tu glousses une nouvelle fois, puis tentes de comprendre ce qu'il se passe. Instinctivement, tu quittes le confort de l'abribus pour commencer à marcher sous la pluie, laissant l'eau froide et mordante venir claquer ta peau sans retenue. Tout autour de toi, les nuages sombres ont complètement recouvert l'endroit et la nuit n'arrange rien en terme de vision, ne te laissant aucun moyen de te repérer. Seule le bruit des vagues surpuissantes venant terminer leur course contre la falaise proche où trône le phare en activité te permet de savoir à peu près où tu te situes. Tu n'as pas trop le choix : il va falloir aller jusqu'au phare.

Mais encore faudrait-il que tu parviennes à avancer.

Alors que tu progresses lentement mais sûrement vers ta destination, un mal de tête commence à te prendre, t'obligeant à te stopper un instant pour parvenir à endiguer la douleur. Mais ton esprit ne t'en laisse pas le répit. Rapidement, des sentiments étrangers ont commencé à t'envahir. D'abord, tu as senti ton corps se mettre à trembler d'effroi, serrant ton cœur et manquant de t'arracher un cri. Puis petit à petit, cela a laissé place à un sentiment d'abandon et de solitude qui transforme l'obscurité en un monde sinistre et effroyable. J'ai des sueurs blanches qui ressortent par ma peau et j'ai la sensation que tout va s'arrêter d'ici à l'autre, que je vais simplement mourir ici. Mais petit à petit, la peur s'efface et est remplacée par un sentiment de colère, d'envie de faire face aux éléments, de me battre pour quelque chose. J'ignore d'où cela provient, mais je n'hésite pas un instant à me remettre sur mes appuis et à me mettre à courir en direction du phare. Tu ne sais pas vraiment si c'est le sentiment de sécurité ou simplement qu'il t'attire instinctivement à lui, mais tu le vois de plus en plus comme le signe de ton salut. Plus tu t'en approches, plus l'espoir grandit en toi.

Puis subitement il disparaît.

Plus de lumière, plus rien. Il ne reste plus encore de toi que le noir complet. Et la pluie battante. Et le tonnerre lointain invisible mais qui semble s'approcher progressivement de toi. Cette fois, tu prends peur par toi-même. C'est beaucoup trop fort pour pouvoir le supporter et tu tombes au sol, te tordant pour supporter le sentiment d'insécurité et la peur de mourir qui s'incruste et devient pernicieux en toi. Ton souffle s'alourdit, jonglant en une chaleur suffocante et le froid glacial. Tu n'as qu'une envie, que ça s'arrête. Mais encore une fois, cela ne fait que devenir plus fort encore. Et si ce n'était que cela. Au bout d'un moment, d'autres émotions s'infiltrent en toi, attaquant de plus en plus ta lucidité. La peur, l'abandon, la tristesse, la colère, l'effroi, la dépression, le stress. Tout ceci grandit en toi et devient de plus en plus insupportable. Ta tête devient lourde, intenable, et elle te fait mal, la douleur ressemblant à peu de choses près à une attaque à la perceuse. Tu sens que dans quelques secondes, ton esprit va craquer et tu vas mourir. Dans un dernier geste désespéré, tu tentes alors de crier pour faire sortir cette douleur inhumaine.

RAAAAAAAAAAAAAAAAAH !!!

Soudain, la douleur s'en va. Pas parce qu'elle a fui devant ton cri, mais parce qu'en un instant, tu l'as oublié. La surprise a supplanté au reste. Un cri. Plusieurs mêmes. Mais ce qui te surprend … C'est que c'est toi qui les as lâché. Toi qui est muet. Toi qui n'a jamais réussi à sortir le moindre son de ta bouche autre que des sifflements. Le choc s'empare ensuite de toi, et tu te demandes alors si c'est bien vrai.

Allô ?

Une nouvelle fois ces voix. Tu n'arrives pas à identifier leur nombre exact, mais tu en es sûr désormais : c'est bien de ta bouche qu'elles proviennent. D'ailleurs, tu as la sensation que des cordes vocales sont subitement apparues dans ta tranchée. Cette fois, c'est l'incompréhension qui s'empare de toi. Heureusement, tu finis par te convaincre qu'il vaut mieux ne pas s'occuper de cela pour le moment. Même si la douleur s'est estompé, les émotions d'avant sont encore présentes au fond de toi. Tu le sens. Tu sens aussi qu'ils ne partiront qu'en arrivant au phare disparu. Rassemblant toutes tes forces, tu te remets debout et reprend alors ta marche, progressant aussi vite que possible dans l'obscurité infinie. Après ce que doit être quelques minutes, tu parviens jusqu'à la côté, tombant nez à nez avec une énorme falaise. Face à toi, la mer s'agite avec une telle violence que tu te demandes si elle ne risque pas de t'emporter dans sa colère avec elle. La vagues venant s'écraser contre le mur de terre s'élève à seulement quelques centimètres de ta position et tu peux entendre le vacarme du choc malgré la force de la pluie qui semble d'ailleurs avoir redoublé d'ardeur.

C'est vraiment l'apocalypse sur place.

En voyant tout cela, les émotions refoulées commencent à reprendre en intensité et tu sers les dents pour les repousser, parvenant à garder un minimum tes esprits pour continuer ton chemin. Les éclairs ont fini par arriver au-dessus de toi, et la lumière qui s'en dégage arrive à dessiner un peu plus loin les formes d'une ville plutôt importante. Il ne faut cependant pas être très intelligent pour comprendre qu'il s'agit très certainement de Nuevo. Pas de doute : tu te trouves sur Adala. Mais pourquoi te trouves-tu donc là du coup ? Et pourquoi sous cette violente tempête ? Une hypothèse ne tarde pas à venir : t u es en train de vivre une vision du passé de l'île, probablement une des pires tempêtes de son histoire. Cela n'explique cependant pas les sentiments qui sont tiens désormais. Tu te doutes néanmoins que cela a un rapport avec le phare. Plus de temps à perdre pour toi donc, il te faut continuer à le chercher. Malgré les éclairs, tu n'es pas parvenu à le situer exactement, mais tu sens qu'en suivant la falaise, tu pourras le retrouver. Tu te mets donc en mouvement, marchant le plus prudemment pour pouvoir réagir rapidement en cas de vague trop importante pour être totalement retenue par la falaise.

Tu marches ainsi pendant environ vingt minutes – enfin ce qui te semble l'être.

Tu penses t'être approché de ta destination, mais tu as l'étrange sensation que ce n'est pas le cas. Tu as même la sensation que tu t'en éloignes. Serait-ce dû aux émotions commencent à reprendre l'ascendant sur toi ? Probable. Elles se transforment petit à petit en personnes, te donnant l'impression de d'avoir derrière une dizaine de personnes en train de t'attaquer en permanence, tentant de t'abattre de toutes leurs forces. Et malheureusement, la tactique se révèle efficace et finalement, tu finis par te stopper de nouveau, ne supportant plus ces attaques incessantes.

ALLEZ-VOUS EN !!

Tu lâches ça avec une telle rage que tu en oublies presque un instant tout ce qui t'entoure. Suivant tes mots, un éclair vint exploser non loin de ta position, apportant avec lui un puissant vacarme aigu qui te force à te couvrir les oreilles pour ne pas devenir totalement sourd et à forcer les yeux pour ne pas perdre le seul moyen que tu as de retrouver le phare. Les émotions sont redevenues moindres, mais la peur, elle, continue de te dominer, te plongeant dans une torpeur qui t'empêche maintenant d'avancer.

S'il vous plaît, laissez-moi partir … S'il vous plaît, laissez-moi partir …

Tu répètes ces mots en boucle, laissant les nombreuses voix se répercuter tout autour de toi, n'aidant pas à te sortir de ta situation actuelle. Il y a cependant un moment où tu retrouves ta lucidité et surtout tes esprits. Un éclair vient d'éclater un peu plus loin et dévoile alors les formes du phare à deux minutes à peine de toi. Soudainement, l'espoir revient. Tu es bien sauvé. Dans un élan presque instinctif, tu te relève et abandonne toute sécurité pour t'élancer à toute vitesse vers le bâtiment dont la lumière s'est d'ailleurs subitement remise à tourner, annonçant sa position à des kilomètres à la ronde.

Tu es sauf.

Oui, tu es sauf.

Plus que quelques mètres.

Encore quelques petits pas et tu y es.

Ta main s'avance avec joie vers la poignée de la porte d'entrée.

Puis une vague, gigantesque, apparaît soudainement sur ta droite.

Et la poignée ne tourne pas. Le phare est fermé.

Tu prends peur, tu paniques.

La fin est proche pour toi.

Adieu.

Adieu …





Adieu …........

La vague vient alors s'abattre sur toi et tu pousses ton dernier cri du désespoir, t'abandonnant à …

Eh, Desmond !

Une voix t'arrache à cette vision de la mort qui s'abat sur toi. Subitement, tout disparaît. Ton cri, la vague, le phare, les émotions insupportables, les multiples voix, la pluie, les éclairs, la mer qui gronde, la tempête destructrice. Subitement, tu es de retour dans le bâtiment des arts, Will à ta droite affichant un air affolé et choqué. Tout autour de toi, des gens se sont rassemblés, ne comprenant pas ce qu'il se passe. Quant à toi, si dans l'immédiat, rien ne semble n'avoir changé sur toi, tu sens vite que tu transpires comme un dingue. Ça coule même abondamment tout le long de ta peau et tes vêtements sont entièrement trempés. Tu as chaud et le souffle court. Tu as l'impression d'avoir vécu un cauchemar. Tu es perdu. Will aussi.

Qu'est-ce qui t'es arrivé ?

Tu le fixes, yeux grands ouverts. Après un court instant sans réagir, tu finis par hocher la tête pour lui faire comprendre que tu n'en sais pas plus. Il te regarde à son tour un court instant avant de t'inviter à le suivre, quittant rapidement l'exposition pour aller te poser à l'accueil pour que tu retrouves ton calme. Par la suite, tu as fini par retrouver ton calme et une respiration plus régulière, et tu as pu expliquer en détail ce que tu as vu. Will comme toi n'avez pas su vraiment dire ce qui a pu réellement t'arriver, et il aura fallu attendre l'annonce du Zoroark quelques jours plus tard pour le comprendre, mais malgré tout, quelque chose a commencé à te tarauder vis-à-vis de cette … « expérience ».

À qui appartiennent ces voix qui s'entremêlaient ?
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