[Cours Été 2015 - Pokéathlète] Saturday Night Fever
Heath S. Jones
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Sujet: [Cours Été 2015 - Pokéathlète] Saturday Night Fever   Lun 31 Aoû - 9:05
Lavandia, Hoenn. J'y étais venu pour rendre visite à mon frère, sur ordre de l'autorité parentale, j'ai nommé la créature la plus méprisable que le monde ait connu. Je n'avais qu'une seule envie, en repartir. Officiellement, c'était le plan originel, reprendre la route et ne plus y remettre les pieds. Dans les faits, les choses s'étaient passées autrement. Arrivé sur le quai, un homme que je n'avais jamais vu auparavant vint me remettre une enveloppe en me souhaitant un bon voyage. Un employé de ma famille selon ses dires, pour me remettre mon billet pour la traversée en bateau vers Cobaba. Curieux, surtout en sachant que je l'avais déjà en ma possession. Je le remerciai néanmoins comme si de rien n'était, allant faire un tour dans les toilettes publiques les plus proches pour l'ouvrir et y découvrir un téléphone cellulaire. Une inspection sommaire de son menu me permit de comprendre qu'il n'était relié à rien, impossible donc de téléphoner avec. Il n'avait reçu aucun message, ne présentait aucun enregistrement sonore, aucune alarme et rien dans l'emploi du temps... Mais il y avait une photo. Un petit café, Le Laporeille qui Tousse, à en croire l'enseigne. Sur un petit tableau noir, tout près de la terrasse, on avait écrit : "Venez goûter à notre spécial du midi! 25% de rabais sur présentation d'une carte étudiante!" Devais-je m'y présenter? Mais où était-ce? Y être pour le repas? Il était 11h24, c'était encore possible. Je sortis mon iPok, me connectant à la 3g avant de faire une recherche sommaire. Bingo. Il était bien à Lavandia, quelque part dans le centre-ville. Mais pourquoi tout ceci? Serait-ce ma toute première mission en tant qu'espion? Voilà qui était des plus intriguant, mais également curieux. Je n'avais aucune confirmation de la bonne volonté de ces personnes qui demandaient ma présence. J'allais seulement devoir me rendre sur place et constater devant les faits. Voilà qui me plaisait, beaucoup!

Vêtu d'un jeans foncé, d'un t-shirt blanc et d'un veston à la coupe jeune, ouvert sur le devant, je m'y étais donc rendu en toute confiance, l'air enjoué et les mains dans les poches, guidé par mon pas athlétique, mais distingué. Mon regard d'or regardait les boutiques autour avec l'air détaché du jeune homme qui les voit chaque jour, obliquant pour le Laporeille qui tousse une fois qu'il fut dans mon champ de vision. J'y entrai sans hésitation, confiant d'y être attendu. L'on m'interpela à l'entrée, une belle jeune femme aux joues rougies par l'effort, un paquet de menus sous le bras, l'air nerveux des gens actifs qui tentent de retenir une centaine de choses à la fois.

- Vous avez une réservation? C'est à quel nom?

Ça, ce n'était pas prévu. Ne me départissant pourtant pas de mon sourire toujours aussi confiant et charismatique, je lui répondis sous le coup de l'instinct. La première et seule chose qui me viendrait en tête serait-elle la bonne?

- Samsung, je vous prie.

Elle pencha son regard marron sur le registre, laissant quelques mèches de cheveux  glisser de sur ses tempes, son index parcourant minutieusement les pages gondolées au fil des pressions répétées du crayon. Moment de suspense.

- Table 8, c'est au fond, suivez-moi. Votre copine vous attends déjà.

- Vraiment? Je savais que j'aurais du lui apporter quelque chose... C'est une journée importante, j'espère que mon retard ne viendra pas tout gâcher. Vous lui avez servit à boire au moins?

- Oui oui, pas d'inquiétudes. Tenez, donnez lui ça, ça va marcher. Je vous apporte le menu sans tarder.

Et voilà qu'elle subtilisait l'une des fleurs de la terrasse et me la fourrais dans les mains avec un sourire complice que je lui rendis. Une jolie rose à la couleur un peu délavée, tirant sur le fuschia. Ce serait mieux que rien, oui. Quelle demoiselle, toute de même. Si je m'étais attendu à une telle spontanéité. C'est donc fleur en main que je gagnai la table du fond, y découvrant une jeune femme à la chevelure châtain, ramenée en un chignon décontracté. Ses vêtements n'étaient pas ceux d'une professionnelle, mais ils se démarquaient sans contredit des jeunes femmes typique. Heureusement que j'avais pensé à mettre le veston, sans quoi la différence d'âge aurait été beaucoup trop flagrante. Elle m'attendait avec le sourire, jouant nerveusement avec des bracelets dorés, son regard gris acier me détaillant avec une curiosité timide, mais bien perspicace. Elle était une façade, elle était prête à jouer le jeu. À moi d'en faire de même, me dis-je en brisant de mes mains la tige de la rose, allant planter la fleur de cette dernière à son chignon, en un geste tendre et attentionné, sans même prononcer un mot. Mon sourire en disait bien assez. Suite à cela, je pris place en face d'elle, décontracté, mais l'air un peu désolé du compagnon retardataire.

- J'espère ne pas m'être laissé désiré trop longtemps?

- J'étais à ça de partir, Thomas. Je sais que tu es très occupé, mais tu aurais pu faire mieux.

Conclu-t-elle d'un ton qui se voulait légèrement ennuyé, bien que taquin, tout en jouant avec la paille de son verre distraitement, faisant chanter les glaçons contre la paroi de verre humide. Elle regardait ailleurs, mais je sentais son envie de tourner la tête, de m'observer comme l'on détaille un nouveau jouet, ce dont moi, je ne me privais pas. Quant au nom, le message était clair. Pas d'identité réelle, nous n'étions qu'un couple incognito pour une rencontre incognito, rien de plus. De simples individus lambda venus partager un bon repas. Elle me testait, encore.

- Tu sais bien que pour toi je fais toujours de mon mieux, Vanessa. Tu es toute en beauté aujourd'hui, te l'ais-je dit?

- Ça ne fonctionne pas avec moi, monsieur le retardataire!

- Si dure en affaires. Ça te rends charmante, tu le sais ça?

Avais-je conclu d'un perçant regard de miel. Elle n'avait pas détourné le regard, jouant toujours le jeu avec moi lorsque la serveuse revint avec l'air enjoué, nous abandonnant un duo de menus. Elle me fit même un clin d'oeil en partant, comme pour m'encourager à je ne sais quoi. Terrible cette fille. Dans tous les cas, je fis mine d'ouvrir la couverture rigide pour parcourir la liste des mets de la maison, continuant la conversation d'un ton un peu plus détaché.

- Tu as eu une grosse journée? Des nouvelles pour ce nouveau job?

- Tout à fait, je commence demain! J'ai déjà hâte d'y être. Je vais travailler avec le type là, tu sais, tu le connais, celui qu'on a croisé cet été quand on est partis en croisière avec mes parents. Je peux peut-être même te faire entrer si tu veux, j'ai commencé à tâter le terrain.

- Si prévoyante, je suis impressionné. Ce peut être intéressant, selon ce qu'il recherche. Au fait, tu pourras travailler de Lavandia finalement ou ils t'envoient ailleurs?

- Je peux tout faire d'ici. Oh! J'aurai même mon propre bureau, c'est pas la classe?

Le job commençait le lendemain et se déroulait entièrement à Lavandia, nous disposions même de notre propre base. L'employeur était connu de ma personne et se situait en mer, cet été. Le lien avec les Îles, que ce soit Cobaba ou Lansat, était assez facile à établir, si elle ne me mentait pas cela dit. Le sujet dériva lentement sur autre chose et nous improvisâmes sur un peu n'importe quoi, commandant notre repas avant de le déguster ensemble, pareils à tous les autres couples qui occupaient les lieux. Une fois terminé, je poussai même le vice jusqu'à nous offrir des desserts et je payai la note, bien évidemment. C'est bras dessus-bras dessous que nous quittâmes les lieux et elle m'informa du nom de la boite où elle commençait le lendemain ainsi que de l'heure. Nous nous laissâmes trois rues plus loin, à une intersection où nos chemins devaient se séparer. Une accolade et un baiser sur la joue plus tard, j'étais de nouveau seul dans la rue, les mains dans les poches, le sourire carnassier.

***

Le lendemain, je me présentai à l'endroit indiqué, à l'heure indiquée. J'y aperçu une petite camionnette lambda, marquée d'autocollants commerciaux bloquant la vue à l'intérieur, à l'arrière. Un installateur de ligne téléphonique, quelque chose comme ça. Ce devait être notre bureau trop classe, j'imagine. Le pas décontracté, c'est sans une seule hésitation que je m'en approchai, ouvrant la porte latérale avant de m'y engouffrer et de refermer derrière moi. À peine avais-je terminé qu'on se jetait sur moi, m'attrapant par le col, de grand yeux globuleux sondant mon âme alors que je du me retenir d'éclater de rire. Il avait l'air nerveux, ce type. Le cliché même du petit génie qui reste derrière, devant tous les écrans d'ordinateur qu'accueillait une camionnette aussi clichée que lui. Quelqu'un ici a vu trop de films et ce n'est pas moi.

- C'est toi le mec?! Le jeune qu'ils nous ont envoyé? Je t'avertis, si non tu repars pas d'ici vivant!

- Calme toi, Dexter, tu vas lui faire peur. Ce serait bête qu'il rentre chez lui à la course.

Assise plus loin, un casque d'ordinateur sur les oreilles, son regard malicieux surveillait des écrans avec une telle attention qu'elle ne se retourna même pas vers nous. La femme de la veille. Ses longues jambes croisées, elle tapait du pied dans l'air avec impatience, guettant apparemment quelque chose de très important. Rappelé à l'ordre, le surnommé Dexter sembla se reprendre, replaçant les pans de sa chemise jaunie, mais parfaitement repassée, avant d'aller tirer sur une cigarette en fin de vie et d'achever cette dernière au fond du cendrier, libérant une bouffée de fumée.

- J'espère qu'il est aussi bon que tu le dis, sinon on est dans la merde. Un coup pareil, ça se rate pas. Tiens, lis ça. Il me donna un iPad que je commençai à consulter, prêtant une oreille attentive à ses instructions. L'Everlast Corp. est arrivée à Lavandia il y a huit mois. C'était une petite compagnie sortie de nulle part, pouf, du jour au lendemain. Domaine de l'énergie verte qu'ils disent, ils se vantent de relocaliser les Pokémon dans un nouvel habitat sur mesure, pratiquement identique à l'ancien, tout ce que tu veux. C'est débile de toute façon, on serait pas ici si c'était honnête, t'as bien du piger ça. Ces Pokémon là qu'ils disent protéger, la vérité c'est que personne les a jamais revus.

- En quoi ça nous concerne?

- On pense qu'ils revendent les Pokémon sur le marché noir en échange de financement pour leur société écran et probablement pour tout un tas de belles choses qu'on a pas encore trouvées.

- Affiliés à une Team?

- Même pas, ces salauds en ont rien à faire, tant que ça paye. Si c'était que de moi je leur laisserais se péter la gueule tous seuls, y'a des gens qui commencent à ne pas aimer ça dans le milieu, mais notre boss pense que l'on peut réaliser un gros coup de filet en intervenant maintenant. Tiens, c'est pour toi aussi.

Il me tendit une enveloppe envoyée par courrier recommandé, le sceau porteur de la date où le colis avait été envoyé, en gage d'authenticité. Le cachet de la poste provenait de l'Ile Lansat. Déposant un instant l'iPad, je l'ouvris pour y découvrir l'ordre de mission anonyme, approuvé par mes propres "supérieurs". C'était officiel, je pouvais faire confiance à ces gens et travailler avec eux. Sans que nous nous soyons concertés, Dextet me donna son briquet et le cendrier. Quelques secondes plus tard, c'était comme si la lettre n'avait jamais existé. Récupérant l'appareil, nous poursuivîmes comme si nous ne nous étions jamais interrompus.

- Quel est le plan? Qui sont ces gens?

- Cette tête d'enculé c'est monsieur Fishburn, l'un des pions les plus importants de l'Everlast Corp., nous avons réussi à obtenir un rendez-vous avec lui, pour parler affaires, mais nous ne sommes pas les seuls. La tête de ouf là c'est Mirror B, un type connu dans les dossiers des forces de l'ordre de Rhode, c'est qu'il est parti de loin le débile. Selon nos informations il est en ville lui aussi, c'est notre concurrent principal.

- La rencontre a lieu demain. Ta mission, si tu l'acceptes, est de prendre la place de ses anciens acolytes, tous deux arrêtés à Rhode, et d'aller avec lui à cette rencontre. Vous devrez gagner le contrat, nous ferons tout pour, ils doivent croire que leur business fonctionne et le laisser continuer, nous ne devons pas être découverts et nous n'avons pas d'argent à investir là dedans pour de vrai. Ensuite tu devras profiter d'un moment d'inattention de sa part pour obtenir une copie du contrat ou qu'importe qu'il aura obtenu pour nous le faire parvenir, le tout sans te faire démasquer. Tu seras en communication avec Dexter durant toute l'opération et je ne serai pas loin, durant les transactions.

- Ce n'est pas un travail pour un amateur, on ne fait pas ça de gaieté de coeur, mais bien parce qu'un jeune sera plus crédible dans le rôle et moins à même de se faire découvrir. Si tu fais tout foirer, c'est des mois de préparation qui tombent à l'eau alors déconne pas, vu?

- Vu. On commence quand?

- T'as de la chance, il vient de rentrer à son hôtel. C'est maintenant que tout se joue.

***

Lunettes de soleil, la moitié de ma crinière de neige teinte en rouge, porteur d'un habit mauve au veston ouvert et d'un foulard jaune en soie, j'enfilais maintenant mon gant à paillette, un sourire indescriptible aux lèvres. J'avais l'air ridicule, tellement, mais tellement ridicule. Tout le monde allait regarder dans ma direction, tout le monde allait me remarquer, parler de moi. Personne ne serait indifférent à ma simple présence et mon charisme pourrait pleinement s'exprimer! Ne me manquait plus que les bottes à la semelle pleine et aux talons hauts et j'étais fin prêt, fier comme un paon, le sourire confiant et joueur, les épaules droites.

- De quoi j'ai l'air?

[color=black]- D'un con. Un pu--

- C'est parfait. N'oublie pas ton émetteur dans l'oreille, on te dépose à deux coins de rue de l'hôtel et tu fais le reste à pied.

Une fois dans la rue, je travaillai ma démarche à la fois décontractée et rythmée, claquant des doigts sur un rythme entraînant imaginaire, entrant dans le hall de l'hôtel avec tous les regards braqués vers moi, saluant la foule au passage. Lorsque je me présentai à la réception, même pas besoin de demander. Il est au restaurant du rez-de-chaussée, avait-elle dit spontanément. Arriver avec une telle dégaine, je ne pouvais que venir rejoindre l'autre énergumène à l'afro bicolore. Je saluai une serveuse en baissant mes lunettes, lui offrant un sourire ravageur, et poursuivit sur ma lancée, toujours aussi confiant et imposant malgré cette tenue ridicule, comme si le grand méchant loup s'était déguisé en clown. Mais attention, ça ne lui enlève pas ses crocs.

- Huhuhuhu! Votre piste me fait envie! Il n'y a rien de tel qu'un peu de danse, après le repas, huhuhu~ Votre Dj arrive à quelle heure?

- Je suis parfaitement de votre avis, Mirror B! Je suis Mirror C, votre plus grand fan, huhuhuhu~ Laissez moi danser avec vous! Je vous suivrai, jusqu'au bout du monde!

Les regards convergèrent vers moi alors que je sentais les clients tout autour se demander s'ils devaient partir, mais incapables de le faire. C'était comme le déraillement d'un train, une certaine force intérieure nous empêche de ne pas regarder jusqu'à la fin, car on veut savoir où ça va nous mener. D'un bon, le svelte danseur disco me surplomba, sa grosse chevelure bougeant au même rythme que sa tête, de façon on ne peut plus comique.

- J'ai un fan? Une autre âme passionnée de disco qui me comprends enfin? HUHUHUHUHU!!! Je veux danser maintenant!! Sortez la boule disco et lancez la musique! HUHUHUHU!!

Comme dans une mauvaise parodie, il n'en falu pas plus pour que la musique ne soit lancée et qu'il m'entraîne dans son sillage jusqu'à la piste, ordonnant d'un doigt pointé à ce qu'on tamise les lumières, qu'on sorte la boule miroir et que l'on lance la musique. Il était si motivé qu'il libéra même deux Ludicolo, placés derrière lui, qui dansaient au rythme de la musique, comme un simple fond destiné à en rajouter une couche pour nous en mettre plein la vue. Dans mon oreillette, je pu entendre distinctement le voix de Dexter, mais n'y prêtai pas attention.

- Attends il va le faire pour vrai? Putain, dis moi qu'on a une caméra dans ce restaurant!

La musique démarrait et Mirror B se déhanchait. Suivant le rythme, j'en fis de même, le surveillant de mon regard d'or fondu, apprenant sur le coup à imiter ses gestes avec autant de confiance et d'aisance que possible. Un mouvement de pied par là, un ample mouvement du bras comme ça, un nouveau jeu de pied, un petit tour sur soi et on continue. Il était vif, souple malgré cette taille ridicule et il se donnait à fond dans sa chorégraphie. Lorsqu'il fit le grand écart sauté, je commençai sérieusement à douter de moi, je dois l'avouer, et la situation ne s'améliora pas beaucoup après le backflip. Retirant mon veston, un peu trop occupé pour penser au fait que je révélais ainsi tout le haut de mon corps à une jolie petite foule qui n'arrivait pas à nous quitter des yeux, je lançai le vêtement plus loin et me dirigeai agilement vers le mur. Prenant mon élan, j'y posai le pied et me propulsai vers l'arrière, mains devant pour me doter d'un appui au sol, à la réception, avant d'atterir en tentant de.... Juste un peu plus.....Non, le grand écart c'est pas pour aujourd'hui, merde!

- Huhuhuhu! C'est un bon début, ne te décourage pas! Tout le monde ne peut pas avoir ma magnificence du premier coup, huhuhu~ Relève toi, la soirée est encore jeune, Mirror C!

- Merci de votre clémence, sempai.

- Putain, ce qu'on viens de manquer! On peut hacker les enregistrements vidéos?

Impossible de ne pas rire de plus belle alors que je rejoignais la tête de pokeball sur le devant de la scène, dansant maintenant avec lui et ses Ludicolo plutôt que contre eux. J'avais réussi à lui prouver ma dédication et ma motivation, il n'avait pas le choix de me reconnaître comme un assistant éventuel ou, au minimum, un très grand fan, prêt à tout. Tout ça pour une apparence semblable à la sienne et quelques pas de danse. Les gens sont tellement naïfs, s'en est ridicule. Qu'est-ce qu'ils ne vont pas s'inventer, juste pour ne plus se sentir seuls? Il s'habille pareil, il aime les mêmes choses, je peux lui faire confiance. Pathétique. Heureusement qu'il y avait d'honnêtes gens comme moi pour abuser de cette naïveté.

***

Nous avions longtemps continué comme ça, c'est qu'il ne manquait pas d'énergie ce type. On aurait cru une séance d'aérobie disco donnée par cette folle de Pyroli. Une fois terminé, lorsque je pu enfin quitter la scène, épuisé, mais satisfait, un petit attroupement de jeunes filles vint même me demander des selfies et des autographes, pourquoi pas. Avec ces lunettes, ce foulard horrible et cette teinture, personne ne me reconnaîtrait. Seul mon long sourire venimeux pouvait me trahir, et encore. Miror B, tout aussi enjoué qu'auparavant, m'invita dans sa suite, prétextant que je pourrais utiliser le sofa pour dormir sans problème, le temps ne nous permettant pas de m'installer plus confortablement.

- Je suis flatté de tout ce que vous faites pour moi. C'est comme un rêve qui se réalise.

- Lèche-cul.

- Tout le plaisir est pour moi! Le temps qu'il aura fallu avant qu'on ne reconnaisse tout mon génie! Huhuhu! Tout est différent, maintenant! Repose-toi, nous avons une journée disco demain!

- J'ai hâte d'y être.

Et nous nous étions séparés pour la nuit, sans plus de formalités. Enfin, je pouvais retirer le foulard de soie et ces lunettes fumées ridicule. Heureusement que j'étais un individu à la fierté douteuse, capable de se montrer malléable, tant et aussi longtemps que ce fut à mon avantage. Plus personne ne regardait maintenant, par contre, et je pouvais donc souffler un peu. Lorsque je l'entendis ronfler, je me dirigeai vers la salle de bain, pour m'y rafraîchir un peu. Venant de mon oreillette, une voix fatiguée se fit entendre.

- On a réussi à obtenir les enregistrements de surveillance. Dexter est parti rire dehors, il n'en pouvait plus.

Esquissant un sourire malicieux, c'est d'un murmure que je lui répondis, tout en poursuivant ce que j'avais commencé.

- Content que le spectacle vous ait plus. Je me suis beaucoup amusé, contre toutes attentes. Il faut savoir ne pas toujours se prendre au sérieux.

- C'est bien vrai, c'est une bonne qualité. J'aurai droit à mon autographe?

- Si vous êtes sage, je vous offre même un second rendez-vous. Demain, dans un grand building du centre-ville, dans un repaire de criminels. Difficile de faire mieux.

- Pas mal, pas mal du tout. Aller, file dormir, tu as bien travaillé.

- Aux ordres de ma dame.

***

Pour une jeune compagnie, on peut dire que l'Everlast Corp. avait des bureaux tout ce qu'il y a de plus luxueux. Des réceptionnistes soignées, un bruit de conversations polies en fond, plus un ou deux petits éclats de voix plus enthousiastes. L'endroit sentait le tapis fraîchement nettoyé et l'on ne faisait même pas attention à notre duo haut en couleur. Aussi confiants l'un que l'autre, assumant pleinement nos apparences de bouffons disco, nous avions l'air si convaincus que personne n'aurait osé remettre en doute nos goûts. N'est-ce pas fantastique? Quoi qu'il en soit, nous gagnâmes finalement la salle de réunion, grande avec une immense baie vitrée et une longue table grise de forme ovale. À la tête de la table, monsieur Fishburn, le contact numéro un. Avec lui, déjà installée, se trouvait "Vanessa", habillée d'un tailleur, en pleines négociations apparemment mouvementés. Lorsque nous arrivâmes, tous deux se turent pour nous dévisager.

- Bonjour, huhu! Les plus grandes stars arrivent toujours en dernier, mais ce n'est pas pour autant que nous repartirons les mains vides, huhuhuhu!

- Qui êtes-vous? Non, monsieur Fishburn! Qui sont ces gens? Nulle part il n'a été mention de leur présence. Je travaille pour des gens sérieux, j'exige des explications immédiates ou nous nous retirons du projet!

Encore et toujours, Dexter veillait sur nous, au creux de notre oreille.

- C'est parti les amis. Ils ont deux gardes devant chaque porte alors vous faites pas prendre, vous êtes déjà fichus.

- Madame Provost, je vous demande un peu de calme. La situation est parfaitement sous contrôle et tous les gens ici sont sérieux. Mon propre employeur veut seulement s'assurer de donner sa chance à tous les coureurs. Voyez cela comme... Un appel d'offres, c'est entendu? Qu'avez-vous à proposer, Mirror B? Tiens, qui est cet individu? Vous ne m'aviez pas dit que vous seriez accompagné. Voilà qui est fâcheux.

Voilà qui allait compliquer les choses. Je tournai mon regard, caché par mes lunettes fumées, vers l'homme à l'afro. Il me fit un sourire rassurant, sans se départir de son attitude musicale et de son rythme imaginaire. Vraiment un individu bizarre.

- Il s'agit de mon assistant, Mirror C! Lui également connait la passion de la musique, huhu~ Si sa présence est si problématique, avez-vous un endroit où le faire m'attendre? Assurez-vous qu'ils y diffusent de la bonne musique, c'est mon petit protégé! Huhu!

- Certainement.

Son visage était empreint de mépris et c'est ainsi qu'il m'indiqua la sortie, avec un dégoût profond qu'il ne prit même pas la peine de dissimuler. Du coin de l'oeil, je pu voir Vanessa se tendre un peu plus sur sa chaise, son regard froid et intelligent braqué sur moi. Nous savions tous ce que cela voulait dire, le seul qui était assez naïf pour y être aveugle était l'extravagant en personne. Je me retirai en saluant Mirror B, partant d'une démarche dansante avant de refermer derrière moi. Deux agents de sécurité m'attendaient déjà, l'un d'entre eux m'incitant à le suivre. Souriant toujours avec autant de confiance, sans jamais quitter mon rôle, je le fis. Je devais faire confiance à mes coéquipiers sur ce coup là. Dexter serait mes yeux et mes oreilles.

- Il t'emmène dans une partie du bâtiment qu'on n'a pas réussi à mettre sous surveillance. Si tu passes le poste de sécurité, je ne pourrai plus te guider et ta sortie sera compromise. Tu dois lui fausser compagnie avant que ça n'arrive, sans tes Pokémon ce serait du suicide et si tu causes trop de remous, l'entente entre Fishburn et l'autre imbécile pourrait être compromise, alors ce n'est pas le moment de jouer les héros ou les supers espions, compris?

- Compris.

- Hein?

- Oui? Vous souhaitez que je vous apprenne à danser vous aussi, c'est ça? Huhuhu?

- Taré...

Et déjà l'agent de sécurité se désintéressait de moi, convaincu que je n'étais qu'une autre tête vide qui ne valait pas qu'il soit sur ses gardes. Dommage pour lui, il aurait eu tout intérêt à me surveiller d'un peu plus près. Mais bon, allais-je m'en plaindre? Certainement pas.

- La prochaine à gauche, tout droit jusqu'au fond, puis à gauche et encore à droite. Tu devrais déboucher sur un escalier de secours. Une fois dehors tu-- Oh fait chier! Judith, écoute-moi. Tu vas--

Transmission coupée. Était-ce volontaire, pour se concentrer uniquement sur "Vanessa/Judith" ou était-ce du à une intervention extérieure? Je n'en avais aucune idée et je n'avais aucun moyen d'y remédier. Dans ma position, j'aurais même été incapable d'aller l'aider, si sa sécurité m'avait importé le moins du monde. L'important, c'était la réussite de la mission et les ordres avaient été clairs. J'allais rejoindre cet escalier de secours et partir d'ici, ni plus ni moins. Avec toute l'attention que me consacrait l'armoire à glace, ce ne serait pas bien difficile.

- Oh, vous entendez?! On dirait du disco! Huhuhu!

- Mais qu'est-ce que tu ra-- Reviens ici! Tu penses que tu fais quoi là?!

Trop tard, désolé. J'étais lancé à pleine vitesse, maudissant ce déguisement ridicule et, surtout, ces souliers infernaux. Comment arrivait-il à vivre perché sur ces choses à longueur de journée et à danser avec en plus de cela? Voilà un mystère que je devrais résoudre un autre jour. Prenant mes jambes à mon coup, je suivis les instructions que m'avait laissé Dexter, passant devant des employés surpris, se collant aux murs sur mon passage. Derrière, le mastodonte grognait et je vis des feuilles acérées me rater de peu. Il avait sorti un Pokémon et n'hésitait pas à m'attaquer. Dire que j'étais forcé de fuir, ce que j'aurais donné pour avoir le droit de rester sur place et de les lui faire avaler, ses feuilles.

Après une course effrénée, je gagnai finalement le Saint-Graal contre lequel j'allai me heurter, croyant pouvoir ainsi pouvoir ouvrir et poursuivre mon chemin. Malheur, elle était verrouillée. Retirant mon veston, je l'enroulai autour de mon poing. Je devais briser la vitre, atteindre la poignée et ouvrir de l'extérieur. Un coup, deux coup. C'est robuste ces trucs en fait. Regard vers l'arrière. Mon poursuivant venait de tourner l'angle. Aller, t'es un homme ou pas? Troisième coup. Cette fois, c'était la bonne. Mon bras passa au travers avec difficulté, certes, mais j'y étais arrivé. Sans me soucier des éclats de verre qui me rentraient dans le bras, déchiquetant ma peau au passage, je frayai mon chemin jusqu'à la poignée et, l'instant suivant, je dévalais les marches quatre à quatre, en direction de la liberté, les dents serrées. Ça chauffait, beaucoup, mais je pouvais l'endurer. Surtout que je ne voulais pas savoir ce qu'ils auraient fait de moi, s'ils m'avaient mis la main dessus. Six étages plus bas, la sortie de secours. Je poussai la porte, déclenchant une alarme de sécurité quelconque. Merde. Tant pis, il était trop tard, je devais fuir. Deux secondes après, ma conscience revenait me harceler.

- Si tu savais, timing impeccable. Je démarre la limousine et je viens te récupérer!

- Roger.

Je me dirigeai vers la rue la moins fréquentée des deux, attirant quand même mon lot de "ooh!" et de "aaaah!" terrifiés. Comme si j'avais du temps à perdre avec ça, ne me faites pas rire. Derrière, l'agent avait l'air d'hésiter maintenant que nous étions en terrain découvert et qu'il y avait des témoins. C'était ma chance et je comptais bien la saisir. Tournant à l'angle, je m'enfonçai dans une petite ruelle secondaire. Aller Dexter, aller. Je passai une clôture, me hissant malgré mon bras blessé, non sans un léger gémissement toutefois. Me laissant retomber de l'autre côté, je débouchai sur une autre petite rue et une camionnette freina tout juste devant moi, ornée d'autocollants commerciaux. Sans attendre, j'ouvris la porte latérale et m'y laissai tomber, refermant derrière moi.

- C'est bon!

Pas besoin de plus, le chauffeur avait remis l'engin en marche et nous étions en mouvement, vers d'autres ailleurs. Maintenant en terrain sécuritaire, je m'affalai au sol, envoyant ma tête vers l'arrière, sans me soucier de la collision avec l'habitacle. Ça, ce n'était pas prévu au programme, mais autrement je n'aurais pas pu sortir et la mission aurait pu être compromise plus qu'elle ne l'était déjà. J'avais besoin d'un Pokémon capable de m'accompagner dans une situation comme celle-là, ce ne serait jamais possible autrement, ce serait un cauchemar. Me tirant hors de mes pensées, la voix de l'espion me parvint, hors oreillette pour la première fois depuis ce qui me semblait une éternité.

- T'inquiète, elle va bien. Il y a eu un combat, mais elle s'est bien débrouillée et l'alarme a détourné leur attention, ça a mis fin aux-- Mais bordel qu'est-ce que t'as fait?

-Un nouveau pas de danse... Qui a mal tourné...

- Attends, je nous trouve un coin et je regarde ça.

***

La porte s'ouvrit sur le visage inquiet de Judith. La jeune femme referma et se précipita à nos côtés, regardant en alternance Dexter, occupé à m'enlever des fragments de verre du bras et le propriétaire du dit bras, moi. Je la saluai d'un signe de la tête, mon regard caramel un peu plus terne qu'à l'habitude, mon visage légèrement crispé. Malgré tout, l'autre espion était toujours concentré sur la tâche en cours, tout comme moi, et il alla directement au coeur du sujet.

- Tu as été découverte? Mirror B a le contrat?

- Non, ils n'ont rien vu et oui, il l'a eu. Qu'est-ce...

- Alors maintenant on doit trouver où il est. Ma part du travail n'est pas terminée, je dois encore vous obtenir une copie des documents qu'il a reçu, je m'y suis engagé.

- C'est hors de question, avec un bras dans un état pareil, tu n'iras nulle part!

- Votre avis ne m'intéresse pas, je suis encore pleinement capable d'accomplir ma tâche et je le ferai. Vos préoccupations ne me concernent pas et n'ont pas lieux d'être. Ce sentimentalisme écoeurant n'apporte aucune résultat concret.

Petit moment de silence alors que la jeune femme serrait les poings. Mon puissant et impérieux regard d'or, bien que légèrement fiévreux, n'était pas moins solide et définitif. Au final, c'est mon infirmier improvisé qui trancha.

- Vérifie les caméras de surveillance de son hôtel. Il n'y a aucun intérêt à discuter de ça s'il n'est plus à notre portée.

Obéissante, bien que rongeant son frein, la jeune femme alla s'asseoir devant les moniteurs, plaça le casque sur ses oreilles et commença à taper au clavier. Fermant les yeux, je profitai de ce moment pour souffler un peu, les dents toujours serrées par la douleur. Au moins Dexter était minutieux et la plupart des fragments de verre avaient été retirés, mais ça demeurait largement désagréable. Comment allais-je bien pouvoir expliquer cela une fois de retour sur Cobaba, au milieu des autres élèves? Ils allaient demander, il y en avait toujours une bande d'imbéciles heureux qui pensaient que tout les concernait et qui allaient demander. Au fond, je verrais bien lorsque j'y serais.

- Il est à l'accueil, à l'hôtel. Il demande des informations... Au sujet de Mirror C. Il le cherche...

- Quel individu cruel serais-je si je ne répondais pas à ses appels désespérés...

***

De retour dans mon costume de Mirror C, l'on m'avait trouvé un nouveau veston, camouflant du même coup mon bras droit couvert de bandages et presque entièrement inutilisable. Enfin, j'aurais pu, à n'en pas douter, mais il était douloureux et affaiblit, valait mieux ne pas pousser et risquer d'aggraver mon cas. La réceptionniste m'accueillit avec grand plaisir, heureuse de pouvoir me pousser avec un air de mort vers l'ascenseur, pour aller rassurer au plus vite l'energumène qui me servait d'ami. Tiens? Il lui avait donc fait tant de misères que cela? C'était amusant tiens, beaucoup trop facile, mais amusant. Je montai donc à l'étage de sa chambre et allai cogner, attendant une quelconque réponse de sa part. Heureusement, ça ne tarda pas. Dans l'ouverture, son visage apparu, d'abord abattu, puis soudainement radieux, passant d'un état à l'autre en une fraction de secondes.

- Mirror C, te revoilà! Huhuhuhu! Entre, vite! Je t'attendais, que s'est-il passé, mon fan?

- Je n'en pouvais plus d'attendre, je devais aller danser! Je suis désolé de ne pas vous avoir attendu, mais l'appel du disco était irrésistible. J'ai une faim de loup, maintenant.

- Je m'en occupe, je reviens rapidement!

Aussi simple que ça, comme prendre un bonbon des mains d'un gamin. J'étais seul dans la chambre, libre de fouiller un peu partout, à la recherche de... Bingo, une clé usb. Je la branchai vite fait dans l'ordinateur de la chambre d'hôtel et branchai également le portable Samsung que l'on m'avait remis, au tout début de l'aventure. Il me revenait maintenant de tout recopier dans le téléphone et de remettre tout en place par la suite. L'opération fut complétée en deux minutes et demie, véritable soulagement. La mission était un succès.  

- Prêt à l'extraction.

-J'arrive.

Ah, ces oreillettes étaient véritablement un petit miracle de la technologie. Il m'en fallait des pareilles. Je me demandais d'ailleurs s'ils me laisseraient conserver la mienne, je pourrais peut-être l'apporter à Abel pour qu'il puisse l'étudier et s'en servir pour bricoler quelque chose de similaire? C'était une idée à creuser, ce moyen de communication était diablement pratique, à condition d'avoir des collègues  qualifiés, bien sûr. Autrement, ce serait plutôt une perte de temps. Me tirant de mes pensées, l'on cogna à la porte et c'est en stéréo que j'entendis la réplique suivante.

- Service aux chambres.

Judith était là, poussant un chariot de femme de ménage et vêtue de l'uniforme approprié, le petit rideau blanc de son chariot ouvert, laissant apparaitre le dessous vacant. Je m'y installai sans perdre un seul instant, m'y faisant tout petit en refermant le pan de rideau, aussi silencieux que possible. Nous nous mîmes en mouvement, lentement, mais sûrement. Ce n'était plus qu'une question de temps avant que nous n'atteignions la sortie et que cette mission soit officiellement réussie. Pour une première fois, je ne m'en étais pas trop mal tiré.

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