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[Rivamar][Alternance] Comme un oiseau qui s'est envolé
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Pokeathlète Médecin

Région d'origine : Johto
Âge : 14 ans
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Sujet: [Rivamar][Alternance] Comme un oiseau qui s'est envolé   Jeu 8 Nov - 23:31

Le bruit de ses pas se faisait pressé. La rousse n'avait que peu de temps pour la trouver. Se faufiler entre les loges avait été aisé, semer les vigiles encore plus. Elle la gitane des villes avait reçu un charmant coup de pouce d'une gitane des bois. L'envie ne la quittait pas, tout comme la détermination qui paraissait dédoubler son regard de rubis. Elle était là, dans ce couloir sombre, scrutant les noms le long des portes. Elle n'oubliait pas, jamais, le pseudonyme qui avait grandi sur le prospectus qu'elle tenait fort contre elle. C'était un acte aussi stupide qu'insensé. Il y avait d'autres moyens. Et pourtant. Le nom lui échappa, du bout des lèvres :

— Mélodie ?
— Ce sera moi désormais. Mélodie. Ça te parle ? Ça parlera au public, tu crois ?

L'homme eut un hochement d'épaules, laissant la cendre de sa cigarette s'égarer entre la moquette de la pièce. Le miroir renvoyait son reflet décousu et son chapeau rapiécé. Il avait mauvaise mine à côté de la vedette. Mélodie. Il eut un rire. Bref et franc. Cela le surprenait toujours autant, de rire aux éclats, et celui de la rousse se joignit au sien.

— Va pour Mélodie, c'est plutôt pas mal, pour une musicienne.

Elle opina. Sa guitare reposait dans son étui. Cela manquait d'un peu de saxophone par ici. Cela manquait d'un peu de tout. Elle serra le poing, l'image de Sol lui revenait en mémoire. Conneries.


— Non.

Ce n'était pas le moment. Pas maintenant. Pas comme ça.
La loge lui faisait face.
La porte lui faisait face.
Le bois verni lui faisait face.
Le nom paraissait clignoter de mille couleurs. Et c'était le cas. Encore un caprice d'artiste, certainement. Le regard de l'adolescente allait du flyer à la porte. C'était un visage maquillé et modifié qu'elle voyait là. Elle paraissait à peine avoir la vingtaine. Mais c'était une femme de trente ans qui l'attendait. La Plumeline ne pouvait s'empêcher de tournoyer autour de sa dresseuse. Elle aussi paraissait saisir l'importance du moment.

— Pas de Pokemon, hein ? Tu pourrais t'entourer d'un Joliflor ou d'un Ludicolo, j'en sais rien, moi, c'est ce qui se fait chez les musiciens. Et puis ça fait vendre. Et puis ça fait du spectacle.
— Plumeline.
— Quoi ?
— Des Plumeline. Un de chaque forme. À chaque fois.

— On fait quoi maintenant ?

Son regard se tourna vers la Plumeline désemparée et immobile. Elle aussi attendait, elle aussi souhaitait connaître le fin mot de cette histoire. Mais il n'y eut aucune réponse bien évidemment si ce n'est le bruissement de ses plumes qui troublait le silence par moment.

— Alors ? Je t'ai posé une question, tu sais.

La foule se calmait tout juste, les pas de danse s'étaient tus et avec eux la liesse qui avait emporté tout ce monde pour un soir de fête. Elle était belle dans sa robe flamboyante, belle et inaccessible et brûlante d'un feu nouveau. Quelques gouttes de sueur perlaient le long de son front mais un sourire figé resplendissait le long de son visage, l'illuminant plus encore que les feux des projecteurs braqués sur elle pendant deux heures à peine. Guitare en main, la rousse s'assit sur la chaise qui l'attendait, le regard toujours un peu ailleurs et l'esprit toujours aussi embrumé de ce moment nouveau qui l'accompagnerait à jamais désormais.


— C'est pas comme si y avait que moi que ça concernait. Toi aussi, t'es dedans avec moi... Alors donne-moi juste un signe, n'importe quoi, même une plume qui tombe, ça m'irait ! Pour savoir quoi faire ou ce qu'il faut pas faire, justement. Tu comprends ce que je te dis ? Tu comprends que c'est maintenant ou jamais qu'il faut se décider ? Qu'après ce sera trop tard, trop délicat et surtout trop impossible 

Il n'y avait que la route droit devant et des milliers de kilomètres à avaler. Qu'il semblait loin le temps des errances en caravanes avec le clan. Mais c'était une nouvelle famille qu'elle s'était créé aujourd'hui, entre les cuivres et les percussions, la voici elle, Mélie ou Mélodie. Elle n'accorda qu'un regard en biais aux Plumeline qui s'agitaient et interrompaient les accords qui s’élevaient hors de sa guitare, la laissant songeuse et étrangement silencieuse tandis que les contours de Rivamar se dessinaient déjà à travers les fenêtres. Une ville de plus pour cette tournée interminable à ses yeux avant des vacances bien méritées. Une ville de plus pour se répéter et faire ce en quoi elle excellait ; offrir un peu de bonheur aux autres. Et du divertissement à foison.

— On y va ? À trois. Un... Deux...


***

Trois.
Les deux rouges s’observaient dans les tréfonds de leurs yeux. L'une contemplait l'autre et une part de son passé abandonné et l'autre observait cet avenir qui ne lui appartiendrait jamais. Tout cela à cause d'un choix malheureux, d'un abandon prémédité quatorze ans plus tôt.

— C'est... Toi ?

Mais elle ne disait rien. Les mots lui manquaient en cet instant. C'était bien elle, oui.
Il y eut un soupir de la part de Mélie. Elle ferma l'espace d'un instant ses yeux d'émeraude avant de les perdre à nouveau vers l'univers qui lui faisait face. C'était le destin qui s'en mêlait ou juste la providence qui lui offrait ce cadeau de Noël un peu trop en avance. Ses bras tremblaient face à cette silhouette frêle qu'elle ne reconnaissait qu'à peine. Et pourtant, elle savait que c'était elle, tout le dictait dans sa posture et son port de tête conforme au sien. Et ces yeux qui paraissaient la fusiller tandis qu'un élan de douceur se noyait à travers.
Il n'y avait aucun doute possible.

— J'ignore comment tu m'as retrouvée... Je crois que je n'ai même pas envie de le savoir, ce n'est pas ça le plus important...

Le temps paraissait lui sauter à la gueule. Et le passé la blessait plus que tout. Ses choix, ses conneries et surtout cette figure face à elle ce soir. Elle inspira puis expira calmement, murmurant ses paroles du bout des lèvres avant de se reprendre :

— Mais j'ai eu le temps de réfléchir à ce que j'avais fait. À ce que je t'avais fait. C'était stupide et précipité mais tu sais, j'étais jeune et conne à l'époque... Si c'était à refaire je jure que... Je jure que je t'emmènerais avec moi. Je jure que je te garderais et t'élèverais... Parce que c'était mon rôle, après tout.

Cette célébrité aurait pu se vivre à deux. Au lieu de cela, la musicienne avait agi en égoïste. Elle avait fui. Sur le moment, cela paraissait une bonne idée. Maintenant, rien qu'à contempler la robe de celle qui lui faisait face, les remords lui sautaient à la gueule. Elle serra le poing et inspira profondément pour se donner du courage. Pour quoi ? Le ciel paraissait sur le point de pondre un orage qu'elle s'apprêtait à traverser en solitaire. C'était ce qu'elle savait faire de mieux ; essuyer les pots cassés.

— Peut-être qu'il n'est pas trop tard. Peut-être qu'on pourrait reprendre de zéro, toi et moi. Comme deux inconnues qui tentent de faire connaissance, déclara-t-elle en ouvrant grand la porte, tu veux essayer ?

La loge se dévoilait à son interlocutrice. Depuis l’entrebâillement, elle n'apercevait que des fragments du présent de la guitariste. Du maquillage qui traînait, bien évidemment, une bouteille ou deux de vin, débouchées, et sa guitare. Sa fidèle guitare au chaud dans son étui. Peut-être avait-elle changé en quatorze ans. Peut-être les arabesques qui la décoraient autrefois avaient-elles cédé leur place pour d'autres, plus récentes, moins usées.

— Tu n'es pas obligée de répondre maintenant, après tout... Je t'ai laissée dans le silence pendant si longtemps...

La pièce et ses lampes aveuglantes. Le plafonnier qui l'éblouissait et la forçait à plisser les paupières pour se protéger de cette lumière artificielle. Les vêtements  de scène jetés par mégarde au sol alors que des cintres pendaient en attente de recevoir des occupants. Mais elle cherchait autre chose. Un soupçon de vie qui se dégagerait de cet endroit. Quatorze ans, cela laissait des traces.

— Attends.

La rousse s'éloigna pour disparaître quelques secondes. Juste le temps d'apporter avec elle son instrument et de poser ses fesses sur le tabouret sans fioritures. Guitare sur la cuisse, elle jeta un regard à la dérobée à la rouge qui ne savait que choisir. Cette dernière jeta un coup d’œil derrière elle, comme pour trouver une réponse à ses questions. Mais il n'y avait plus personne pour la pousser désormais. Face à face avec celle qui avait hanté ses nuits pendant quatorze ans d'absence.
Quelques accords s'élevèrent. Discrets mais fugaces. Elle redressa la tête, les sens aux aguets. Cela lui parlait. Sa mémoire se rappelait à elle malgré tout ce temps. Et Mélie chanta, comme au premier jour de sa naissance.

— I'm a lonely little petunia...

C'était sa comptine.
C'était celle de Mélie.
Et celle de Granny aussi.
Et celle de...

— In an onion patch...

Elle aurait aimé chanter avec elle. Elle aurait aimé que les sons coincés dans son gosier surgissent finalement. Mais il n'y avait que le silence pour l'accompagner.
Bien sûr qu'elle s'en souvenait.
Alors elle se décida à rentrer dans la loge.

— And all I do is cry all day... compléta Salomé.

Elle avait tout vu. Tout entendu.
La porte se referma et avec elle tout espoir d'apprivoiser un jour la Flamenco qui n'était pas sienne et ne le serait jamais. La gitane s'extirpa hors de sa cachette peu confortable. Une plume restait en seul souvenir de la Plumeline. Aussi rouge que la chevelure de la Médecin. Elle s'en saisit, la faisant tournoyer entre ses doigts longs et fins, retrouvant ces couleurs dont elle n'avait su profiter au moment présent.
Il était encore temps.
À son tour d'être face à la porte.
À son tour de signaler sa présence.
Son poing levé, son geste suspendu dans les airs comme immobilisé par une force mystérieuse, le flyer s'échappa de sa poche pour se perdre au sol. Et les arpèges de la demoiselle continuaient de saisir le couloir de grâce et de joie, tandis que le type Vol renouait avec Mélie et découvrait Mélodie.
Il était encore temps.
Ce visage figé sur le papier glacé la scrutait en un rictus obscur. La Givrali lui rendit son regard. Voilà tout ce qu'elle obtiendrait aujourd'hui. Une photo comme il en existait par millier de sa mère.
Ni un adieu, juste un au revoir.
Son bras céda et retomba le long de son corps.
Il était l'heure pour l'oiseau de retrouver sa liberté.

HRP:
 

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Merci Ida & Max pour les Moodboards !:
 
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