Hameçonner le passé [SOLO]
Bellamy Wallace
Région d'origine : Kalos.
Âge : 17 ans
Niveau : 36
Jetons : 1654
Points d'Expériences : 901
Scientifique Archéologue
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Sujet: Hameçonner le passé [SOLO]   Lun 16 Oct - 13:33

Un hameçon sur le passé.
(Solo)
Une douce odeur de poussière venait assaillir les narines de Bellamy ; qui de sa main gauche s’amusait à faire tourner Dust, sur lui-même. Son autre main -esclave de ses lectures- tournait les pages de ce gros livre ancien. Ligne après ligne: ennui concentré. Des noms et encore des noms plus inconnus encore... Tous les habitants de cette fichue archipel étaient consignés dans cet énorme bouquin dont elle avait mis tant de temps à obtenir l’autorisation de lecture, dans la grande bibliothèque d'Ekaeka à MeleMele. Tous ? Non, il semblaient que quelques familles résistaient encore et toujours au recensement annuel. Comble de malheur : il a fallu que ce soit ses ancêtres. Certes depuis son arrivée sur l’archipel, la petite rose avait obtenu nombre de preuves que des Darwin-Wallace (et plus précisément Edena, sa mère.) avait vécu sur cette ile : quelques vieux articles de journaux, des récompenses sportives et scientifiques dans les archives des écoles...

Mais la piste de sa famille semblait s’arrêter 20 ans en arrière. Oh bien sur l’archéologue en herbe avait bien tenté de se rendre dans les dernières adresses consignées des Darwin Wallace - mais pour aucun résultat crédible. De nouvelles familles qui n’avait rien à voir avec la sienne y avaient déposés toute leur vie, quand la maison n’étaient pas envahi de mauvaises herbes et de pokémons sauvages qui s’y abritaient pendant les grandes pluies.

Bellamy tourna une autre page en soupirant. La petite jeta un coup d’oeil à Lancelot et Lolita qui somnolait tous deux à ses pieds, ses chers compagnons sacrifiait leurs vacances pour ne pas la laisser seule face à cet énorme questionnement intérieur. Seule Dolores n’avait pas jugé cela nécessaire et était resté au chaud dans sa pokéball. La culpabilité humidifia les yeux de la rose, l’émotion étant sans doute décuplé par son état de fatigue. Cette plongée intensive dans les archives d’Alola n’avait rien de vacances. Il y avait bien eu le match de quidditch qui lui avait permis de souffler un peu, mais c’était bien là le seul moment de répit qu’elle s'était accordé - et elle s’en voulait de se torturer ainsi. Elle s’en voulait de ne rien dire à Evan et de ne pas protéger plus les jumeaux de la famille Overlock. Elle s’en voulait que Lolita ne puisse bronzer sur les pages de sables blanc alors que Lancelot lui aurait sans doute défié l’intégralité des pokémons de l’archipel. Mais elle s’en voulait aussi surtout de ne rien trouver. Aucun résultat dans cette chasse aux fantômes. Rien. Niet. Nada.

Dans un geste rageur, la petite rose ferma brusquement le livre, laissant l'écho de sa défaite résonnait sur les murs de la bibliothèque. Chaque fois qu'elle pensait avoir une piste, cela s'avérait être un cul de sac. Chaque membre de la famille qu'elle pensait retrouvait s'avérer en fait n'être qu'un fantôme de plus... Essuyant une larme qui perlait sur le coin de son oeil, la rose sortit ensuite son ipok et regarda la date. Il lui restait encore un peu de temps avant la fin de l'été. Il fallait qu'elle persévère, tant pis si elle ne trouvait rien : mieux vaut avoir des remords que des regrets.  

♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦

Ci git Adama Darwin Wallace, mère et épouse aimante.

La petite rose se remit une mèche en place, soucieuse. Il y avait beaucoup de vent aujourd'hui mais elle ne s'en souciait guère. Elle ne pensait même pas à attacher ses longes cheveux filamenteux en chignon tant les inscriptions qui lui faisait face la bouleversait.

Ici repose Evangelino Darwin Wallace, père et époux aimant

Elle se mordit la lèvre inférieure, repensant à ce vieux journal qu'elle avait trouvé. Cet article poussiéreux qui disait qu'une famille modeste d'Ekaeka avait trouvé la mort en tentant de braver le triangle des Bermudes dans un simple bateau de pécheur. Faible indice s'il il n'avait eu cette vielle photo en noir et blanc : celle d'une famille unie avec au centre, une jeune fille au visage souriant.

Noé Darwin Wallace, fils et frère comblé.

Le coeur de Bellamy se replia sur lui-meme, elle avait l'impression de se voir dans un miroir quelques années en arrière. Elle ressemblait tellement à sa maman. Inspirant un grand coup, elle se saisit du plant d'asphodèle blanc qu'elle avait cueilli dans le jardin des Overlock et le déposa lentement sur le lit de fleurs jaune électrique formé par un immense bouquet de grappes de cytise. Jolies fleurs.

Sans plus de cérémonie, elle tourna les talons en reniflant un grand coup. D'accord. Son grand-père, sa grand-mère et son oncle étaient morts quelques années avant sa naissance. D'accord elle ne les connaitra jamais, mais une grande peine glaçait quand même son âme. Dire que sa maman n'était même pas enterrée avec ses proches, aussi la petite rose se promit qu'une fois toute cette affaire résolue elle préviendrait Evan de sa découverte et viendrait déposer les cendres de sa mère à Alola. Mais avant... La rose sortit l'article de journal de sa poche et le déplia, l'article ne parlait que d'une survivante mais il y avait bel et bien deux petites filles sur la photo. Et cette phrase à la fin de l'article : La benjamine, Kaia Darwin Wallace a était recueilli par un ami de la famille et vivra désormais au village flottant de Poni.

Poni.... Kaia... Sa tante.

-J'arrive.

♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦

Poni était un village relativement calme, on aurait dit un de ses quartiers résidentiels où tout le monde se connait et où seuls le vrombissement des voitures résonnaient dans l'air. Exception faite que nulle voiture ne roulait et le village flottant avec pour seul son, les cris des goeliises et le craquement du bois. C'était étrange d'ainsi se promener sur de longues blanches de bois qui dansaient sous les assauts répétés des vagues de l'océan. Etrange et magnifique... L'eau claire laissait entrevoir le sable où dormaient paisiblement quelques magicarpes que les enfants habitués ignoraient, bien trop occupés à tisser des tenues traditionnels. Poni semblait être la quintessence de l'esprit alolien vendu aux touristes : Paix. Tradition. Tranquillité.

Et la petite rose se surprit même à en oublier sa mission et à jouer le jeu des vacances en achetant un Manapua -sorte de gros beignet, à la viande, aux patates douces et au curry. Elle mordit dedans à pleine dents et savoura la rondeur épicée qui tournoyait sur ses papilles tout en continuant d'explorer le village un peu en hasard, demandant aux natifs si par hasard il ne connaissait pas une certaine Kaia. Heureusement qu'une partie de ses vacances avait était consacrée à l'apprentissage du Ōlelo Alolai'i car il lui semblait que les habitants du village flottant était bien plus réceptifs à cette volonté affichée de partager une culture. Et malgré son accent hésitant, sa grammaire balbutiante et sa prononciation hasardeuse les aloliens semblaient plus aidants que si elle avait parlé leur langue commune.

Petit à petit, la dresseuse remarqua vite que tous les indications qu'elle récoltaient l'amenaient vers une seule et même direction : le sud ouest du village, repaire des pécheurs.

Le port n'avait rien à voir avec celui de Lansat. A la place des dockers, des grands bateaux de croisière et de du brouhaha ambiant régnait ici une ambiance tout autre. Ici, il n'y avait pas de précipitation, pas de vacarme et les pécheurs n'étaient pas des gros tas de muscles, au contraire la plupart étaient fins et élancés et découpait des filets armés de couteaux blancs comme neige, le tout entouré de simple feuilles et de tissus traditionnels. Etait t'elle tombé en pleine reconstitution historique ou ces gens vivaient toujours dans la tradition la plus pure ? Mais l'interrogation un peu futile de la rose fut bien vite interrompue par une soudaine vision qui réduit son attention à un petit rien. A une couleur ; éclatante au milieu du marron bois des bateau, des nuances de bleu de l'océan et du vert et rouge des tenues des pécheurs : Du rose.

Une belle chevelure rose qui appartenait à une femme ayant un gabarit aussi petit que le sien mais dont les muscles semblaient beaucoup plus développé, ce qui lui donnait une carrure de jeune adolescent. D'ailleurs tout chez celle qui lui tournait le dos -occupée à sortir des remoraids de ses filets- faisait bien plus garçon qu'elle : ses cheveux courts, ses épaules carrés, sa peau tannée par le soleil et -alors qu'elle tournait légèrement la tête appelant un autre pécheur pour sortir un Crabagarre un peu trop teigneux- son menton volontaire et ses sourcils épais. Malgré tout, celle qui était sa tante faisait assurément parti de la même famille qu'elle : la même teinte rose pour les cheveux et ses yeux -profondément bleus ; ainsi qu'un air juvénile qui cachaient aisément qu'elle devait être en pleine trentaine.  

Hésitante, Bellamy avança de quelques pas, observant encore quelques secondes le travail minutieux et efficace de sa tante. Puis décidée et dans un élan d'émotion, elle haussa la voix et questionna timidement :

-Kaira ?

En entendant son prénom, la dénommé tourna la tête rapidement et le temps se stoppa pour les deux filles. Bellamy fut subjuguée par sa beauté. Elle lui ressemblait certes, mais elle était O combien plus magnifique : plus athlétique et plus formée, elle arborait une coupe à la garçonne affublée de deux petites couettes qui cassait son aspect plus masculin, ça et ses oreilles parfaitement rondes qui tranchait avec un nez aussi pointu que celui de Bellamy était plat, et enfin : des taches de rousseur presque invisible qui donnait à sa peau chocolatée un gout tout particulier. Quant à Kaira : Son visage se décomposa et ses yeux se vidèrent de toute substance, presque machinalement, elle sauta de son bateau jusqu'au quai, attrapa une lance en bois enroulé dans des bouts de tissus rouges et... La lança avec une force phénoménale vers l'étudiante.

Un sifflement se fit entendre et le bout de bois transperça la rose qui tomba au sol. Morte. (*tousse*) vola jusqu'à la rose. Heureusement Lancelot, cracha un jet d'eau qui percuta de plein fouet la lance, la brisant au passage. La kaloisienne resta quelques instants bras ballants, pantoise, sans trop savoir quoi faire avant de -par un réflexe salvateur- se protéger le visage de ses bras alors que Kaia lui sautait dessus, la faisant tomber au sol et se mit à la rouer de coups.

Lancelot n'eut pas pas le temps de grogner que déjà une dizaine de pécheurs virent séparer les deux filles. Bellamy -un peu sonnée- fut soulevé par deux solides bras, ainsi que par Lolita qui poussa sur ses fesses avec ses deux petits bras boudinés. La rose se lécha la lèvre inférieure, essuyant une goutte de sang qui perlait et jeta un coup d'oeil mi interrogateur, mi méfiant à sa tante.

Cette dernière était retenue par trois hommes mais essayait de s'extirper de leur bras avec la fureur d'un mangriff, son regard semblait jeter des fatals foudres et contenir toute la fureur du monde. Comme aveuglée par une colère que Bellamy ne comprenait pas, elle se débattait, hurlait et il lui fallut bien quelques minutes pour se calmer et finalement regarder sa nièce un instant, avec des yeux presque normaux bien que fiévreux. Son regard sembla prendre une toute nouvelle teinte quand une ampoule s'alluma tout au fond de ses neurones.

-Je... Tu n'es pas... Entama Kaira que les marins lâchèrent, méfiants Désolé. Je t'ai pris pour une autre. C'est que c'est troublant.  

En disant ses mots la pêcheuse s'était approché de Bellamy et fixait de ses yeux bleus ceux de l'étudiante. Cette dernière frotta le bleu qui se formait sur son bras, fit signe à Lancelot que tout allait bien, elle se rapprocha de sa tante et demanda sans ménagement aucun :

-Je lui ressemble... À votre soeur ? À Edena ?

A l'évocation du prénom de sa grande soeur, une grande peine sembla tout à coup saisir Kaira qui se mit à trembler légèrement. Comme pour calmer l'emprise de son âme, sur son corps, elle ferma les yeux deux secondes avant de hocher la tête positivement sans rien dire mais en posant milles questions avec ses yeux.

-Je suis... Sa fille. Bellamy... Votre... Enfin ta niéce

Un murmure se fit entendre parmi les marins qui entouraient l'étrange rencontre. Kaira inspira, semblant choquée par la nouvelle, elle ne dit rien pendant quelques secondes. Finalement elle vit volte face, marcha jusqu'au filet et se remit à enlever les remoraids capturés. Bellamy se mordit la lèvre, sans trop savoir quoi faire. Devait t'elle avancer et poser ses questions ? Finalement des paroles sèches lui donnèrent un semblant de réponse :

-Si Edena veut me voir qu'elle vienne, quelle lâcheté d'envoyer  une gamine pour régler une si vielle histoire.  

La rose sursauta, fixant le dos en mouvement de sa tante. Elle s'approcha timidement de quelques pas, sans arriver à trouver les mots. Alors elle ne savait pas ? Cela paraissait logique si sa maman était toujours en contact avec elle au moment de sa mort sans doute Evan l'aurait déposé chez elle. A moins que le roux n'ait trop peur du passé... Ce passé qui semblait connu à tous ses proches mais pas elle. La rose tendit la main vers sa starter pour se donner du courage, laissant le le tapir enrouler sa trompe autour de son poignet. Mais cela ne suffisait pas à balbutier ces quelques mots trop durs :

-Je... Je suis venue de moi-même. Ma... Bellamy se stoppa soudain, elle n'en avait jamais parlé à personne : pouvait t'elle vraiment utiliser le mot maman ? Edena... Je... Je ne l'ai jamais connue à vrai dire. Elle est morte quand...

La phrase de la rose resta en suspens alors que ses phalanges blanchissait, se réfugiant sur elle-même. Lolita fixait le dos de Kaira et nota qu'un subtil tremblement la traversa. Kaira se retourna en attrapant un seau rempli de pokémons eau et marcha jusqu'à un grand panier, tout en disant ces mots d'un ton glacial :

-Morte, hein ? Voilà qui rend service au monde.  

Le coeur de Bellamy implosa, ses yeux se réfugièrent dans une mer de larmes tout en fixant -écarquillés- Kaira qui triait négligemment ces poissons. Comment pouvait t'elle se montrer si froide face à la nouvelle ? Quel secret terrible se cachaient donc dans les méandres de ses souvenirs ? Bellamy aurait voulu fuir, ou bien hurler à quel point elle haissait le monde d'ainsi la torturer. Mais son esprit scientifique et sa curiosité l'empêcher de reculer.

-Comment vous pouvez dire ça ? C'est votre soeur, votre famille.... Bellamy renifla un gros morceau de morve Moi aussi d'ailleurs je suis de votre famille.

Kaira jeta un coup d'oeil compatissant à Bellamy mais ne lui répondit pas pour autant. Elle s'attelait maintenant à faire des lots de ce qu'elle avaient pécher à les confier à un jeune garçon gras et opulent, sans doute son vendeur. Bellamy prit sur elle et ses yeux bleutées cerclés de rouges fixait toujours sa tante au travail. Détermination.

Au bout de quelques-minutes, la trentenaire se décida à sortir d'un silence trop pesant pour chacun des deux partis :

-Pourquoi ? demanda t'elle simplement, avant de reprendre sous l'air interrogateur de l'étudiante Pourquoi on serait de la même famille ? Parce-qu'on a le même sang ? C'est ridicule. Une famille ça se connait, ça s'aide. Tu n'es qu'une inconnue un peu paumée pour moi et Edena... Elle ne voulait pas de famille de toute façon.

Une douce chaleur monta aux joues de la rose, qui se mordait la lèvre à s'en faire saigner. Elle voulait pleurer à s'en arracher les yeux, crier à s'en percer les tympans. Elle qui avait toujours rêvé de rencontre magique, d'embrassades émues voilà que la dernière membre de sa famille maternelle était un mur infranchissable.

Voyant sans doute que l'étudiante ne partirait pas avant d'avoir des réponses, Kaia mit un pied sur son bateau, la fixa sans ciller et déclara toujours aussi sèchement :

Viens avec moi, il y a des choses qu'il faut que je te racontes.

-
♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦

La mer était découpée par la course folle du bateau qui semblait litéralement la scinder en deux. Bellamy tourna la tête à l'arrière du bateau où un chemin d'écume permettait de savoir où ils étaient déjà passés, Lancelot les suivait en barbotant dans celle ci, sautant par dessus le chemin imaginaire. Dans cette mer sublimée par les reflets d'un soleil à son zénith il paraissait plus beau qu'à son habitude, plus agile et plus fin... Dommage que Lolita soit resté au port pour cause de mal de mer, elle serait peut-être enfin tombée amoureuse de lui pensa Bellamy en cachant un sourire.

La petite rose se retourna ensuite face à elle : à l'autre extrémité du bateau, Kaira dirigeait avec brio un Démanta nommé Aiguille qui tractait le bateau. Avec son air assuré et son goélise sur l'épaule, elle avait l'apparence d'une femme pirate et Bellamy pensa quelques-secondes qu'elle s'était peut-être trompée, que si physiquement l'alolienne lui ressemblait elle n'avait rien à voir avec elle. Kaira était plus dure, plus froide, plus forte aussi. Et jamais Bellamy ne serait aussi badass qu'elle, oh bien sur un jour elle deviendrait une archéologue badass, c'était une certitude mais déjà Kaira semblait jouer dans une autre cour.

La petite rose soupira avant de jeter un bref regard sur l'horizon qu'elle aimait tellement, cette balade en bateau semblait avoir désamorcé quelque-chose et les deux filles était toutes beaucoup plus ouverte à la discussion. Pourtant Kaira ne semblait toujours pas vouloir échanger un mot et le temps s'étirait et Bellamy le trouvait long. Finalement la plus âgée prit la parole, fixant elle aussi un horizon mais beaucoup plus lointain.

-Papa et maman était flics tous les deux, ils s'étaient rencontrés très jeunes,  à l'époque et parce-qu'elle était une lointaine cousine des soeurs Joelle, maman étudiait la médecine. Hormis quelques délinquants de la team Skull, MeleMele était relativement calme ce qu'il fait qu'ils avaient beaucoup de temps pour s'occuper de nous. Et il le faisait bien, on avait pas à se plaindre. C'était une vie simple et heureuse...

Bellamy ne dit rien, elle serrait son oeuf contre elle et écoutait avec attention la trentenaire qui devait sans doute pleurer vu qu'elle n'osait pas se retourner. N'empêche que cela lui faisait un drôle d'effet d'enfin découvrir quelque-chose sur sa famille.

- A l'époque je rêvais de devenir fleuriste, j'avais un petit guérilande qui ne me quittait jamais. Noé comme tous les gamins rêvait de faire comme papa et Edena... Edena était différente.

La petite rose ne savait pas vraiment quoi penser. Elle avait senti toute l'émotion pesait sur ses épaules à l'évocation de Noé, encore petit garçon au moment de sa mort. Et quelque-part le souvenir de Louis n'était jamais très loin. Elle avait senti l'absurdité des rêves d'adolescent et n'arrivait malgré tous ses efforts à voir en cette femme de caractère, une simple fleuriste. Et surtout elle avait enfin senti tout le poids que pesait le prénom de sa mère.

- Elle n'était pas heureuse ici, elle le feignait mal d'ailleurs. J'ai jamais vraiment compris ce qui lui manquait... Kaira se pencha légérement vers Aiguille et la caressa un instant Elle était la préférée de papa et de maman, surtout de papa. Tous les garçons de notre petit village était amoureux d'elle, faut dire qu'elle était jolie, c'était toujours elle qui montait sur le char de tête pendant les festivals.

Le coeur de Bellamy rata un battement lorsqu'elle pensa au festival de Malié, est-ce que sans y penser elle avait marché sur les pas de sa mère ? Mais elle ne dit toujours rien, de toute évidence Kaira avait toujours était jalouse de l'attention portée à Edena, pas besoin de tourner le couteau dans la plaie.

-Elle savait à quel point elle était importante, à quel point les parents l'aimaient. Mais elle n'y a pas pensé... Ou elle n'a pas voulu y penser. Une nuit je l'ai surprise en train de sortir par la fenêtre avec une grosse valise à la main. Elle partait avec un fils de riche à Hoenn, il lui avait déjà réservé un billet d'avion. Elle partait sans prévenir personne, sans y penser.

Bellamy leva les yeux interloquée, quand ne tenant plus Kaira s'assit. Elle vit sa tante se frotter les yeux, c'était des souvenirs douloureux à ne pas en douter. Bellamy aurait voulu la réconforter, la rassurer, réunir les deux soeur mais elle n'avait aucun pouvoir et la seule question qui lui brulait les lèvres : qui était ce fils de riche ? Peut-etre un père ?

-Elle m'a fait promettre de ne rien dire aux parents puis elle est parti sans même dire au revoir. C'était tout elle ça... égoïste comme c'est pas permis. Elle révait d'une autre vie après tout, elle n'était pas heureuse et n'importait que son bonheur...

Kaira laissa un moment sa phrase en suspens, ce qui laissa aux pensées de la rose de tenir le choc. Elle avait toujours vu sa mère comme une femme parfaite, un modele de vertu. Sans penser un seul instant qu'elle avait était humaine, et qu'elle avait eu ses défauts.

-... Tant pis pour celui des autres. Il m'a fallu trois jours avant de le dire aux parents. J'en pouvais plus de leur tristesse, de leur paranoïa. Trois jours insupportables, je sais pas comment j'ai tenu aussi longtemps... Faut croire que malgré qu'elle ne m'aimait pas, me méprisait tout le temps, elle restait ma soeur. Je tenais mes promesse, enfin j'essayais. Quand ils ont appris la nouvelle, papa et maman ont tout mis en oeuvre pour la rejoindre à Hoenn. Tout. Mais leur petit salaires de fonctionnaires suffisait pas à se payer un billet d'avion et... Ils avaient ce pote, mon parrain, celui qui m'a recueilli après. Les négociations était rudes mais ils ont fini par avoir le bateau et...

--Le triangle des bermudes. acheva Bellamy qui connaissait déjà la fin de l'histoire.

Kaira acquiesça avec un sanglot, mais comme si elle avait besoin de jeter ses mots qu'elle retenait depuis longtemps. Elle continua et parla de la conque qui s'ouvrait dans un fracas, des cris dans sa mère coincée, de la vision de son frère emporté par le courant et la disparition soudaine de son père. Elle parla aussi d'Aiguille qui était venue la sauver. Et Bellamy écoutait et comprenait au fur à mesure. Kaira en voulait au monde entier, mais elle aimait trop l'océan pour le blâmer alors elle en voulait d'abord à Edena mais surtout à elle-même, elle qui n'avait su garder un secret, elle qui avait survécu alors que peut-être... Elle ne le méritait pas. Le syndrome du survivant.

Perdue dans ses pensée, Bellamy ne remarqua pas de suite que le bateau s'était arrêté. Aiguille se détacha elle-même et lança un cri plaintif comme pour réconforter Kaira et l'aider à finir.

- Il y a quelques temps, cette zone autrefois impossible d'accès s'est transformée en mer douce et calme. Lugia ou anomalie météorologiques, j'en un peu rien à faire à vrai dire. Les scientifiques et les touristes sont venus envahir notre bel archipel... Ca à détruit une partie de ma maison. acheva Kaia en montrant un grand sac rempli de déchets sans doute pêchées en pleine mer.

Bellamy ne dit rien un peu honteuse, elle se rendait soudainement compte que si économiquement la disparition soudaine du triangle était une bénédiction. Un tel afflux de touristes risquait de faire grand mal à l'écosystème de l'ile... Et elle n'y avait t'elle pas participé ? Elle se souvenait maintenant des chewingsgums qu'elle crachaient en pleine nature... Et cela la mettait plus mal à l'aise encore que ses soucis existentiels familiaux.

-Le point positif, et peu de personnes l'ont réalisées c'est que cette partie de la mer était enfin disponible pour les bateaux. Pas seulement comme un passage d'un lei à un autre, mais comme... Je dirais un cimetière.

Bellamy réalisa soudain qu'elle devait regarder l'océan avec plus d'attention. Ils avaient beau s'être relativement éloignés des iles, l'eau restait étonnamment clair. Et en se penchant quelque-peu Bellamy aperçut la coque d'un zodiac déchiré entouré de denticrisse. Et alors ses yeux s'ouvrirent de plus en plus.

Des dizaines et des dizaines de bateaux semblaient se reposer au fond de l'eau. De tous types et de toutes époques : des frégates, des bateaux de crosiéres, des voiliers... Nombreuses avaient étaient les expéditions qui s'étaient soldés par un échec aux cours des siècles et des siècles où s'était installé le triangle. Et la nature avait repris ses droits, laissant pousser des plantes aquatiques sur les mats des bateaux, ce cimetière était devenu un refuge pour la faune et la flore, et le tout apparaissaient bien plus grouillants de vie. Mais Bellamy croisa le regard triste de Kaira et elle comprit. Le cimetière qu'elle avait visité n'était pas le vrai lieu de repos de la famille Darwin Wallace, Kaira ne venait s'y recueillir que par usage. C'était ici... Leur vrai caveau familial.  

- J'ai plongé un nombre incalculable de fois, sur des centaines et des centaines et des centaines de kilomètres carrés. J'ai jamais retrouvé le bateau... Et je me suis posé la question, est-ce que je le mérites ?

La trentenaire se retourna vers l'étudiante, les yeux embuées.

- Tu comprends Bellamy ? Une famille ce n'est pas juste partager le même sang. Il faut la mériter, tout le temps. Ne pas la trahir... Edena a renoncé à sa famille lorsqu'elle est partie. J'ai renoncé à la mienne lorsque j'ai brisé notre secret. Je... Je ne suis pas sure de la détester... Mais je sais une chose : ce n'est ma soeur. Et tu n'es pas ma nièce.  

La petite rose n'avait pas bougé le regard d'un gros cargo gris militaire mais elle avait écouté avec attention, sa tante qui restait malgré tout sa tante. Non. La petite rose ne pouvait accepter cette façon de penser... Comment pouvons t'on infliger ça aux autres ? Comment pouvons t'on nous infliger ça ? Une famille... C'était tellement plus que ça.

-Je crois que tu a tord. Je... Je l'ai tuée. C'est moi qui ait tuée Edena en naissant, je suis la coupable littéralement. Mais je n'ai renoncé à la famille pour autant, je suis venu de l'autre bout du monde pour te rencontrer !  

Kaira regardait Bellamy avec un oeil compatissant mais un visage toujours fermés. Cela faisait longtemps qu'elle était prisonnière de sa culpabilité et elle comprenait qu'elle n'était pas la seule détenue. Néanmoins tout était différent... Bellamy n'avait jamais choisi de tuer Edena. Elle n'avait pas trahi sa famille, mais était la malheureuse victime du destin. Peut-être qu'elle était la seule à ne pas le comprendre ?

- Evan. Mon grand-frère, il m'en a voulut, je le sais. Mais... Il ne m'a pas quitté pour autant, il est resté mon frère. On ne fuit pas sa famille.

Le coeur de Bellamy se serra, elle ne parla pas du fait qu'Evan avait bel et bien fui, que c'était elle qui l'avait voulu. Car ils étaient maintenant une famille, pas au sens noble du terme peut-être mais ils restaient ensemble. Kaira regardait sa nièce, les yeux brillants, un sourire triste gravé sur le visage.

-Je suis heureuse de savoir qu'Edena a réussi à former une autre famille si unie malgré tout... Je suis heureuse de savoir que tu a une famille si belle, Bellamy. Mais je n'en fais pas partie... Qu'est-ce que tu espérais au juste ? Ce n'est pas ton histoire, l'horizon est ton histoire. Edena, Noé, les parents, moi... C'est une vielle histoire qui est déjà terminée.

Ce fut plus fort qu'elle : Bellamy se releva rapidement furieuse. Elle craquait face à cet énième excuse qui avait une saveur particulièrement amère.

- Tu a tout faux ! Ce n'est pas le temps qui fait une famille. Passé, présent, futur... On en a rien à faire ! La famille c'est plus fort que le temps. C'est l'amour, la tendresse, le soutien... C'est tout ce qu'on a de plus cher au monde. La famille n'est pas limité par le temps, je le refuse.

Les mots n'étaient pas éloquents mais elle étaient dits avec une telle force de conviction qu'il touchèrent la trentenaire. Bellamy quant à elle, était bouleversée par la vague de souvenirs qui l'assaillaient -encore. Oui le temps n'avait aucune emprise sur la famille. Louis, c'était le futur. Ou l'ancien futur qu'importe... Il restait son fils adoré et ce pour l'éternité, qu'importe l'époque. Emporté par une énergie qu'elle ne cherchait plus à comprendre, la petite rose enchaina :  

- Tu veux la mériter ? Tu veux mériter ta famille. Bien, rachètes toi alors, tu a trahi un secret.... Ok, pas de soucis. Alors rachètes toi... Pardonnes. À toi, à ta soeur... À moi s'il le faut.

Kaira voulut lâcher un sourire amusé, faire comprendre à cette gamine, qu'elle ne comprenait. Mais elle n'en fit rien. Elle n'en fit rien car elle croisa le regard de Bellamy et elle sut que cette petite gamine comprenait bien plus que ce que ces mots laissaient paraitre.

- Tu veux que je te mérites ? Tu veux que je mérite de faire partie de cette histoire, d'écrire encore des pages et des pages ! Bien. Alors laisse moi te promettre une chose : je trouverais le bateau. Celui que tu cherches, je le trouverais pour toi et alors je mériterais ma famille, non ?  

Kaira ne répondit pas, elle serra ses lèvres l'une sur l'autre avant d'attraper deux cannes à pêches et d'en lancer une à Bellamy. Les deux femmes restèrent un moment à pécher en silence, tacitement il se disait tellement de choses pourtant.

♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦

Un énorme bruit rauque se fit entendre et résonna à travers les différents cabines du cargo. Bellamy se laissa bercer par le bruit de l'énorme navire, emmitouflé confortablement dans ses couettes. Elle n'arrivait pas à dormir.

Dans quelques heures elle arriverais à Lansat et débutera sa seconde, mais il y a quelques heures elle avait surtout quitté Alola, la tête rempli de réponses. Kaira, sa tante s'était avéré beaucoup plus douce et délicate qu'elle ne l'avait d'abord perçu, les deux femmes partageaient beaucoup de choses à commencer par un instinct maternel qui ne demandait qu'à se réveiller. Mais surtout Bellamy avait trouvé un chemin dont elle ne soupçonnait pas l'existence. C'était pourtant une évidence, elle aimait les ruines passionnément, mais seul l'Océan la passionnait autant. Pourtant ce n'était pas une évidence et jamais auparavant la petite rose n'avait pensé à se spécialiser en archéologie sous-marine, il faut dire que c'était la première fois que son désir d'avoir une famille rejoignait sa passion. C'était... étrange et déroutant.

Comme rarement auparavant, la petite rose empruntait un chemin qu'elle ne connaissait que peu. Car sa spécialité était complètement autre chose que les fouilles qu'elle avait pu faire jusqu'ici, elle avait tout à apprendre à vrai dire. Elle qui savait à peine nager. Mais ce défi de taille lui plaisait grandement...

Mais plus que son parcours professionnel, la grande question qui l'empêchaient de dormir résidait en tout autre chose... Dans les jours qui avait suivi sa rencontre avec Kaira et alors que les deux femmes s'étaient apprivoisés petit à petit, Bellamy avait osé posé la question qui lui brulait les lèvres... Sa tante possédait t'elle d'autre informations sur ce mystérieux fils de riche ? Elle avait obtenu réponse, mais cette réponse la hantait. Et les mots de Kaira résonner sans cesse dans son esprit.

"Je ne sais pas grand chose, je ne l'ai jamais vu. Je sais qu'Edena l'aimait mais... Il y avait autre chose, je crois qu'il lui faisait peur aussi. Edena n'avait jamais peur pourtant."

Cela rejoignait le peu d'informations que lui avait fourni Evan : Notre père est un monstre, ne cherches pas à le rencontrer. Depuis toujours, c'était la seule information que le rouquin concédait à lâcher. Depuis toujours elle l'entendait cette rengaine mais ne voulait pas y croire. Mais Bellamy comprenait peu à peu le monde qui l'entourait... Et si sa maman pouvait avoir ses défauts, peut-être que son papa était un vrai monstre ? Et cela elle ne l'espéraient. Mais plus elle se posait la question, plus elle rêvait d'en avoir la certitude.

En attendant, la rose tombât dans un sommeil sans rêves.


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